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« Nous préparons les forêts de 2100 » : comment l’ONF adapte les massifs mosellans au changement climatique

Après un été 2026 marqué par une chaleur exceptionnelle et une sécheresse historique, les forêts de Moselle montrent des signes de souffrance. Invité de Moselle Info, Damien Galland, représentant de l’Office national des forêts (ONF), dresse un état des lieux préoccupant et explique comment les forestiers adaptent dès aujourd’hui les massifs au climat de demain.

Quel diagnostic faites-vous de l’état de santé des forêts après cet été ?

Damien Galland, directeur de l’agence territoriale de l’ONF de Metz : « Nous avons vécu un été particulièrement marqué par la chaleur et l’absence d’eau. Le mois de juillet a été exceptionnellement chaud et cette période de fortes températures s’est prolongée de mai jusqu’en septembre, avec des vagues de chaleur comparables à celles de 2003.

Depuis la mi-mai, il n’y a pratiquement pas eu de pluie significative, et aucun épisode important n’est attendu avant le début du mois d’octobre. Les sols connaissent un déficit hydrique quasiment jamais observé.

Les arbres, qui sont des êtres vivants, réagissent à ce stress en ralentissant leur fonctionnement. La circulation de la sève diminue, les feuilles changent de couleur, passent du jaune au rouge puis au brun, avant de tomber. Depuis la fin du mois d’août, nous observons des chutes de feuilles très précoces par rapport à un automne normal. »

Ces effets sont-ils immédiats ou peuvent-ils apparaître plus tard ?

« C’est une réaction immédiate. L’arbre est dans une situation de stress très fort et déclenche une mesure de sauvegarde pour limiter ses besoins en eau. Notre travail consiste désormais à documenter cette situation et à suivre l’évolution des arbres. Pour les jeunes plants et les semis, nous réaliserons des diagnostics cet automne afin de vérifier leur vitalité et, si nécessaire, prévoir des actions de remplacement ou de renforcement. Pour les arbres adultes, il faudra attendre l’hiver puis la reprise de la végétation au printemps. Un état des lieux plus définitif pourra être réalisé à partir d’avril 2027. »

Les forêts de plaine particulièrement fragilisées

Certaines parties de la Moselle sont-elles plus touchées que d’autres ?

« Oui. Les forêts de plaine, composées principalement de feuillus, sont les plus exposées à cette sécheresse. Les secteurs de montagne ont connu des températures un peu plus modérées et un déficit en eau moins marqué. Les résineux disposent également d’une meilleure capacité d’adaptation. En plaine, des essences comme le hêtre ou le frêne, déjà fragilisées par les sécheresses des années précédentes, montrent aujourd’hui de véritables signes d’alerte. »

Comment l’ONF s’adapte-t-il au changement climatique ?

« Les sécheresses et les canicules se répètent depuis 2018. Nous avons donc déjà engagé une réflexion de fond pour adapter notre gestion. Le travail des forestiers s’inscrit dans le temps long : nous préparons déjà les forêts de 2100. Même si le climat reste incertain, nos actions doivent être structurées.

Nous favorisons davantage le mélange des essences pour ne pas dépendre d’une seule espèce. Nous misons aussi sur des arbres réputés plus résistants au changement climatique et nous adaptons notre sylviculture pour leur donner un meilleur accès à la ressource en eau. »

À quoi ressembleront justement les forêts de demain ?

« C’est toute la question. Nous essayons d’introduire, par petites touches, des essences plus méridionales qui sont historiquement adaptées à des conditions plus chaudes et plus sèches. L’objectif est de diversifier les massifs forestiers. Cette diversité constitue une forme de filet de sécurité : si une essence souffre ou disparaît localement, d’autres pourront prendre le relais pour maintenir des forêts en Moselle. »

Le risque d’incendie au cœur des préoccupations

Quels comportements des promeneurs compliquent aujourd’hui le travail de l’ONF ?

« Dans le contexte de cette année, le principal sujet est le risque d’incendie. Nous savons que neuf feux sur dix sont liés aux activités humaines. Plus les forêts sont fréquentées, plus le risque augmente. Il est donc essentiel d’informer le public et de rappeler les bons comportements. »

Quels gestes simples faut-il adopter en forêt ?

« Il faut préserver cette nature qui est très précieuse. Les forêts sont de formidables puits de carbone et jouent un rôle essentiel pour limiter les effets du changement climatique. Cela passe par des gestes simples : ne pas abandonner de déchets, rester sur les sentiers balisés et, surtout, ne jamais allumer de feu en forêt. Il faut que chacun prenne conscience du risque très réel que représentent les incendies dans les conditions actuelles. »

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Jean MILON
Jean MILON
Rédacteur en chef adjoint de MoselleTV. Présentateur de MoselleInfo.

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