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Patrick Weiten : « La Moselle a toujours été une terre d’intégration »

Invité de l’émission politique Le Tour de la question, Patrick Weiten est revenu sur la position européenne de la Moselle et la raison de la venue du pape dans le département.

Le département de la Moselle est devenu « euro-département » un 9 mai 2019, pourquoi ?

Patrick Weiten : C’est son nom car c’est sa spécificité et sa situation qui nous vaut ce titre-là, que nous revendiquons. Terre de l’Europe, terre de Robert Schuman, terre d’un territoire qui a subi et profité de sa situation géographique, qui a changé 4 fois de nationalité sans changer de géographie, et donc nous le revendiquons parce que nous sommes profondément européens, et peut-être plus qu’ailleurs. En 2019, nous étions en train d’oublier la déclaration de Schuman, un 9 mai 1950. Nous sommes profondément attachés à cette Europe, et sans cette Europe nous n’aurions pas vécu aussi longtemps déjà en paix. S’il y a des messages de paix qui doivent être transmis, c’est bien ici depuis le territoire profondément européen.

À quel moment vous avez su que le pape viendrait en Moselle ?

Un peu plus tôt que la déclaration officielle, car nous avons du travailler de concert avec la ville de Metz et l’Etat pour accueillir le Pape, prendre nos responsabilités en matière de sécurité, en matière d’accueil, en matière politique. Naturellement, au départ, il y avait un black-out total et c’était totalement normal et légitime jusqu’à ce que la nouvelle soit officielle. Mesurons-le bien, il s’agit d’un événement planétaire parce qu’on est sur la terre de l’Europe, il est planétaire parce qu’on est aujourd’hui dans une situation conflictuelle et le monde est en ébullition guerrière, et donc je crois que c’est un message profond. A un moment ou un autre, dans l’histoire de France, dans l’histoire du monde, il y aura eu l’appel de Metz et de la Moselle. Ca marque encore plus la place que notre département doit tenir dans son environnement européen, la Moselle souhaite véritablement l’assumer.

Quand on vous a annoncé que le pape viendrait en Moselle, on vous a dit que c’était spécifiquement pour cette question européenne ?

Oui, c’était Robert Schuman d’abord, sa déclaration, la nécessité de retrouver plus d’Europe, avec un Pape qui parlait beaucoup de paix, et Robert Schumann avait parlé de paix dans ses déclarations. Et puis la deuxième chose, c’était de dire il faut se rassembler ici pour qu’il y ait beaucoup plus d’Europe, avec la promotion de l’œuvre de Robert Schuman avec une démarche de béatification qui se poursuit au Vatican. c’est ce qui a conduit le Pape à mettre le doigt sur la Moselle, et moi je voudrais remercier également Mgr Philippe Ballot, archevêque évêque, qui a fait un travail très important depuis un certain temps. Il n’est pas d’origine mosellane, mais c’est un vrai mosellan, imbibé de l’esprit de Robert Schumann, et dans ce cadre-là, il a proposé, il a présenté, il a invité le Pape à venir s’arrêter ici à Metz en Moselle.

« Avec l’Allemagne, la Moselle a aujourd’hui des relations presque quotidiennes »

Quelle est la place aujourd’hui de la Moselle dans la coopération franco-allemande ?

Avec les lander de Sarre et de Rhénanie-Palatinat, nous avons des relations presque quotidiennes. J’ai été fêter le 14 juillet à Sarrebruck, à l’invitation des élus sarrois, c’était un moment exceptionnel, un moment de ferveur. Les Allemands se sont engagés dans cette commémoration du 14 juillet 1789, donc vous pouvez imaginer l’état d’esprit que cela peut représenter. Et dans tous leurs discours, il y avait ce message de paix, en disant : nous devons commémorer ce qui a fait la liberté, ce qui a fait la démocratie, ce qui a fait la République de France. Parce que les Mosellans travaillaient en Allemagne, parce que les Allemands viennent commercer en France, il y a une vraie relation en permanence. C’est le cas en Moselle Est mais aussi avec la Moselle Nord, avec par exemple Trèves ou le Luxembourg. J’ai fait passer la flamme olympique à Schengen, il y avait le Grand Duc du Luxembourg et les élus allemands, et c’est chez nous, et sur notre Moselle, le fleuve Moselle… on a une situation très particulière qui nous impose d’avoir une responsabilité particulière dans les relations avec nos voisins.

Comment vous percevez pourtant cette montée des partis néofascistes en Allemagne, ce repli démocratique et eurosceptique ?

Alors nous sommes très à l’est de l’Allemagne. C’est un territoire qui a énormément souffert, qui se relève de la destruction du mur de Berlin, qui apprend la démocratie avec tout ce que cela représente. C’est absolument dangereux, et les Allemands sont conscients, et ils sont aussi attentifs que nous sur la montée de ces idées du rejet de l’autre. Le message de Robert Schuman, c’est juste l’inverse : rapprochons-nous de ceux qui sont différents, ça nous enrichira. Et moi je suis intimement convaincu de cela : la Moselle est une terre d’accueil, une terre de confrontation des civilisations. Combien d’Italiens, de Marocains, d’Algériens sont venus alimenter le marché du travail pour développer l’économie et l’industrie mosellane, et ont continué à y résider ?

« Nous avons été intégrés à un moment à un territoire qui nous avait rejetés. L’intégration, c’est dans notre ADN »

Moi quand j’étais jeune, mon père était sidérurgiste, nous avions des amis marocains, tunisiens, algériens, allemands, italiens, et c’était tout à fait naturel. La Moselle a toujours été une terre d’intégration, c’était important parce que nous avons été intégrés à un moment à un territoire qui nous avait rejetés, ou qui nous avait abandonnés. Donc c’est dans notre ADN, et c’est là où moi je vis très mal aujourd’hui ce qui se passe, ce discours du rejet de l’autre parce qu’il est différent. On a un message de pédagogie, une attitude de rassemblement qui nous incombe, et le message du pape nous dit que si on veut réussir l’Europe, ce ne sera pas l’Europe de la division, ce sera l’Europe du rassemblement.

Schuman avait une idée très pragmatique de l’Europe : pour lui, elle commence par des réalisations concrètes. Est-ce que l’Europe actuelle n’est pas devenue un peu trop institutionnelle ?

Je crois que notre société est devenue institutionnelle et technocratique, et qu’elle manque de politique. Il faut que nous soyons dans une génération où le politique doit retrouver toute sa place, notamment en démocratie dans la proximité. Nous avons, nous, élus locaux, élus départementaux, régionaux, même nationaux, la responsabilité de cette proximité. Nous sommes français, nous sommes habitants d’une région mais nous sommes d’abord Mosellans. Moi, je suis intimement Mosellan, au plus profond de moi-même. Je ne peux pas rejeter cette idée de la Moselle, où il y a eu des milliers de personnes qui ont combattu, 300 000 Mosellans qui ont été évacués, des gens qui ont perdu la vie dans les camps de concentration parce qu’ils étaient tout simplement mosellans. Donc je crois qu’on ne peut pas renier notre histoire. Et c’est grâce à notre histoire que, à mon avis, on va reconquérir cet esprit de démocratie. Elle est indispensable.

Photo © Matthieu Henkinet

Jonathan Vaucher
Jonathan Vaucher
Chef d'édition numérique. Présentateur. Journaliste référent politique.

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