L’air que nous respirons contient-il des pesticides, et en quelle quantité ? Atmo France, organisme qui réunit les Associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA), a lancé ce lundi une première carte pour mesurer leur concentration. L’occasion aussi de dresser le bilan de la qualité de l’air en 2025.
Vous venez de lancer la plateforme PhytAtmo Dataviz, une nouvelle datavisualisation nationale dédiée aux pesticides dans l’air. Concrètement, comment cela fonctionne ?
Étienne Koszul, directeur d’ATMO Grand Est : « Au niveau national, l’ensemble des associations agréées de surveillance de la qualité de l’air, dont Atmo Grand Est, réalisent chaque année des mesures de pesticides dans l’air. Ces données sont ensuite regroupées dans une base commune, constituant un volume conséquent qui permet d’effectuer des analyses statistiques solides. Ce travail permet aujourd’hui d’établir, pour une quinzaine de substances phytosanitaires, des valeurs de référence dans l’environnement, en s’appuyant sur l’ensemble des données collectées à l’échelle nationale. C’est une démarche encore inédite. À ce jour, il n’existe ni valeurs réglementaires, ni repères sanitaires, ni seuils environnementaux pour ces substances. L’initiative vise précisément à combler ce manque, en définissant des repères à partir de la comparaison des mesures observées dans l’environnement. »
Sous quelle forme cela se concrétise, en cartes, en graphiques ?
« L’outil prend la forme d’une carte interactive. On y retrouve les points de mesure, avec une jauge pour chaque substance. Elle indique les niveaux minimum, maximum et moyen observés au niveau national. Chaque territoire peut ainsi se situer facilement : en dessous, dans la moyenne ou au-dessus. C’est un outil très visuel, pensé pour être compréhensible par tous. »
Quels types de pesticides retrouve-t-on le plus dans l’air ?
« On observe surtout des fongicides et des herbicides. Leur présence varie selon les saisons. Les fongicides sont davantage utilisés lors des périodes de maladies des cultures, tandis que les herbicides interviennent dans l’entretien des champs. »
Des pesticides majoritairement d’origine agricole
Quelles sont les principales sources d’émissions de ces pesticides ?
« L’agriculture est la principale source d’émission. Mais il ne faut pas oublier les usages domestiques ou dans les collectivités, même s’ils sont en diminution. Les conditions météo jouent aussi un rôle important : le vent, l’humidité ou encore la manière dont les produits sont appliqués influencent leur dispersion dans l’air. »
Ces niveaux sont-ils dangereux pour la santé ?
« Aujourd’hui, on ne peut pas répondre précisément à cette question. Il n’existe pas encore de valeurs réglementaires ou sanitaires pour ces substances dans l’air. L’outil permet surtout de se situer par rapport à une moyenne nationale. C’est déjà une avancée importante, mais il reste encore du travail pour évaluer les impacts sur la santé. »
Qualité de l’air : une année 2025 moins favorable
Évoquons à présent le bilan de la qualité de l’air dans le Grand Est en 2025. Que faut-il en retenir en priorité ?
« Le principal enseignement n’est pas forcément positif… En 2025, les niveaux de pollution sont globalement en hausse par rapport à 2024. La situation se dégrade notamment pour les principaux polluants, comme les particules fines et le dioxyde d’azote, dont les concentrations sont plus élevées qu’un an auparavant. Cette tendance ne concerne pas uniquement la région, elle est observée à une échelle plus large, notamment dans les régions voisines. »
Et en Moselle ?
« La tendance est la même. Il ne s’agit donc pas d’un phénomène local, mais bien d’une évolution globale, à une échelle large. Cette situation s’explique en grande partie par des conditions météorologiques particulières, notamment en période hivernale, de janvier à mars, mais aussi d’octobre à décembre. Ces périodes ont été moins pluvieuses, or la pluie joue un rôle de « nettoyage » de l’atmosphère en éliminant une partie des polluants. En son absence, ceux-ci ont tendance à s’accumuler davantage. À cela s’ajoutent des épisodes de froid et de brouillard, fréquents en fin d’année, qui favorisent des atmosphères stables propices à la concentration des polluants. Enfin, durant l’été, plusieurs épisodes de fortes chaleurs, parfois caniculaires, ont favorisé la formation d’ozone. Même s’ils ont été relativement courts, ils ont été suffisamment fréquents pour dégrader la qualité de l’air sur la période estivale. »

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