Invité de l’émission politique Le Tour de la question, Roland Balcerzak a évoqué les problématique de sécurité et d’incivilités, notamment sur les réseaux sociaux, mais aussi l’annulation du festival Etrange Grande cet été.

Pour la rentrée politique de l’agglo, vous avez invité il y a quelques jours Jean-Michel Fauvergue, ancien chef du RED, pour une conférence « la démocratie à l’épreuve des insécurités », pourquoi ce choix ?
Roland Balcerzak : Le sujet de la sécurité ou de l’insécurité touche nos populations. Dans mes fonctions, je suis confronté à cette thématique, même si nous sommes sur un territoire plutôt épargné grâce à l’excellent travail des forces de sécurité, en particulier de la gendarmerie nationale, mais aussi parce que nous avons mis des moyens en termes de vidéosurveillance, qui permettent de résoudre certains problèmes. L’insécurité se traduit aussi par d’autres phénomènes, notamment sur les réseaux sociaux, avec des menaces. J’en ai moi-même été victime il y a quelques jours, ce qui m’a conduit, pour la première fois, à déposer plainte. Ayant eu une vie professionnelle avant d’être élu, j’avais la chance de connaître Jean-Michel Fauvergue et j’ai souhaité le faire venir face aux élus et au public.
Ces menaces, vous en êtes confronté au quotidien ?
Quand vous êtes maire, il vous arrive d’intervenir sur le terrain. J’ai notamment été confronté au phénomène des coupeurs de bois, qui est un véritable fléau dans notre secteur. Il y a quelques jours, après une demande qui m’a été adressée, j’ai subi un enchaînement de menaces téléphoniques et de propos particulièrement désobligeants, ce qui m’a conduit à déposer plainte.
Et quel est votre pouvoir face à cela ?
À titre personnel, je maîtrise la situation et je le vis plutôt bien, sans doute en raison de mon expérience professionnelle passée. Mais j’imagine que d’autres élus peuvent avoir davantage de difficultés face à ces situations, qui peuvent les affecter eux-mêmes mais aussi leur famille.
Cela a conduit de nombreux maires à ne pas se présenter aux dernières élections. En France on dénombre 2500 agressions envers les élus en 2025.
Le maire, qui était autrefois le notable de la commune, est aujourd’hui confronté à des sujets très divers : la sécurité, l’implantation des gens du voyage ou encore les incivilités. Cela vous met automatiquement en contact direct avec la population et vous pouvez être malmené, physiquement mais aussi sur les réseaux sociaux.
« L’essentiel est que le statut de maire soit protégé si nécessaire »
Est-ce qu’aujourd’hui on ne demande pas trop aux maires de régler des problèmes sur lesquels ils ont assez peu de prise ?
Être maire est une noble tâche. Il faut remettre à sa juste place ce rôle prépondérant qui assure un maillage et un équilibre social. Nous sommes véritablement des régulateurs de la vie de la société. On l’a vu lors de la crise des Gilets jaunes et pendant la crise du Covid. Nous vivons certaines difficultés comme les autres citoyens, mais il ne faut pas non plus leur donner une importance excessive. L’essentiel est que le statut de maire soit protégé si nécessaire. Pour le reste, je préfère retenir tout ce que cette fonction peut apporter en termes de richesse humaine, de richesse professionnelle et de réussite. La volonté d’un élu, c’est avant tout de réussir des choses.
Qu’est-ce que votre carrière dans la police nationale vous apporte en politique ?
Le respect, l’humilité et une certaine manière de gérer ces phénomènes. Je pense que le terme de sérénité correspond bien à ma situation et me permet d’avoir un raisonnement plutôt correct face à ces situations. Dans toutes les crises qu’un maire peut connaître — la crise du Covid, un incendie, un problème d’incivilité ou de menace —, je vais les gérer progressivement et essayer de faire partager une forme de raison. Cette aptitude découle, je pense, de mon expérience professionnelle.
A quel moment vous considérez que cela devient un problème démocratique ?
Lorsque je suis arrivé dans la commune, elle avait connu auparavant un chiffre assez extravagant de 103 cambriolages. Aujourd’hui, nous sommes à moins d’une quinzaine de cambriolages ou tentatives. Les incivilités constituent un autre problème. Il y a des comportements irrespectueux, que l’on peut notamment constater au volant d’une voiture : aujourd’hui, un simple regard peut provoquer une situation qui dégénère. Les problèmes de voisinage, le non-respect des règles de vie commune ou les nuisances sonores peuvent également entraîner des conflits. Quand vous êtes maire, vous êtes au centre de ces situations. Mais il ne faut pas confondre le pouvoir de police et l’action de police. Le pouvoir de police se traduit essentiellement par des arrêtés et des décisions éventuelles, tandis que chacun doit rester à sa place. Il y a l’action de la police nationale, celle de la gendarmerie, celle des magistrats et du parquet. C’est une addition de ces différents acteurs qui, lorsqu’ils sont bien coordonnés, permet d’obtenir des résultats satisfaisants.
