Invitée de Moselle Info, Stéphanie Schutz, secrétaire départementale adjointe du syndicat UN1TÉ Police Nationale, revient sur la mobilisation lycéenne et les nombreuses interventions des forces de l’ordre en Moselle. Plus de 100 gardes à vue ont été comptabilisées depuis le début du mouvement, dont une majorité concernant des mineurs. Dégradations, jets de projectiles, mortiers et fatigue des policiers : elle détaille les difficultés rencontrées sur le terrain et appelle les jeunes à manifester sans débordements.
Après plusieurs jours de mobilisation, quelle est aujourd’hui la situation sur le terrain ?
Stéphanie Schutz, secrétaire départementale adjointe du syndicat UN1TÉ : « On continue à maintenir l’ordre tant qu’on peut. Les collègues sont fatigués, on leur demande beaucoup en ce moment. Il y a eu quelques rassemblements, notamment à Metz, Forbach et Thionville, même si la situation s’est un peu calmée. Les collègues restent mobilisés. »
Plus de 100 gardes à vue ont été comptabilisées depuis le début du mouvement. Que traduit ce chiffre ?
« Il est énorme. On retrouve surtout des jeunes qui viennent pour en découdre avec la police. Ce ne sont pas forcément des lycéens. Ce matin encore, à Forbach, des collègues m’ont fait état de jeunes cagoulés, avec aussi des majeurs. On a également eu de très jeunes adolescents, avec notamment des moins de 13 ans placés en retenue. Cela touche donc tout un panel de jeunes qui viennent pour dégrader. »
Dégradations, jets de pierres et mortiers
Quels sont principalement les faits qui conduisent à ces gardes à vue ?
« Ce sont notamment des dégradations de biens publics, mais aussi des jets de projectiles sur les collègues. Certains se sont pris des pierres ou des pavés. Il y a également eu des jeunes en possession de mortiers et d’artifices, qui peuvent être lancés sur les passants et les personnes présentes. »
Dans ces situations, comment les policiers adaptent-ils leur intervention, notamment face à des mineurs parfois très jeunes ?
« Les collègues essayent de faire au mieux. Ils restent professionnels avant tout et utilisent la force qui est strictement nécessaire. Ils adaptent leur intervention en fonction de la situation et des moyens dont ils disposent. Ce sont des enfants, qui commettent malgré tout des délits, mais on essaie de rester professionnels et de faire en sorte que tout se passe bien. »
Certains lycéens dénoncent pourtant une réponse policière trop brutale. Que leur répondez-vous ?
« Quand vous avez un effet de groupe qui arrive en masse et que l’ordre public est menacé, à un moment donné, vous êtes obligés d’agir. À l’instant T, vous ne pouvez pas forcément différencier tout le monde : vous voyez ce qui se passe et vous devez réagir immédiatement. Il y a aussi des sommations qui sont faites aux lycéens. À un moment donné, il faut savoir se calmer pour que la réponse de la police puisse être proportionnée et peut-être moins brutale. »
Des policiers blessés et des effectifs sous tension
Plusieurs policiers ont également été blessés. Comment gérer la poursuite de la mobilisation ?
« Les collègues qui sont légèrement blessés sont encore là aujourd’hui. Ils sont rappelés tous les jours et essaient de faire au mieux. On sait que l’effet de groupe peut beaucoup jouer sur les jeunes, mais il faut leur expliquer que nous serons toujours là pour les accompagner dans les manifestations. Il faut simplement que cela reste calme et qu’il n’y ait pas de débordements. »
Vous évoquez des mortiers et des artifices de plus en plus utilisés. Est-il facile de s’en procurer ?
« Les mortiers sont assez faciles à se procurer. Dans notre région, on peut notamment aller à l’étranger, en Allemagne, ou dans d’autres pays frontaliers. »
Constatez-vous, plus largement, une augmentation de la dangerosité des objets utilisés ?
« Oui, totalement. Il y a aussi les aérosols. On a vu ce qui a pu être utilisé comme lance-flammes lors d’autres manifestations, peut-être pas dans notre région, heureusement. Mais ils arrivent à se procurer ces objets un peu partout, notamment sur Internet. »
Une réponse pénale jugée pas assez dissuasive
68 gardes à vue ont débouché sur une réponse pénale. Est-elle suffisamment dissuasive ?
« Je dirais que non. Quand vous ne faites pas d’exemple, les jeunes ne comprennent pas forcément. Ils gardent ce sentiment d’impunité : “On est des enfants, vous ne pouvez pas faire grand-chose.” On a vu des contrôles judiciaires et des jeunes à nouveau dehors. Je ne dis pas qu’il faut qu’ils aillent en prison, mais ce type de réponse peut laisser la porte ouverte à tout. »
Les effectifs de la police en Moselle sont-ils suffisants pour faire face à ces mobilisations ?
« Je dirais qu’on n’en a jamais assez. On manque déjà d’effectifs en Moselle. Actuellement, des collègues sont rappelés sur leurs jours de repos pour renforcer le dispositif. »
Et si la mobilisation se poursuit dans les prochains jours ?
On va tenir. Les collègues sont très professionnels, ils sont toujours là et répondent toujours présents. C’est aussi ce qui fait la force de la police. Mais malheureusement, une fatigue se ressent énormément. On sort notamment de la visite du pape et tout s’est enchaîné immédiatement après. »
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