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« Les enseignants repartent avec beaucoup d’inquiétudes » : une rentrée sous tension en Moselle

À la veille de la rentrée scolaire, Matthieu Risse et Gilles Leleux, co-secrétaires départementaux du SNUDI-FO Moselle, étaient les invités de Moselle Info. Suppressions de postes, démissions d’enseignants, inclusion scolaire, canicule ou encore cyberattaque : les représentants syndicaux dressent un constat très préoccupant de la situation dans les établissements mosellanes. Ils appellent l’Éducation nationale à mieux anticiper et à améliorer les conditions de travail des personnels.

Dans quel état d’esprit les enseignants abordent-ils cette rentrée ?

Gilles Leleux, co-secrétaire départemental du SNUDI-FO Moselle : « Nous aurions aimé dire que tout le monde repart avec de l’enthousiasme, mais c’est plutôt l’inverse. Les retours du terrain sont très inquiétants. Entre la carte scolaire, la gestion de la canicule en fin d’année et les difficultés autour de l’inclusion scolaire, beaucoup de collègues n’ont pas envie de recommencer dans les mêmes conditions. »

Comment s’est déroulée la pré-rentrée ce lundi pour les enseignants ?

Matthieu Risse, co-secrétaire départemental du SNUDI-FO Moselle : : « Les enseignants ont officiellement repris ce lundi, mais beaucoup étaient déjà dans leurs écoles depuis plusieurs jours pour préparer leurs classes. Malgré cela, il y a une forte inquiétude. Certains collègues ont été mutés à l’autre bout du département à cause des suppressions de postes. La colère liée à la gestion de la canicule est toujours très présente, et beaucoup nous demandent déjà quand aura lieu la prochaine mobilisation. »

Des dizaines de fermetures de classes en Moselle

Que représentent les suppressions de postes annoncées cette année ?

Gilles Leleux : « La Moselle devait rendre 45 postes. Cela peut sembler limité, mais derrière ces suppressions, il y a des dizaines de fermetures de classes. Les conditions de travail ne s’améliorent pas. On nous explique que la démographie baisse, mais la France compte toujours davantage d’élèves par enseignant que la moyenne des pays de l’OCDE. »

Quels secteurs, quels territoires sont justement les plus concernés ?

Matthieu Risse : « Beaucoup de fermetures concernent la Moselle-Est. Mais la carte scolaire n’est pas encore totalement arrêtée. Des comptages auront lieu le jour de la rentrée dans les écoles où les effectifs sont limites. Nous participerons ensuite aux instances d’ajustement pour défendre des ouvertures de classes et éviter de nouvelles fermetures. »

Un métier qui perd de son attractivité

Des postes supprimés, mais aussi de plus en plus de démissions…

Gilles Leleux : « Oui. Trente-cinq démissions sont déjà actées cette année en Moselle, c’est davantage que l’an dernier. Parmi elles, il y a aussi des enseignants stagiaires. C’est très préoccupant lorsqu’on sait que beaucoup choisissent ce métier par vocation. »

Comment expliquez-vous cette perte d’attractivité ?

Matthieu Risse : « Il y a d’abord la question des salaires. Les fonctionnaires ont perdu beaucoup de pouvoir d’achat au fil des années. Les débuts de carrière ont été un peu revalorisés, mais cela reste insuffisant. À cela s’ajoutent des conditions de travail de plus en plus difficiles, avec des classes chargées et une inclusion scolaire qui se fait sans les moyens nécessaires. Voir des stagiaires démissionner dès leur première année est un véritable signal d’alarme. Ils ont travaillé longtemps pour devenir enseignants et abandonnent avant même la fin de leur formation. Il faut s’interroger sur ce qui ne fonctionne plus. »

« Ce sont des choix politiques »

Selon vous, qu’est-ce qui a changé ces dernières années ?

Gilles Leleux : « Ce sont avant tout des décisions politiques. Les gouvernements se succèdent, les ministres annoncent des réformes, mais sur le terrain les enseignants ne voient pas d’amélioration. Nous avons le sentiment que l’Éducation nationale est devenue une variable d’ajustement. »

Matthieu Risse : « Les promesses de revalorisation reviennent régulièrement, mais les collègues n’y croient plus. C’est aussi ce qui explique le manque d’attractivité du métier aujourd’hui. »

Cyberattaque, inclusion et canicule

L’été a aussi été marqué par une cyberattaque contre l’Éducation nationale. Quelles conséquences cela a-t-il ?

Matthieu Risse : « Cette attaque soulève des questions de sécurité, notamment sur les données personnelles. Nous n’avons toujours pas de réponse claire concernant certaines conséquences possibles, y compris sur le versement des salaires. Au-delà de la cyberattaque, les outils informatiques utilisés par les enseignants fonctionnent très mal. Certaines bases de données indispensables aux directeurs d’école sont restées indisponibles pendant plusieurs semaines, ce qui a compliqué toute la préparation de la rentrée. »

Autre sujet épineux, tous les élèves ayant besoin d’un accompagnement disposeront-ils d’un AESH dès la rentrée ?

Gilles Leleux  « Non, rien ne permet de le garantir. Nous n’avons aucune visibilité sur les recrutements. Dans certains cas, un même AESH accompagne jusqu’à une dizaine d’enfants. Le statut des AESH reste très précaire. Leur grille salariale évolue très peu sur toute une carrière. Les conditions de travail se dégradent et ces personnels ne sont pas suffisamment considérés. »

La fin de l’année scolaire a été marquée par plusieurs épisodes de forte chaleur. Les établissements sont-ils mieux préparés ?

Matthieu Risse : « Pour l’instant, très peu de choses ont changé. On nous parle désormais de plans canicule, mais ces épisodes se répètent depuis plusieurs années. Le problème, c’est le manque d’anticipation. En fin d’année, il n’y avait aucune consigne claire du ministère ou du rectorat. Chaque école faisait comme elle pouvait. Nous avons connu des classes à 35 ou 37 degrés, des malaises d’enfants, des enseignants seuls avec quelques élèves sans pouvoir quitter leur établissement. Ce n’est pas aux parents d’anticiper ces situations, c’est à l’institution de prévoir des règles claires. »

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Jean MILON
Jean MILON
Rédacteur en chef adjoint de MoselleTV. Présentateur de MoselleInfo.

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