En tant qu’élu, il y a des moments où vous hésitez à prendre une décision quand vous mesurez les risques encourus ?
Ce n’est pas mon cas. Je ne me fixe pas de barrières, mais je crois que l’élu doit aussi avoir valeur d’exemple et ne doit pas tomber dans les excès.
« Je ne me fixe pas de barrières. »
Quand vous faites des vidéos sur les réseaux sociaux comme pour vos voeux, vous ne craignez pas les attaques sur internet alors ?
J’ai été plutôt épargné. Je pense que nous avons des réseaux sociaux qui sont propres, notamment grâce à une charte de fonctionnement. Nous donnons une information qui n’appelle pas nécessairement de commentaires désobligeants. Ensuite, c’est aussi à nos services de réguler les réseaux sociaux.
On entend beaucoup de discours politiques sur l’insécurité, souvent à droite, voire de l’extrême droite, est souvent on parle d’un manque de réponses de l’État face à l’insécurité. Jean-Michel Fauvergue parlait d’une perte d’autorité de l’État et des pouvoirs publics. Vous le constatez ?
C’est une réalité ! Je suis de droite républicaine et je défends des valeurs, parmi lesquelles la démocratie. En tant qu’homme politique, nous devons être attentifs aux propos que nous tenons. Certains discours de partis politiques peuvent être dangereux pour la société et exacerber les débats. Ce n’est pas le rôle d’un responsable politique de conduire à des excès. La question de la sécurité et de l’insécurité est un thème central de la vie française, mais elle n’est pas nouvelle. Les débats des années 1980-1981 portaient déjà sur ces questions, tout comme les lois sur la sécurité et les lois anti-casseurs des années 1970. Il n’existe pas de recette miracle. Il y a la question de l’éducation à la maison, celle de l’enseignement à l’école et celle de la vie en société. Ensuite, il y a les garde-fous : la justice, la police, la gendarmerie, les élus et le législateur. Celui-ci a un rôle prépondérant pour mettre en place des lois préventives ou répressives.
Plutôt une politique d’éducation que de répression alors ?
Au départ, il faut parler d’éducation. Elle doit se faire à la maison. Ce n’est pas le rôle de la police ni celui des enseignants. La police et la gendarmerie ont pour rôle de prévenir, mais aussi, si nécessaire, de procéder à des interpellations et d’engager des poursuites judiciaires lorsque les comportements sont complètement indécents.
En parlant de réseaux et de démocratie, cet été, le festival Etrange Grande a été annulé après une campagne de harcèlement des organisateurs sur internet. Pourquoi il ne s’est pas tenu ?
À travers ce festival du livre, on voit la traduction de la nocivité de la politique des extrêmes. Étrange Grande est un festival qui occupe une place importante sur le territoire national, avec 7 000 à 8 000 visiteurs, plusieurs milliers de livres vendus, une centaine d’auteurs et 25 à 30 éditeurs. L’entrée est gratuite, ce qui lui donne une véritable dimension populaire. Puis, d’un seul coup, les extrêmes se sont emparés du sujet. L’extrême gauche a réagi en découvrant qu’un auteur aurait pu publier, dans les années 2010, chez un éditeur considéré comme proche de l’extrême droite.
« L’annulation du festival est la conséquence de l’attitude des extrêmes. »
Les réseaux sociaux se sont emparés de cette affaire et une campagne de communication que je considère comme nocive a été engagée. Elle a fortement touché les organisateurs. De son côté, l’extrême droite a également ajouté à la polémique. Cela a créé un climat détestable. L’annulation du festival est la conséquence de l’attitude des extrêmes. La victime, c’est la culture, puisque le festival a dû être annulé. À quelques mois de l’élection présidentielle, cela doit amener nos concitoyens à réfléchir à ce que représentent les extrêmes lorsqu’ils en viennent à entacher la culture et un festival, et finalement à mettre un terme à celui-ci. Je dois prochainement rencontrer l’association et j’espère que nous réussirons peut-être à redynamiser ce festival d’une manière ou d’une autre.
On aurait pu faire autrement que de prendre cette décision ?
