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« Je voulais partager ce moment avec ma famille » : L’arbitre mosellan Thomas Léonard a donné son dernier coup de sifflet en Ligue 1

Thomas Léonard, arbitre professionnel de Ligue 1 et affilié au CS Veymerange Elange en Moselle, vient d’officier le dernier match de sa carrière. L’Homme en noir a donné son dernier coup de sifflet à l’issu de la rencontre entre Rennes et le Paris FC, tout cela, non sans émotion.

Vous avez donné votre dernier coup de sifflet ce week-end en Ligue 1. Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ?
Il y avait énormément d’émotions, parce que beaucoup de choses traversent l’esprit. Des pensées pour les formateurs qui m’ont accompagné et qui nous ont quittés, tous les sacrifices que j’ai faits pendant de nombreuses années pour arriver à ce niveau-là. Et puis, prendre la décision d’arrêter sa carrière à 45 ans, je trouvais que c’était le bon moment. Au final, énormément de choses ressurgissent. Tout est un peu entremêlé. Il n’y a pas une pensée particulière qui arrive, mais plein de souvenirs et d’émotions à la fois. J’avais aussi une pensée pour mes parents et mes proches qui étaient en tribune. C’était très important pour moi qu’ils soient présents.

Justement, votre entrée sur la pelouse était assez particulière…
Oui, je suis rentré sur la pelouse avec une de mes filles. L’autre ne pouvait pas être présente puisqu’elle avait des examens à la fac. J’avais demandé l’autorisation, que j’ai obtenue. C’était important pour moi de partager ce dernier moment avec un membre de ma famille.

Lors du dernier match de la carrière d’un arbitre, ce dernier peut faire la demande du match où il souhaite conclure sa carrière. Pourquoi avoir choisi Rennes contre le Paris FC ?
Parce que c’est un stade que j’apprécie depuis de nombreuses années. Tous les stades de Ligue 1 sont intéressants, mais je trouve que l’atmosphère à Rennes est particulière. J’aime l’ambiance, les couleurs rouges et noires, le stade en lui-même, autant de l’intérieur que de l’extérieur. J’aurais pu choisir Marseille ou Paris, mais j’ai choisi Rennes. Et c’était très bien mais il faut aussi tenir compte du contexte. On doit proposer plusieurs choix, parce qu’il est important qu’il n’y ait pas d’enjeux trop importants. Je veux dire par là qu’il faut pouvoir faire son travail sereinement. La direction de l’arbitrage est attentive à ce qu’un arbitre puisse terminer sa carrière dans de bonnes conditions, tout en respectant l’équité du championnat. Tous les matchs sont importants. On l’a encore vu à Rennes : le Paris FC a joué le jeu jusqu’au bout. Il faut aussi tenir compte des antécédents éventuels avec certains clubs. Si, dans la saison, cela s’est mal passé avec une équipe, ce n’est peut-être pas le bon moment pour terminer dans ce stade-là.

Les joueurs savaient-ils que c’était votre dernier match ?
Pas vraiment. J’en ai simplement glissé un mot rapide aux capitaines. Je voulais surtout terminer proprement sur le plan technique. C’était ma priorité. Au-delà de l’émotion, il est important, par respect pour le championnat et l’éthique sportive, de faire abstraction de tout cela pendant le match. Quelques joueurs ont compris à la fin du match lorsqu’ils m’ont vu un peu ému et m’ont demandé ce qu’il se passait. Je leur ai expliqué que c’était mon dernier coup de sifflet, mais je ne voulais pas que cela prenne le dessus sur le match.

On sent chez vous une vraie notion d’éthique et de justesse. Après plus de 300 matchs chez les professionnels, qu’est-ce que vous retiendrez le plus ?
Ce que j’ai le plus aimé, c’est la remise en question permanente, de toujours aller chercher le détail qui permet d’être performant. Aujourd’hui, un arbitre professionnel est un sportif de haut niveau. Comme dans le cyclisme, le tennis ou d’autres sports, tout se joue dans les détails, et le détail, c’est justement cette capacité à se remettre en question, se demander constamment : “Comment aurais-je pu mieux faire ?” C’est cette exigence qui m’a permis de durer et de réussir à ce niveau-là.

Vous avez arbitré de grands matchs, de grandes équipes et de grands joueurs. Y a-t-il une anecdote qui vous revient ?
Ce que je retiens surtout, ce sont les moments d’échange avec les joueurs. Parfois, il m’est arrivé de reconnaître que je m’étais trompé sur une décision anodine, comme un corner. Quand on est capable de dire : “Je pense m’être trompé, désolé”, les joueurs comprennent aussi qu’on est des êtres humains. Cela crée une forme de respect mutuel. Hier soir encore, les joueurs ont montré beaucoup d’empathie. Au final, nous sommes tous des passionnés de football, qu’on soit joueur ou arbitre.

Avez-vous déjà revu un joueur après un match tendu pour vous expliquer avec lui ?
Oui, souvent. Certains joueurs viennent demander des explications après les rencontres, et généralement, quand on échange calmement, tout se passe bien. Il faut comprendre qu’un arbitre professionnel ne peut pas arbitrer avec un a priori sur une équipe ou un joueur. On ne peut pas “avoir quelqu’un dans le collimateur”. Quand on retrouve une équipe quelques semaines plus tard, on repart de zéro. Notre travail consiste à juger les faits à l’instant T, pas à tenir compte du passé. Parfois, certains joueurs sont surpris par ça. Ils nous reparlent d’un précédent match, mais pour nous, c’est terminé. Sinon, on ne pourrait plus arbitrer correctement.

Comment va se passer l’après-carrière ?
Tout était déjà prêt. J’ai eu la chance, dès le début, d’avoir un manager qui m’a permis de concilier ma carrière professionnelle et l’arbitrage.
J’ai donc pu développer mon activité professionnelle en parallèle de ma carrière arbitrale. Aujourd’hui, je vais revenir à 100 % dans mon entreprise, tout en gardant un pied dans l’arbitrage. Je suis préparateur référent au sein d’un service de prévention des risques dans le secteur nucléaire à la centrale de Cattenom. Et je vais désormais exercer ce même métier dans une structure nationale, avec un périmètre beaucoup plus large.

C’est donc un vrai changement dans votre vie…
Oui, un arbitre gagne correctement sa vie, mais à 45 ou 47 ans, il faut penser à la suite. J’ai eu la chance d’anticiper cette reconversion pendant ma carrière arbitrale. Aujourd’hui, elle est déjà en place. Les gens pensent parfois qu’on gagne énormément d’argent, mais on est très loin des salaires des footballeurs. Et surtout, à un moment donné, tout s’arrête. Il faut donc réfléchir très tôt à l’après-carrière.

(Crédit photo : Ligue 1+)

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Mattéo Philipp
Mattéo Philipp
Journaliste Reporter d'images

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