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« La banalisation des discours racistes peut donner des idées à certains » : SOS Racisme Moselle réagit à l’attaque dans les Yvelines

Après l’attaque à caractère raciste survenue dans les Yvelines, qui a fait un mort et cinq blessés, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Metz pour rendre hommage aux victimes. Invité de Moselle Info, Jean-Rémy Dushimiyimana, président de SOS Racisme Moselle, revient sur la banalisation des discours racistes, les difficultés rencontrées par les victimes pour faire reconnaître les discriminations et l’importance de signaler ces faits.

Vous étiez ce lundi soir place d’Armes, à Metz. Qu’avez-vous voulu exprimer à travers ce rassemblement ?

Jean-Rémy Dushimiyimana, président de SOS Racisme Moselle : « Nous avons souhaité rendre hommage aux victimes de cet attentat terroriste et raciste, mais aussi dénoncer la banalisation des discours racistes. Ces discours peuvent amener certaines personnes à penser qu’elles peuvent passer à l’acte. Les étrangers et les personnes noires sont régulièrement désignés comme des boucs émissaires des maux de la société, particulièrement dans la période de crise que nous traversons. L’auteur aurait expliqué son geste par une volonté de venger les saccages et les pillages de commerces. Mais rien ne permet de justifier de telles violences. Ce rassemblement était aussi l’occasion d’apporter notre soutien aux familles dans ces moments difficiles. »

À partir de quand une parole devient-elle une injure ou une menace à caractère raciste ?

« Une injure est raciste lorsqu’elle vise directement les origines, la couleur de peau ou la religion d’une personne. Personne ne devrait être privé de ses droits simplement en raison de sa couleur de peau ou de ses origines. Chez SOS Racisme, nous ne nous intéressons pas uniquement aux discriminations raciales. Nous travaillons aussi sur d’autres formes de discrimination, notamment celles liées au handicap ou à l’égalité entre les femmes et les hommes. La loi reconnaît plusieurs critères de discrimination qui peuvent donner lieu à des sanctions. »

Dans le département, quelles sont aujourd’hui les formes de racisme et de discrimination que vous rencontrez le plus souvent ?

« Nous sommes régulièrement sollicités par des personnes qui pensent être victimes de racisme ou de discrimination. Chaque situation est différente. Il faut prendre le temps de comprendre les faits et de vérifier ce qui s’est réellement passé. Récemment, des parents nous ont interpellés au sujet de propos qu’un professeur aurait tenus à l’encontre de deux enfants dans un collège. Nous avons organisé des échanges avec l’établissement pour comprendre la situation et conseiller la famille comme l’école. Il peut y avoir des tensions sans qu’il s’agisse nécessairement de racisme. Mais nous sommes aussi confrontés à des situations injustes dans lesquelles les victimes ont besoin d’être accompagnées. »

« Doit-on vivre demain dans une société où l’on a peur de sortir de chez soi ? »

Les personnes victimes de racisme osent-elles davantage dénoncer les faits aujourd’hui ?

« Elles ont toujours hésité à dénoncer ces situations. Notre travail consiste justement à leur faire comprendre qu’elles peuvent prendre la parole et signaler ce qu’elles ont subi. La démarche est difficile. Il faut d’abord trouver la force de dénoncer les faits, puis, si l’on souhaite porter plainte, entamer une procédure qui nécessite de réunir des informations. Certaines personnes se rendent au commissariat pour déposer plainte et se voient répondre qu’elles n’ont pas suffisamment de preuves ou que cela ne sert à rien. Pourtant, nous encourageons les victimes à signaler les faits, même lorsqu’elles pensent ne pas disposer de tous les éléments. Ces signalements sont importants pour mieux mesurer les situations liées au racisme. »

Vous alertez également sur les discours racistes dans les médias et la classe politique. Quels exemples vous inquiètent ?

« L’attaque a eu lieu à Trappes, une ville qui a régulièrement été présentée, notamment sur des plateaux de télévision, comme une ville islamiste par certains responsables politiques. Ce sont des discours qui participent à la banalisation des paroles racistes. Lorsque des propos de ce type sont tenus publiquement, comme si tout était normal, ils peuvent donner des idées à certaines personnes qui finissent par penser qu’elles peuvent passer à l’acte. Il faut être particulièrement vigilant, car les génocides ont commencé par la désignation de boucs émissaires. Doit-on demain vivre dans une société où l’on a peur de sortir de chez soi, d’aller au magasin ou simplement d’acheter du pain ? C’est la question que nous devons nous poser. »

Photo illustration © DR/Sos racisme

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Jean MILON
Jean MILON
Rédacteur en chef adjoint de MoselleTV. Présentateur de MoselleInfo.

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