L’A31Bis franchit une nouvelle étape avec le lancement des enquêtes publiques, mais derrière ce futur chantier à plus d’un milliard d’euros, certaines entreprises de Florange s’inquiètent pour leur avenir.
C’est un projet évoqué depuis plus de dix ans. L’A31bis entre désormais dans une nouvelle phase avec le lancement des enquêtes publiques. Entre Florange et Fameck, le futur tracé de l’autoroute doit passer au cœur de la zone industrielle Sainte-Agathe, où plusieurs entreprises pourraient être directement impactées. Selon les premières estimations, 13 entreprises « peuvent être concernées ; “peuvent” ne veut pas dire “vont être concernées” », déclare le maire de Florange, Rémy Dick. « Il y aura un travail d’affinage qui sera réalisé pour savoir lesquelles sont véritablement concernées ou non. » Certaines devront peut-être déménager pour laisser place à l’autoroute. « Aujourd’hui, l’État a identifié des entreprises concernées par le faisceau de déclaration d’utilité publique. »
Au total, la zone Sainte-Agathe représente 2 500 à 3 000 emplois, pour une cinquantaine d’entreprises. Mais pour de nombreux dirigeants, l’inquiétude grandit face « au manque d’informations autour du projet ». Installé dans la zone depuis 2011, William Pedrini a créé et dirige depuis 2004, l’entreprise CMI Equipement, une société spécialisée dans les fournitures pour l’industrie du bâtiment. « On est voués à être expropriés sans savoir où nous serons relogés ni combien nous serons indemnisés », déplore-t-il. « Aujourd’hui, personne n’est capable de nous dire où nous allons. » Le dirigeant porte aussi la casquette de président de l’Alliance Sainte-Agathe, un collectif entre plusieurs entreprises de la zone industrielle, susceptibles de déménager, représentant 140 millions de chiffre d’affaires et 700 emplois directs. Il assure pourtant ne pas être opposé au projet. « On est plutôt pour l’A31Bis, c’est ça qui est paradoxal », explique-t-il. « Ce qu’on demande, c’est de préserver l’activité économique et les emplois. »
Depuis plusieurs années, les entreprises concernées disent vivre dans l’incertitude. Certaines craignent désormais de ne plus pouvoir investir alors que l’entreprise de William Pedrini possède un chiffre d’affaires de 6 à 7 millions d’euros. « Ça fait huit ans qu’on ne nous permet plus d’investir ou de nous développer », poursuit-il. « Si demain je veux vendre mon activité ou mon bâtiment, c’est quasiment invendable. »
Une zone économique à Florange pour reloger les entreprises
Face à ces inquiétudes, la mairie de Florange assure vouloir accompagner les entreprises concernées. Une nouvelle zone économique d’environ 20 hectares pourrait voir le jour afin de permettre le relogement des sociétés qui souhaitent rester sur le territoire. « On a fait une proposition d’aménagement, notamment au nord de la ville de Florange, proche de l’échangeur entre Terville et Florange, l’échangeur de l’Étoile », explique le maire. Il ajoute : « Nous sommes là pour défendre les entreprises et leur permettre d’avoir un nouveau terrain d’implantation. L’objectif est de maintenir l’activité économique et les emplois sur Florange. »
Une zone qui pose question, selon William Pedrini : « On a un peu le sentiment que tout est fait pour qu’on ne reste pas sur le secteur. Après, quant à la proposition de l’autre côté de Florange, je vais vous répondre par une question : est-ce que vous pensez qu’on va permettre une zone industrielle à côté d’une allée des Marronniers qui vient d’être classée monument historique ? »
Le maire de Florange a conscience que le terrain « ne fera peut-être pas l’unanimité, mais au moins on a une proposition concrète, qui n’est pas immédiate, mais qui pourrait voir le jour dans les deux ans ». À la question de savoir s’il s’agit d’une proposition ou d’une obligation pour les entreprises de s’y installer, il répond : « Non, une proposition. On ne pourra jamais forcer une entreprise. Si elle veut aller s’installer entre Metz et Woippy, ou aller à Thionville ou Yutz, elle en aura la possibilité. » L’objectif reste d’éviter les départs et de maintenir l’activité économique sur le territoire, à plusieurs conditions : « Ce que j’ai toujours demandé, c’est que l’on soit, a minima, à hectares constants, avec une nouvelle ZAE d’abord dédiée aux entreprises expropriées. Et si certaines veulent s’installer ailleurs, qu’elles puissent compenser, d’une certaine manière, en nombre d’emplois et en fiscalité, pour la ville de Florange, ce qui sera perdu à cause des expropriations. »
Mais malgré ces discussions, beaucoup attendent encore des réponses concrètes de l’État, notamment sur les délais, les indemnisations ou encore les futurs accès à la zone. « On a beaucoup de questions, très peu de réponses et beaucoup d’inquiétudes », résume William Pedrini. Les enquêtes publiques se poursuivent encore pendant plusieurs semaines. Le début des travaux est envisagé à l’horizon 2030-2031.
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