La collectivité n’est intervenue qu’à la demande de l’association, pour prendre connaissance de sa volonté d’arrêter le festival. Nous ne pouvions pas faire autrement. Nous risquions simplement, le jour de l’inauguration, d’avoir une manifestation d’un extrême le matin et d’un autre l’après-midi, chacun cherchant à tirer profit de la situation. La grande majorité des auteurs sont très tristes de cette situation, tout comme les éditeurs, qui sont des victimes indirectes, et les visiteurs du salon. Cela pouvait devenir un problème de sécurité publique et, à l’échelle de notre commune, nous n’avions pas les moyens de tenir le festival dans ces conditions.
Vous accusez les extrêmes, mais sur internet, il est cependant difficile de savoir qui se cache derrière les écrans…
Nous avons pu identifier l’origine de ces pressions, il y a une traçabilité et une identification. Mais je les mets au même niveau : ces personnes n’ont pas été raisonnables. À la fin, c’est le festival qui est victime et c’est la culture qui est complètement impactée par leur attitude. On peut être fortement mécontent et le faire savoir, mais il faut savoir pointer les comportements qui posent problème.
Certains pourraient vous dire que la démocratie c’est d’annuler un festival en répondant à cette démocratie qui s’exprime sur les réseaux.
Je représente la démocratie d’une autre façon. J’aime mon pays, j’aime la République, j’aime la démocratie et j’aime la liberté. Je suis de droite républicaine et j’essaie simplement d’être raisonnable face à des phénomènes et à des comportements que je considère comme complètement irrationnels.
Pour parler aussi de la communauté de communes, vous disiez durant la campagne vouloir « prendre soin de la nature sans oublier les hommes ». Est-ce que les projets à venir sont tenus par cette ligne ?
La communauté de communes de Cattenom et environs représente 22 communes et 30 000 habitants, avec le CNPE de Cattenom sur son territoire. Ce site fait vivre 2 300 personnes directement, auxquelles s’ajoutent les sous-traitants. Aujourd’hui, il est parfaitement intégré à notre bassin de vie. L’exemple c’est la volonté de créer un réseau de chaleur fatale, une chaleur décarbonée qui pourrait alimenter des bâtiments publics sur notre territoire, à Hettange-Grande et à Cattenom, mais également à Thionville, en lien avec Thionville Portes de France.
« La gestion de l’eau sera un élément clé des prochaines années. »
Nous sommes également particulièrement attentifs à la gestion de l’eau. Lors de notre séminaire, nous avons annoncé un certain nombre de mesures et d’orientations politiques dans ce domaine. La gestion de l’eau sera un élément clé des prochaines années. Nous devons être visionnaires pour les cent prochaines années. Nous avons de l’eau, il ne faut pas en perdre et il faut pouvoir alimenter l’ensemble de nos territoires. C’est une question qui ne peut plus être traitée à l’échelle d’une seule commune, ni même nécessairement d’une seule intercommunalité. Le raisonnement doit être beaucoup plus large. Nous avons déjà entamé des discussions avec Thionville sur ce sujet.
A Cattenom, la volonté c’est de faire perdurer la centrale jusqu’en 2060 ou d’accueillir un nouvel EPR ?
Président de l’intercommunalité depuis le 9 avril, j’ai pris, dès le mois de juin, la décision d’essayer de regrouper et de fédérer l’ensemble des présidents d’intercommunalité de ce bassin de vie. Ils ont tous signé un courrier commun avec les députés et le président du Département pour soutenir l’idée de l’implantation d’un EPR. Notre premier objectif est de pérenniser et de proroger le site. Je pense que nous sommes sur la bonne voie. Sur notre bassin de vie, il existe également un enjeu diplomatique. Il ne faut pas se le cacher : nos voisins luxembourgeois et allemands portent un regard plutôt inquiet sur la présence du CNPE de Cattenom. Nous devons donc affirmer notre position et démontrer que cette énergie décarbonée est absolument nécessaire.
« la Région Grand Est est derrière le CNPE de Cattenom pour l’implantation éventuelle d’un EPR »
Concernant l’EPR, l’engagement de la Région Grand Est est clair. Le président Franck Leroy soutient le processus engagé, notamment à travers le Livre blanc réalisé à partir de 2023, sans écarter la situation de Cattenom. À nous de nous inspirer de la méthodologie utilisée pour construire ce Livre blanc. Je l’affirme ici : la Région Grand Est est derrière le site de Cattenom et derrière le CNPE de Cattenom pour l’implantation éventuelle d’un EPR, mais en premier lieu pour proroger la durée de vie du site.
Photo © Matthieu Henkinet
- Retrouvez l’intégralité de l’émission avec Roland Balcerzak sur ce lien.
- Le Tour de la Question, l’émission politique de Moselle TV présentée par Jonathan Vaucher, à retrouver les mardis à 17h.


