La Région Grand Est s’est dotée ce jeudi d’une nouvelle stratégie aéroportuaire pour la période 2026-2030. La fermeture de Lorraine Aéroport est évoquée.
Le document présenté par le vice-président Thibaud Philipps a été élaboré à la suite des recommandations de la Chambre régionale des comptes, qui avait appelé les élus à clarifier l’avenir des plateformes régionales. Dans son rapport, la Région rappelle que son réseau aéroportuaire évolue dans un contexte particulièrement concurrentiel. Outre l’EuroAirport Bâle-Mulhouse, seul aéroport de plus de deux millions de passagers annuels dans le Grand Est, les plateformes de Strasbourg, Metz-Nancy-Lorraine et Vatry doivent composer avec la concurrence du Luxembourg, de l’Allemagne, des aéroports parisiens et du TGV.
La collectivité reconnaît également que le système aéroportuaire régional est « structurellement déséquilibré sur le plan financier ». Les trois principaux aéroports régionaux bénéficient aujourd’hui d’aides publiques pour assurer leur fonctionnement et financer leurs investissements. Saisie par le préfet de Région, la CRC a épinglé le déficit de l’infrastructure lorraine et demandé des ajustements sur les tarifs et sur son objectif d’attractivité. Pour répondre à ces difficultés, la stratégie du Grand Est s’articule autour de six grands engagements : amélioration de la situation financière des plateformes, transition environnementale, attractivité économique et touristique, optimisation des dépenses, développement économique et amélioration de l’accessibilité des aéroports.
Gouvernance ouverte au département de la Moselle
La situation de l’aéroport Metz-Nancy-Lorraine fait l’objet d’une attention particulière. La Région souligne qu’elle est aujourd’hui la seule collectivité à financer son fonctionnement, une gouvernance jugée « en décalage » avec le rôle territorial de l’équipement. Elle souhaite donc ouvrir rapidement sa gouvernance aux collectivités locales, ce qui est plutôt favorable au président du Département Patrick Weiten qui a, de nouveau cette semaine, assuré que « sa fermeture serait un échec cuisant » et questionné le rôle des collectivités directement concernées par la structure, comme la métropole messine ou le département, qui participeront à une étude dès le mois de juillet sur l’avenir de Lorraine Aéroport.
L’exécutif régional fixe également des objectifs chiffrés. L’aéroport mosellan devra atteindre 300 000 passagers par an d’ici 2030. La stratégie initiale, telle que présentée, précisait aussi qu’un trafic inférieur à 200 000 passagers constituerait un seuil en dessous duquel « la fin de l’activité aéroportuaire est à engager », suivant les recommandations de la chambre régionale des comptes. Mais un amendement de Laurent Jacobelli (RN) demandant à retirer le « couperet » d’une fermeture sous le seuil des 200 000 visiteurs, perçue comme une « menace, car ce délai est irréalisable », a amené à une suspension de la séance, la gauche et les écologistes ne souhaitant pas voter cet amendement, qui avait les faveurs de la majorité. En échange, le texte a donc été changé pour définir le seuil des 200 000 comme une « première étape pour garantir la performance à long terme des objectifs », applaudi par le RN.
Au final, le rapport a été voté (moins 16 abstentions et 26 contre, notamment les Écologistes) et la mise en œuvre concrète de cette stratégie sera désormais confiée à la commission permanente du Conseil régional. « L’aéroport Metz-Nancy est le principal enjeu dans ce plan, car le destin est, là, entre nos mains », conclut Thibaud Philipps qui concède « une stratégie incomplète mais a le mérite d’exister ».
Réaction des élus lors du vote :
– Laurent Jacobelli (Opposition RN) : D’études en études, de rapports en rapports, vous dites qu’il faut une stratégie. Mais vous ne présentez que des chiffres pour dire qu’il n’y a pas assez de voyageurs et qu’en dessous de 200 000, vous allez fermer l’aéroport. Mais que la région entend faire pour rebondir et non considérer ces difficultés comme une fatalité ? Quelles politiques mises en œuvre pour développer le fret dans notre région, la maintenance aéronautique, la formation ou notre position transfrontalière ? Rien, vous êtes enfermés dans un rôle contemplateur (…) Nous sommes dans un lieu exceptionnel au cœur de l’Europe, on devrait être un pôle de rencontre notamment aérien. Si les gens n’atterrissait plus à Metz, à nous de les faire revenir. Il faut discuter notamment avec le Luxembourg pour désengorger le Findel, ou négocier avec les compagnies aériennes. Nous demandons une politique stratégique d’urgence. Ecoutez le président du Département de la Moselle qui comme nous demande de garder l’aéroport ouvert.
– Brigitte Torloting (Majorité LR, Centristes et indépendants) : Le modèle économique nécessite de faire venir des compagnies, notamment low cost. Sur les couts, la DGAC ne paie plus sa part pour la sécurité, une promesse a été faite pour changer ça. Deuxièmement : il faut optimiser les dépenses. Enfin, une politique doit etre mise en place. Nous devons travailler désormais sur les 6 axes énumérés.
– Didier Petermann (Centristes et Territoires) : Nous partageons le constat. Nous attendions un cadrage, or nous avons l’impression que les principales décisions sont encore devant nous. Les objectifs sont affichés, c’est un point positif. Si le cap est fixé, le document reste trop discret sur la manière d’y parvenir. L’écart entre la fréquentation actuelle et les 300 000 passagers en 2030 montre l’ampleur de l’objectif. Notre groupe s’abstiendra.
– Eliane Romani (Les Ecologistes) : Nous ne pouvons pas soutenir une stratégie qui accompagne la croissance du trafic aérien alors que l’urgence climatique exige une réduction des émissions. Ce dossier est symptomatique, l’objectif affiché est irréaliste. Nous sommes opposés à un modèle où il faut injecter de l’argent dans un équipement structurellement déficitaire. Maintenir l’aéroport pour des vols courts et un non-sens économique. Nous devons plutôt développer les lignes TGV. Notre groupe votera contre.
– Bora Yilmaz (La Gauche solidaire et Ecologiste) : Nous ne sommes plus au temps des diagnostics mais au temps des prises de décisions. Cette stratégie passe à côté des enjeux de Lorraine Aéroport (…) il faut mettre les gens autour de la table, région, département, Luxembourg. Le président du département de la Moselle l’a bien dit : il ne veut pas entrer en concurrence mais aller en complémentarité avec le Luxembourg. Ce n’est qu’un simple document de gestion sans aucune stratégie.
– François Grosdidier (Majorité LR, Centristes et indépendants) : Lorraine Aéroport ne doit pas devenir un bouc émissaire, c’est un équipement de service public. Il a bénéficié du plus faible niveau de subvention publique entre 2016 et 2023 et seule la région en assume pleinement la responsabilité. Je regrette l’absence du Grand Nancy et de la Meurthe et Moselle dans une étude qui doit donner des réponses concrètes. Il ne faut pas un couperet sur cet objectif de doubler sa fréquentation en 30 mois, mais penser au long terme, à la saturation inévitable du Luxembourg. Cet aéroport est un acquis majeur de l’ancienne Lorraine, l’étude doit clarifier nos futures actions.



