A l’occasion de la FIM 2026 à Metz, le candidat à la primaire PS, Jérôme Guedj, était de passage en Moselle dans un numéro hors-série de l’émission politique Le Tour de la Question.

Vous êtes député PS de l’Essonne, candidat à la présidentielle. Il y a quelques jours vous avez participé au premier débat télévisé sur cette primaire, format que vous avez longtemps critiqué. Qu’est-ce qui vous fait penser que vous êtes capable de rassembler la gauche et potentiellement de gagner en 2027 ?
Jérôme Guedj : On est face à un enjeu : éviter la tenaille annoncée par tous les sondages entre, d’un côté, la tentation du Rassemblement national et, de l’autre, cette gauche inutile du bruit et de la fureur. Et moi, je pense qu’il y a un espace pour une gauche républicaine, universaliste, écologiste, européenne et laïque, ce que je veux porter. Ces débats sont l’occasion d’apprécier le tempérament, l’expérience. Je suis un ancien président de département, celui de l’Essonne. Je suis un parlementaire qui travaille beaucoup sur les questions de vulnérabilité, de santé. Je suis attaché à la souveraineté et à une forme de patriotisme républicain. Et ce sont toutes ces idées que je veux porter avec une clarté dans la stratégie d’alliance. Moi, je refuse toute alliance avec la France insoumise, parce qu’aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon est devenu, d’une certaine manière, le marche-pied du Rassemblement national.
Que proposez-vous ?
Je propose la république du soin, prendre soin de chacun et vivre dignement de son travail, vivre dignement quand on est en situation de vulnérabilité, qu’on soit une personne âgée ou une personne en situation de handicap. Et bien sûr, s’adapter aux dérèglements climatiques. C’est sur tous ces enjeux que je veux porter le fer autour d’un concept simple, qui est aussi celui de l’alliance des productifs. C’est pour ça que je suis très content d’être sur la foire aujourd’hui, parce qu’on a des artisans, des commerçants, des PME dans ce pays qui investissent, qui innovent, qui créent. Il faut s’appuyer sur les salariés, sur les chefs d’entreprise, sur les créateurs, sur ceux qui inventent. Et ce sont eux que je vais rencontrer aujourd’hui avec plaisir.
Vous dites vouloir être le candidat d’une gauche républicaine, ça veut dire qu’aujourd’hui, il y a une gauche qui n’est pas républicaine ?
Ce n’est peut-être même plus une gauche quand on transige avec la laïcité, quand on transige avec l’universalisme républicain, quand on transige avec la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Et c’est vrai qu’il y a des ruptures majeures. Et quand on exprime des positions aussi problématiques que celles qu’a pu avoir Jean-Luc Mélenchon, le problème c’est même pas de ne pas être républicain, c’est de sortir du champ de la gauche, du respect de ses principes qui pour moi sont fondateurs.
Vous avez parlé de laïcité, c’est un pilier de votre programme. Vous êtes aujourd’hui à Metz en Moselle, un département sous le concordat d’Alsace-Moselle, qui accueille aussi le pape ce mois-ci. Est-ce que ce régime aujourd’hui est compatible avec votre vision de la laïcité ?
Le concordat est dans le droit français. Il ne s’agit pas de bouleverser de manière brutale un principe. Moi, je suis attaché à cette loi de protection, à ce qu’elle permet à chacun de croire ou de ne pas croire, et de le faire sans aucune pression, d’avoir cette liberté de conscience. Je suis très intéressé par un particularisme qui est dans le droit local, qui est le régime local d’assurance maladie. J’ai la proposition de partir de ce qui existe en Alsace-Moselle, c’est-à-dire cette sécurité sociale plus large que dans le reste du territoire.
« Je suis très intéressé par le particularisme de la sécurité sociale dans ce département »
Je défends la sécurité sociale intégrale, où l’assurance maladie prendrait en charge 100% des dépenses de soins. Et ici, en Alsace-Moselle, en Moselle, c’est 90%. Je pense même qu’on peut aller plus loin. Surtout que c’est un système vertueux, à l’équilibre. Il est géré par les partenaires sociaux, par les syndicats, qui décident chaque année du taux, et qui permet dans ce territoire d’avoir des montants de complémentaires santé qui sont plus faibles. Quand quelque chose fonctionne depuis plus de 80 ans en Alsace-Moselle, et donc ici en Moselle, inspirons-nous de ce que vous avez été capable de faire vivre durablement.
Concrètement, si vous êtes élu président de la République, vous ne touchez pas au régime ?
Le régime local sur l’assurance maladie, je veux l’étendre à l’ensemble du territoire national, parce que ça marche et que ça permet d’avoir une simplification. C’est une mutuelle publique obligatoire gérée par l’assurance maladie. Et je trouve que c’est extrêmement, extrêmement vertueux.
Même question que j’ai posé à votre opposant et néanmoins ami Edouard Philippe : si vous êtes élu président de la République en 2027, quelle sera votre première mesure ?
La première mesure, c’est de renouer la confiance avec l’ensemble des Français. Moi, je veux résolument que nous soyons en capacité d’augmenter les salaires parce que la désespérance d’une grande partie de nos concitoyens, c’est la question du pouvoir d’achat. On sera encore dans une crise du prix des carburants donc je veux qu’on puisse baisser le prix des carburants par tous les moyens possibles, y compris en jouant sur le levier des taxes qui s’appliquent sur les prix des carburants. Je pense que c’est une réponse en milieu rural, en zone urbaine, en zone périphérique. Il y a aussi la question du SMIC. Et je souhaite aussi qu’on puisse engager un travail avec toutes les forces politiques du pays pour s’attaquer à la réforme du système de santé, notamment à la question des déserts médicaux et à la manière dont on les résorbe, notamment en mettant en place des critères pour l’installation des médecins dans les zones qui sont dépourvues de médecins.
Vous dites vouloir une gauche qui se distingue à la fois des extrêmes, en parlant de LFI et du Rassemblement national. Est-ce que cette gauche peut aujourd’hui attirer les électeurs d’un bloc central qui se veut lui aussi « républicain » ?
Moi, je m’adresse à tous les électeurs. Quand on parle des vrais sujets, du pouvoir d’achat, des déserts médicaux, de la complémentaire santé, je pense que ça peut parler à des électeurs du Rassemblement national, à des électeurs de la France insoumise, à des électeurs du bloc central ou à des électeurs qui se reconnaissent dans la famille de la gauche républicaine. Je suis pour le rassemblement de tous les Français. On a tant de choses à réparer. Il y a un besoin de protection. Et c’est cette clarté-là que je veux porter dans le débat présidentiel. Je n’aime pas segmenter les Français et je veux leur dire que leur colère, leur désespérance et leur amertume, elle est vaine quand elle va porter leur suffrage ou leur voix vers ceux qui sont dans l’impuissance. Et c’est le cas des extrêmes que vous avez mentionnés.
Photo © Matthieu Henkinet
- Retrouvez l’intégralité de l’émission avec Jérôme Guedj sur ce lien.
- Le Tour de la Question, l’émission politique de Moselle TV présentée par Jonathan Vaucher, à retrouver les mardis à 17h.


