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« L’appel de Metz à la paix restera », estime l’historien Julien Léonard après la visite de Léon XIV

Historien, Julien Léonard était l’invité de Moselle Info au terme de la visite du pape Léon XIV à Metz. Il revient sur la dimension historique de cette journée, mais aussi sur l’identité européenne et religieuse de la ville.

Pourquoi peut-on dire que la visite du pape Léon XIV est un moment historique pour Metz ?

Julien Léonard, maître de conférences en histoire moderne à l’université de Lorraine : « Metz a peut-être une image un peu inférieure à celle de Strasbourg comme ville européenne, mais Léon XIV l’a lui-même souligné dans son discours : c’est une ville qui est véritablement au cœur de l’Europe. Son histoire, notamment aux XIXe et XXe siècles, a été dramatique, mais Metz a été une ville frontière bien avant. Elle a été une ville libre d’Empire jusqu’au XVIe siècle, tout en étant une ville de langue française, de langue romane. Elle a donc toujours servi d’interface entre plusieurs mondes. Au sein de cette interface, Metz est une capitale européenne depuis très longtemps, depuis les Carolingiens, voire même avant. Certains Carolingiens se sont d’ailleurs fait enterrer à Metz. »

Vous avez assisté aux différentes conférences au centre des congrès Robert Schuman. Une citation vous a-t-elle particulièrement marqué ?

« Le pape a cité à plusieurs reprises Robert Schuman, mais c’était assez attendu. C’est probablement le sens réel de sa venue à Metz. J’ai surtout été marqué par sa maîtrise du temps long. Il a notamment insisté sur de grands personnages messins du Moyen Âge, comme Chrodegang, l’un des grands fondateurs de l’Église de Metz. Il a aussi parlé de saint Benoît de Nursie. J’ai été impressionné par sa maîtrise du contexte de l’histoire européenne sur le temps très long. »

Une identité religieuse façonnée par l’histoire

La position géographique de Metz a-t-elle aussi façonné son identité religieuse ?

« Oui. Son identité religieuse a notamment été façonnée au haut Moyen Âge, lorsqu’elle était l’une des capitales des Carolingiens. Metz s’est construite autour de lieux religieux très importants, avec des abbayes extrêmement puissantes et un évêque qui a également joué un rôle majeur. Même lorsqu’il est plus ou moins chassé de la ville à la fin du Moyen Âge, l’évêque continue à jouer un rôle spirituel important. L’une des identités de Metz est donc véritablement une identité religieuse.

Cette identité va ensuite peu à peu se transformer. Aux XVIe et XVIIe siècles, Metz devient aussi l’un des laboratoires du dialogue entre les religions. Pendant plus de 150 ans, trois communautés vont vivre côte à côte : les catholiques, très majoritaires, une forte minorité protestante et une petite minorité juive. C’est l’une des originalités de Metz à cette époque. »

Une rencontre interreligieuse avait justement lieu ce matin. Est-ce que cette histoire donne un sens particulier à cette rencontre ?

« Absolument. Cette rencontre interreligieuse avait particulièrement du sens à Metz, où l’on a l’habitude de dialoguer. Mais attention, je ne vais pas enjoliver cette histoire. Aux XVIe et XVIIe siècles, cette coexistence s’accompagne aussi de très fortes tensions. Les protestants finissent par être interdits à la révocation de l’édit de Nantes. Les juifs sont tolérés, mais lorsqu’on lit les textes de l’époque, on trouve des discours enflammés contre eux, avec de véritables relents antisémites. Ce n’est donc pas une histoire apaisée. Mais c’est une histoire où l’on a l’habitude de vivre côte à côte, et cela depuis très longtemps. »

Certains pourraient penser qu’une visite papale ne concerne que les catholiques. En tant qu’historien, partagez-vous cette lecture ?

« Non, vraiment pas. J’en ai d’ailleurs discuté avec le pasteur du Temple Neuf, qui était présent au dialogue interreligieux. D’un point de vue purement spirituel, la visite du pape ne concerne peut-être que les catholiques. Mais d’un point de vue symbolique, et même politique au sens large et noble du terme, sa venue est très importante pour tous les chrétiens, dans une perspective de dialogue œcuménique, mais aussi pour les autres croyants, dans une perspective de dialogue interreligieux. Il y avait notamment des représentants du monde musulman et du monde juif. »

« L’appel de Metz à la paix » pourrait rester dans les mémoires

Au-delà de l’émotion du moment, quel héritage cette journée pourrait-elle laisser à Metz et à la Moselle ?

« C’est difficile de répondre à cette question, moi je suis historien. Mais je crois qu’on s’en souviendra longtemps. Autour de moi, beaucoup parlaient de la visite de Jean-Paul II, alors qu’avec le recul, il n’était resté que deux ou trois heures à Metz. Et pourtant, cela avait beaucoup marqué les esprits. Là, Léon XIV est resté toute la journée. Je crois que ce qui restera, c’est peut-être ce que les représentants du dialogue interreligieux ont appelé “l’appel de Metz”. Je pense que cela restera : un appel à la paix extrêmement fort, auquel le nom de Metz restera associé. »

Cette visite a aussi offert une belle vitrine à la ville…

« Je crois que ce qui restera aussi, ce sont les magnifiques images que nous avons vues à la télévision. Cela n’existait pas à l’époque de la visite de Jean-Paul II, mais la production d’images a été absolument fabuleuse. Les gens qui ne connaissaient pas Metz et qui ont regardé la diffusion auront peut-être une vision moins déformée de notre ville que celle qu’on peut avoir un peu trop souvent. »

Existe-t-il des exemples de villes durablement transformées par des visites pontificales ?

« C’est difficile à dire. Pas dans la topographie, en tout cas. Ce sont plutôt des événements qui restent. Je pense que cette visite restera et marquera. Peut-être pas Paris évidemment, mais Lourdes et Metz resteront vraiment marquées par ce passage. »

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Jean MILON
Jean MILON
Rédacteur en chef adjoint de MoselleTV. Présentateur de MoselleInfo.

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