Coordinateur de la venue du pape Léon XIV à Metz pour le diocèse, Pascal Péran a piloté pendant quatre mois la préparation de cet événement exceptionnel. Ancien gouverneur militaire de Metz, il a dû faire travailler ensemble une quinzaine de bénévoles et assurer la coordination avec les services de l’État, les collectivités et les équipes religieuses. Sécurité, circulation, accueil des pèlerins et mobilisation de 1 600 bénévoles : il raconte dans Moselle Info les coulisses d’une journée préparée dans l’ombre.
Après quatre mois de préparation, quel est votre ressenti au lendemain de cette visite ?
Pascal Péran, coordinateur de la visite de Léon XIV à Metz pour le diocèse : « Aucun incident majeur ne m’est remonté, donc j’en déduis que tout s’est bien passé. Aujourd’hui, je suis heureux d’avoir conduit cet exercice jusqu’au bout. Cela représente quatre mois de travail intensif, tous les jours à l’exception du dimanche matin, avec autour de moi une équipe d’une quinzaine de bénévoles qui se sont passionnés pour que tout se passe bien à Metz. »
À quoi ressemble le quotidien d’un coordinateur pour un événement d’une telle ampleur ?
« Mes semaines étaient très cadrées. Tous les lundis matin, nous avions un comité de pilotage en visioconférence avec la Conférence des évêques de France, le nonce apostolique et parfois le Vatican. Le mercredi après-midi, nous avions un autre comité de pilotage avec mon équipe. Et entre les deux, de nombreuses réunions avec la préfecture et les collectivités territoriales pour tout mettre au point. »
Une organisation à construire de toutes pièces
Votre expérience militaire vous a-t-elle aidé dans cette mission ?
« Je pense que c’est peut-être pour cela qu’on m’a sollicité. Un officier général est, par définition, quelqu’un qui s’est organisé. Il a fallu mettre en place une organisation avec des personnes compétentes dans leur métier, mais qui n’avaient pas forcément l’habitude de travailler ensemble ni sur un événement d’une telle ampleur. »
Vous avez aussi dû créer une véritable cohésion au sein de votre équipe…
« C’est surtout cela qui a guidé nos travaux. Je suis très heureux d’avoir réussi à souder les liens entre 15 personnes qui ne se connaissaient pas, qui appartenaient soit aux diocèses, soit à des groupes d’amis. Elles ont fait connaissance et accepté de donner de leur temps pour le pape. »
Vous étiez à la croisée de deux autorités, l’État pour la sécurité et le diocèse pour l’organisation religieuse. Comment avez-vous fait travailler ces deux entités ensemble ?
« J’ai justement été nommé pour être à la croisée de ces deux chemins. Je disposais d’une lettre de mission de Monseigneur Ballot avec deux volets bien distincts : un volet sécuritaire sous l’autorité du préfet et un volet cultuel sous l’autorité de l’évêque. Ça m’a passionné de travailler avec les services de l’État, que je remercie du fond du cœur, ainsi que les forces de sécurité intérieure et les forces armées pour leur participation très active à la venue du pape à Metz. »
Faire circuler les pèlerins malgré un dispositif de sécurité exceptionnel
Quels étaient les principaux défis liés à la sécurité ?
« Les défis sécuritaires étaient entre les mains du préfet. Mon défi était de réussir à faire circuler les convois et les gens à travers un maillage sécuritaire dont vous n’imaginez pas l’ampleur, étant donné la sécurité qu’il fallait assurer pour le Saint-Père, qui est le chef des catholiques, mais aussi un chef d’État. »
Dans une ville comme Metz, ce n’est pas forcément facile de faire passer des flux routiers ou piétonniers dans des zones où l’on ne peut pas passer et où l’on doit quand même passer, sinon l’organisation ne fonctionne pas. »
Près de 1 600 bénévoles ont également participé à cette journée. Comment les avez-vous mobilisés ?
« Au départ, nous nous étions fixé un objectif de 1 200 bénévoles. Nous avions lancé un appel en demandant simplement : “Avez-vous envie ?” À l’arrivée, il y avait 1 600 personnes. Nous n’avons pas eu besoin d’aller les chercher : elles sont venues naturellement, avec l’envie de servir, même sur des postes très modestes, pour que tout fonctionne bien. »
Quel était leur rôle principal ?
« Il s’agissait notamment d’accueillir les autocars de pèlerins qui sont venus nombreux à Metz. Je ne voulais pas que les groupes venant de loin et ne connaissant pas Metz soient laissés seuls. Il fallait les accueillir, les guider, les accompagner toute la journée et les ramener à leur bus le soir pour être sûr de ne perdre personne. »
« Une course contre la montre permanente »
Après quatre mois de préparation, quelle a été votre plus grande difficulté ?
« Ma plus grande difficulté a été de trouver du temps pour faire ce que j’avais à faire. »
Une véritable course contre la montre ?
« Une course contre la montre permanente. »
Le jour J, après avoir travaillé pendant des mois dans l’ombre, avez-vous eu le temps de profiter de l’événement ? De prendre conscience ?
« Prendre conscience, oui. Profiter, non, pas dans sa totalité. J’ai pu profiter des quelques séquences où j’étais présent. Mais ma plus grande satisfaction est d’avoir pu rencontrer le Saint-Père à deux reprises. D’abord au pied de l’avion. Il est venu vers moi alors que j’étais un peu en retrait, sans que je fasse le moindre signe, pour me serrer la main en me disant : “Vous, je pense que vous êtes l’organisateur.” C’était incroyable. Ensuite, je l’ai rencontré une seconde fois à l’évêché, où il allait prendre son déjeuner. Je voulais m’assurer que tout était en place. Il est revenu vers moi et je lui ai dit : “Très Saint-Père, deux fois dans la même journée, ma journée est ensoleillée.” Il m’a répondu : “Il peut y en avoir une troisième si vous le souhaitez.” »
Si c’était à refaire, accepteriez-vous à nouveau cette mission ?
« Quand on m’a proposé cette mission, j’ai demandé un délai de réflexion, mais il s’est réduit à cinq minutes, parce que mon épouse m’a dit que je ne pouvais pas refuser. Je l’ai déjà dit à plusieurs médias : la prochaine fois qu’un pape vient à Metz, je prendrai quand même un petit peu de recul. Je serai, j’allais dire, volontaire pour aider quelqu’un qui prendra cette mission à sa charge. »
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