Moment redouté ou attendu, la rentrée des classes a eu lieu ce mardi 1er septembre. Pour l’occasion, Catherine Larangeira, présidente de la Fédération des Conseils des Parents d’Élèves des Écoles Publiques de Moselle (FCPE), était l’invitée de Moselle Info. Elle revient sur les premiers retours des familles, les difficultés qui persistent dans les établissements et les principaux enjeux de cette nouvelle année scolaire : coût de la rentrée, transports, harcèlement et accompagnement des élèves en situation de handicap.
En ce jour de rentrée scolaire, quel climat règne chez les familles mosellanes ?
Catherine Larangeira, présidente de la FCPE Moselle : « Il est encore un peu tôt pour avoir des retours de toutes les familles de Moselle. Mais le jour de la rentrée est généralement un moment assez serein. Les accueils dans les écoles, collèges et lycées se passent bien, aussi bien avec les enseignants qu’avec les parents. En revanche, certaines difficultés risquent d’apparaître dans les prochains jours, notamment le manque d’enseignants et le manque d’AESH. »
Y a-t-il déjà des motifs de satisfaction ?
« Oui. Le principal point positif, c’est qu’il y avait une personne devant chaque classe le jour de la rentrée. C’était important. Pour le reste, il est encore trop tôt pour faire un bilan plus précis. »
En tant que parent, comment vivez-vous cette journée de rentrée ?
« Ma fille entre à l’internat cette année. Comme pour beaucoup de parents, c’est un moment très marquant. On est heureux, mais il y a toujours une appréhension : comment va se passer l’année ? Quels seront les professeurs ? Est-ce que notre enfant va s’adapter ? C’est toujours une journée chargée en émotions. »
Une rentrée toujours plus coûteuse pour les familles
L’inflation pèse-t-elle encore sur le budget des parents ?
« Oui, c’est de plus en plus compliqué d’acheter les fournitures scolaires. Certaines communes, comme Metz ou Audun-le-Tiche, achètent directement les fournitures pour les élèves. C’est une vraie aide pour les familles. Une enquête montre que 69 % des familles se serrent la ceinture au moment de la rentrée. Le coût moyen est d’environ 236 euros par enfant dans le primaire, et il est encore plus élevé au collège et au lycée. »
Les aides publiques suffisent-elles ?
« L’allocation de rentrée scolaire aide les familles les plus modestes puisqu’elle est soumise à des conditions de ressources. Mais toutes les familles n’y ont pas droit. Les classes moyennes se retrouvent souvent juste au-dessus des plafonds. Elles ne bénéficient pas des aides, tout en ayant des difficultés à absorber les dépenses de la rentrée. »
À Hayange, la suppression d’une navette scolaire inquiète les parents
Quels sont les principaux problèmes signalés concernant les transports scolaires ?
« Le cas le plus préoccupant est celui d’Hayange. La municipalité a décidé de supprimer une ligne de transport scolaire sans prévenir les familles suffisamment tôt. Les parents ont appris début août que la navette ne fonctionnerait plus à la rentrée. Cela pénalise surtout les communes les plus éloignées du centre d’Hayange. Certaines familles doivent désormais emmener leurs enfants elles-mêmes. »
Des discussions sont-elles en cours avec la mairie ?
« Oui. Les parents se sont mobilisés fin août et nous avons rencontré la première adjointe pour chercher des solutions. La mairie propose notamment un accueil périscolaire le matin, mais cela représente un coût supplémentaire et les horaires ne sont pas compatibles avec ceux de nombreux parents qui commencent leur travail très tôt. »
Téléphones portables : une mesure bien accueillie par les parents
Autre sujet de cette rentrée, comment les familles réagissent-elles à l’interdiction des téléphones portables au lycée ?
« Les parents sont plutôt contents de cette mesure. Les élèves le sont un peu moins, évidemment. Le téléphone peut être une source de distraction, de diffusion de vidéos ou de photos sur les réseaux sociaux, mais aussi de harcèlement. Cette interdiction peut donc améliorer le climat scolaire. »
Cette interdiction pose-t-elle aussi des difficultés ?
« Oui, parce que le téléphone est aussi utilisé pour consulter Pronote, l’emploi du temps ou le bureau numérique. Certains enseignants s’appuient également sur les smartphones pour des activités pédagogiques. Il faudra donc adapter certaines pratiques. »
Un questionnaire sur les violences, mais des interrogations sur la suite
Le questionnaire anonyme annoncé pour les élèves est-il une bonne chose ?
« Il s’agit d’un questionnaire sur les violences, à l’école mais aussi en dehors de l’école. Tous les élèves, de la grande section au lycée, devraient le remplir de manière anonyme. Le principe ne nous inquiète pas. En revanche, nous nous demandons ce qui sera fait des réponses. Comment seront traitées les données ? Qui prendra en charge la parole des élèves ? Si un enfant évoque des violences intrafamiliales, quelles seront les suites ? »
Handicap : « C’est un parcours du combattant »
Pourquoi les familles d’enfants en situation de handicap rencontrent-elles autant de difficultés ?
« Tout commence par un dossier très lourd auprès de la MDPH, auquel il faut ajouter un diagnostic médical. Trouver rapidement un spécialiste est déjà très compliqué. Ensuite, il faut attendre entre quatre et six mois pour obtenir une décision sur les compensations auxquelles l’élève a droit. »
Le manque d’AESH reste-t-il un problème majeur ?
« Oui. Depuis des années, il n’y a pas assez d’AESH en Moselle. Les accompagnements sont de plus en plus mutualisés pour répondre au nombre de demandes. Le statut de ces personnels n’est pas suffisamment reconnu, et cela n’aide pas à recruter. »
Les dispositifs d’accompagnement sont-ils suffisants ?
« Non. Les dispositifs ULIS sont limités à douze élèves, donc certains enfants restent sans solution adaptée. Pour les IME, les délais sont encore plus longs : il faut parfois attendre quatre à cinq ans pour obtenir une place. Pendant ce temps, des élèves sont accueillis dans des dispositifs qui ne correspondent pas pleinement à leurs besoins. »
Quelles conséquences pour les familles ?
« Certains élèves finissent par être renvoyés chez eux faute de solution adaptée. Ce sont alors les parents qui doivent assurer l’école à la maison, ce qui n’est pas compatible avec leur rôle de parent ni avec leur vie professionnelle. »
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