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« Sans grève, il n’y aura pas de réponse » : la CGT Moselle veut maintenir la pression sur le gouvernement

Invité de Moselle Info, Christophe Jacquemin, membre du bureau de l’union départementale de la CGT Moselle, revient sur la mobilisation sociale et les tensions survenues en marge du rassemblement à Metz. Face à la hausse du coût de la vie et aux difficultés du monde du travail, il défend une convergence des revendications, réclame des mesures concrètes du gouvernement et dénonce l’interdiction de manifester annoncée par la préfecture. Il appelle également à faire de la journée intersyndicale du 5 novembre un temps fort de la contestation.

Qu’est-ce qui explique aujourd’hui cette convergence des colères ? Quelle est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ?

Christophe Jacquemin, membre du bureau de l’union départementale de la CGT Moselle : « C’est la souffrance sociale. Beaucoup de Français n’arrivent pas à finir le mois. Avec l’augmentation du coût du pétrole, se déplacer pour aller travailler devient presque un luxe. Cela fait des années que la souffrance sociale s’accumule, sans réponse politique pour le monde du travail, les étudiants et les lycéens. Il y a eu la réforme des retraites, qui a été mal vécue, puis le mouvement des Gilets jaunes. Aujourd’hui, à six mois de la fin de l’ère Macron, nous n’avons toujours pas de réponses pour les travailleurs et les catégories populaires. »

Entre les lycéens, les étudiants, les salariés et les Gilets jaunes, les revendications sont nombreuses. Ne risque-t-on pas de diluer le message et perdre des revendications en route ?

« La principale revendication, c’est l’augmentation des salaires pour le monde du travail, mais aussi davantage de moyens pour notre jeunesse, qui représente l’avenir du pays. Quand on voit des étudiants qui ont faim et qui peinent à accéder aux repas à un euro, notamment parce que les structures sont débordées, il y a un vrai problème. Je ne crains pas que cette diversité dilue les revendications. Au contraire, je pense qu’elles vont se rassembler et fusionner. Il faut des réponses politiques et de l’argent sur la table. La France n’a jamais été aussi riche. Il faut partager les richesses et arrêter de donner sans contrepartie aux grandes entreprises. Les 200 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises doivent être rediscutés, notamment en matière d’emplois et de conditions de travail. »

À six mois de la présidentielle, espérez-vous encore obtenir des réponses concrètes de ce gouvernement ?

« Ce sont les défilés et la détermination des citoyens et des étudiants qui feront céder le gouvernement. Les cahiers de doléances, cela suffit. Nous renvoyer la balle de mois en mois, cela suffit aussi. Il faut des réponses concrètes. Cela fait un mois que les lycéens ont lancé cette mobilisation. Les travailleurs leur emboîtent le pas, car la souffrance sociale est énorme dans les entreprises comme dans les services publics. Il faut y répondre. »

Manifestation interdite : « une forme de pression sur les organisations syndicales »

La préfecture a annoncé vendredi soir l’interdiction du rassemblement samedi 24 octobre. Comment avez-vous vécu cette décision ?

« Cela nous interpelle fortement. J’avais moi-même une appréhension en me rendant à une manifestation interdite. Je déplore que notre secrétaire générale en Moselle ait reçu la gendarmerie à son domicile, à 19h30 vendredi, pour se voir notifier l’interdiction de la manifestation. C’est une forme de pression sur les organisations syndicales et, indirectement, sur le monde du travail. C’est ce que font les différents gouvernements de l’ère Macron depuis près de dix ans. Je salue la lucidité des forces de l’ordre, qui ont laissé la manifestation démarrer et les participants exprimer leurs revendications. Je craignais que l’interdiction soit appliquée trop fermement. Finalement, cela s’est très bien passé. Les manifestations se déroulent toujours bien en Moselle. »

Quelques débordements sont néanmoins à noter en marge de la manifestation ? Comment analysez-vous ces violences ?

« Il y a une radicalité qui s’exprime, mais les manifestations et les différents cortèges, avec leurs revendications, se passent toujours bien. Il faut croire qu’il existe aussi une forte tension dans le pays. Certains groupes en viennent à casser. Nous déplorons ces violences. Nous sommes contre le fait de mettre les commerçants en difficulté et de voir des centres-villes ravagés. Ce n’est pas la CGT. Nous sommes organisés et nous encadrons autant que possible les manifestations lorsqu’elles sont autorisées. ’invite le préfet à autoriser une éventuelle nouvelle manifestation samedi. Cela s’est toujours bien passé. Pour les groupes responsables des dégradations en fin de cortège, je pense que les préfectures et l’État doivent être capables de les identifier. »

Quelles consignes donnez-vous à vos militants pour encadrer les rassemblements ?

« Nous demandons à tous nos militants d’être identifiés comme membres de la CGT et de rester calmes. Lors des manifestations, comme celle de samedi dernier, nous leur demandons de se répartir dans tout le cortège. Lorsque des jeunes sont présents, nous essayons d’assurer une présence adulte, avec des salariés ou des militants expérimentés. Pour les lycéens, il n’est pas toujours facile d’appréhender ce type de manifestation. C’est aussi une école de la vie : on y apprend à revendiquer des droits et à faire en sorte qu’ils soient appliqués. »

Le 5 novembre, une journée intersyndicale décisive

Quelles sont les prochaines échéances de la mobilisation ?

« Le 5 novembre, il y aura une journée nationale intersyndicale importante, avec des appels à la grève dans les entreprises et les services publics. Nous allons tout faire pour qu’elle soit réussie et que le gouvernement entende nos revendications. C’est dès la semaine prochaine. D’ici là, nous espérons des réponses importantes, mais nous craignons que, sans une mobilisation du monde du travail par la grève, le gouvernement ne réponde pas. »

Les manifestations du samedi vont-elles se poursuivre si le gouvernement ne répond pas ?

« Les mobilisations du samedi ne sont pas forcément à l’initiative de la CGT. Nous accompagnons les mouvements, qu’ils viennent des lycéens ou des Gilets jaunes. C’est l’expression d’une colère sociale. Il est donc préférable que la CGT soit présente pour accompagner ces mouvements et ces manifestations. »

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Jean MILON
Jean MILON
Rédacteur en chef adjoint de MoselleTV. Présentateur de MoselleInfo.

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