« Ce serait insupportable » : la CCI Grand Est dénonce les coupes budgétaires annoncées

Le projet de loi de finances 2027 prévoit une baisse de 125 millions d’euros des ressources des Chambres de Commerce et d’Industrie (CCI). Une perspective qui inquiète Jean-Paul Hasseler, président de la CCI Grand Est et invité de Moselle Info ce mardi 3 novembre. Accompagnement des entreprises, transition écologique, développement à l’international : il alerte sur les conséquences de cette réduction budgétaire, qui pourrait également menacer près de 150 emplois dans le Grand Est.

Combien d’entreprises les Chambres de Commerce et d’Industrie accompagnent-elles aujourd’hui dans le Grand Est ? Et sur quels sujets interviennent-elles principalement ?

Jean-Paul Hasseler, président de la CCI Grand Est : « Près de 200 000 entreprises dans le Grand Est sont susceptibles de faire appel aux Chambres de Commerce et d’Industrie. Nous intervenons sur des sujets très variés, comme la transition écologique, l’international ou encore l’accompagnement des filières. Dans le Grand Est, la filière automobile souffre beaucoup. Nous accompagnons donc les entreprises dans leurs changements, notamment dans le passage à l’électrique. Nous sommes également présents auprès de filières comme le nucléaire, sans oublier les commerçants, qui connaissent aujourd’hui de grandes difficultés. »

Concrètement, comment fonctionne le financement des CCI et à quoi sert cette taxe pour frais de chambre qui est aujourd’hui menacée ?

« La taxe pour frais de chambre est au cœur de notre mobilisation depuis plusieurs jours. Il y a une quinzaine d’années, elle était directement prélevée par les Chambres de Commerce et d’Industrie. Elle nous permettait d’apporter des services aux entreprises. Depuis, l’État a souhaité prendre en charge directement son prélèvement. Malheureusement, nous ne récupérons plus la totalité de cette taxe. Or, c’est elle qui permet aux chambres de commerce de proposer gratuitement des services d’accompagnement.

Dans le Grand Est, comme dans beaucoup d’autres régions, 80 % de nos entreprises comptent moins de 20 salariés. Les PME et les petites entreprises n’ont pas toujours les ressources humaines nécessaires pour travailler sur des sujets comme la transition écologique. Elles font donc appel à nous pour être accompagnées. »

Vous avez des exemples concrets de cet accompagnement ?

« Nous travaillons notamment avec la filière agroalimentaire. Les Chambres de Commerce sont un partenaire privilégié pour accompagner ces entreprises, en particulier dans leur développement à l’international. Il y a une dizaine de jours, nous étions présents au SIAL (salon international de l’agroalimentaire) avec l’ARIA Grand Est (Association Régionale des Industries Agroalimentaires du Grand Est) pour accompagner une trentaine d’entreprises, qui ont des projets à l’international. Elles n’auraient pas forcément pu s’organiser seules ou mobiliser les moyens nécessaires pour se développer à l’étranger. Les chambres sont là pour les aider. »

Près de 150 emplois seraient également menacés dans le Grand Est par ces coupes budgétaires. Quels services pourraient être directement concernés ?

« Les 150 emplois correspondent pour l’instant à une première projection arithmétique, en fonction des ressources qui pourraient nous manquer demain. Si le projet de loi de finances va jusqu’au bout avec ces 125 millions d’euros de baisse au niveau national, nous devrons probablement réfléchir à l’abandon de certains services proposés aux entreprises. Mais je ne souhaite pas me prononcer aujourd’hui sur les missions qui pourraient disparaître, parce que je ne crois pas à ce scénario. Nous allons nous battre jusqu’au bout pour préserver ces 125 millions d’euros et les centaines d’emplois qui pourraient être perdus à l’échelle du Grand Est. »

Pourquoi cette baisse serait-elle aussi problématique pour les entreprises du territoire ?

« Les Chambres de Commerce sont aujourd’hui le dernier outil de proximité auprès des entreprises. L’État n’est plus présent dans cette hyperproximité. C’est donc nous qui faisons ce travail. Si l’on nous retire cette possibilité d’être au plus près des entreprises, l’État se tire une balle dans le pied. Ce serait complètement insupportable et incompréhensible. Pour nous, c’est inacceptable. »

Des entreprises fragilisées par la hausse des coûts

Sur le terrain, quel retour vous font les chefs d’entreprise face à la hausse des coûts de l’énergie et des dépenses ?

« Certaines entreprises sont évidemment plus fragiles que d’autres. Et plus elles sont fragiles, plus elles ont besoin de nous. Nous avons récemment donné la parole à des entreprises, des filières et des associations de commerçants pour qu’elles témoignent du partenariat avec les Chambres de Commerce et du travail que nous réalisons. Nous avons constaté un soutien très fort du terrain.

Il y a aussi une question importante : si cette taxe devait être supprimée pour les chambres de commerce, est-ce que l’argent reviendrait aux entreprises ? J’ai posé cette question à un ancien ministre de l’Économie. Je vous avoue que j’attends toujours la réponse. »

Les mouvements sociaux et les manifestations perturbent parfois les centres-villes. Quelles conséquences observez-vous sur la fréquentation et le chiffre d’affaires des commerces ?

« Nous plaidons pour un moratoire. Je comprends le besoin de manifester. Certaines revendications me paraissent légitimes, notamment sur le nombre d’enseignants ou la qualité de l’enseignement. Mais cela ne doit pas passer par les dégradations et le vandalisme. Ce qui se passe aujourd’hui est inacceptable. J’ai été commerçant pendant une partie de ma vie, dans un secteur particulièrement dépendant des ventes de fin d’année. Je réalisais 40 % de mon chiffre d’affaires sur les mois de novembre et décembre. Je sais donc à quel point cette période est importante.

Aujourd’hui, les commerçants sont inquiets. Et il n’y a pas que ceux qui subissent directement des dégradations ou des violences. Dans d’autres rues commerçantes, où les commerces n’ont pourtant pas été touchés, il n’y a tout simplement plus de clients. Certains réclament l’ouverture des commerces le dimanche. Bien sûr, nous y sommes favorables. Mais cela ne permettra pas de compenser les pertes de chiffre d’affaires enregistrées sur la fin de semaine. »

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Jean MILON
Jean MILON
Rédacteur en chef adjoint de MoselleTV. Présentateur de MoselleInfo.

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