À Clouange, petite ville de près de 4 000 habitants en Moselle, les élections municipales de 2026 ont été marquées par de nombreuses tensions. Si la période électorale est désormais terminée, c’est aujourd’hui une affaire de procurations suspectes qui attire la justice. L’ancien candidat, Lucas Lopes, ainsi qu’un policier, ont été mis en examen.
Dès la campagne électorale, puis durant l’entre-deux-tours, le climat était particulièrement dégradé à Clouange, dans l’ouest de la Moselle. Accusations, tracts polémiques et soupçons d’irrégularités ont rythmé la vie politique locale. Lucas Lopes, ancien candidat de la liste « Passionnément Clouange », dénonçait notamment un document qu’il avait qualifié de « torchon », distribué dans les boîtes aux lettres des habitants.
Il y était décrit comme « malhonnête, manipulateur, menteur, usurpateur, mythomane, supérieur aux autres… ». Dans le même temps, plusieurs candidats pointaient des anomalies lors du scrutin, notamment la disparition temporaire d’une liste d’émargement.
« De possibles fausses procurations en nombre »
Mais c’est surtout la question des procurations qui a fait basculer l’élection dans une dimension judiciaire. Sophie Partouche, procureure de la République de Val-de-Briey, explique l’origine de l’enquête : « On a été saisi pour de possibles fausses procurations en nombre, établies dans un commissariat de Briey, au cours d’une même soirée ou nuit, ce qui était fortement suspicieux. C’est la mairie de Clouange qui a alerté (la justice NDLR), lors de la réception d’un certain nombre de procurations, qui provenaient toutes d’un seul et même commissariat. C’est comme ça qu’on a lancé la procédure. »
Une trentaine de procurations seraient concernées. Très rapidement, l’enquête s’oriente vers un fonctionnaire de police : « On a identifié que les procurations avaient été enregistrées par un fonctionnaire de police, qui a été très rapidement interpellé et mis en examen. Il y a eu l’ouverture d’une information judiciaire pratiquement immédiatement, avec mis en examen du fonctionnaire de police, et puis l’enquête s’est poursuivie avec un certain nombre d’auditions et de recueils de preuves, pour déterminer à qui avaient profité ces procurations, quelle était l’ampleur de la fraude et qui avait été le commanditaire de cette histoire. »
L’affaire a rapidement pris une ampleur suffisante pour justifier l’ouverture d’une information judiciaire. « C’est l’IGPN qui a été saisie de l’enquête, puisqu’un fonctionnaire de police était inquiété. Le juge d’instruction de Val-de-Briey pilote désormais l’enquête sur commission rogatoire. »
L’ancien candidat à la mairie de Clouange, Lucas Lopes, placé en garde à vue
Certains électeurs, en se rendant au bureau de vote, ont découvert qu’ils avaient déjà voté par procuration, alors qu’elles affirmaient ne jamais avoir effectué cette démarche. Ces procurations douteuses avaient été établies en faveur de Lucas Lopes. Elles concerneraient principalement des personnes âgées, dans l’incapacité de se déplacer ou des résidants en Ehpad.
Dans ce contexte, Lucas Lopes a été placé en garde à vue avant d’être mis en examen. Son avocat, Maître Ulysse Gobert, décrit le déroulé de la procédure : « L’information judiciaire a suivi son cours, à savoir avec le placement en garde à vue, ce qui est le cadre procédural logique dans une information judiciaire avec une commission rogatoire de M. Lopes, c’était mercredi matin ». Ensuite, s’en sont suivies « des auditions copieuses, et Lucas Lopes a répondu, évidemment, à toutes les questions avec plus de sincérité et de transparence possible. »
La garde à vue s’est terminée ce jeudi en fin de matinée : « Ils n’ont pas utilisé les 48 heures de garde à vue, il n’y a pas eu besoin. » L’ancien candidat a ensuite été présenté devant le juge d’instruction « pour la mise en examen de M. Lopes ». Il a depuis été libéré sous contrôle judiciaire.
Concernant les qualifications retenues, l’avocat précise : « Il y aurait du faux et de l’usage de faux ». Il évoque également des infractions spécifiques, reprochés à son client. « Nous avons deux infractions très particulières du code électoral. […] L’usurpation du nom de la qualité d’un électeur inscrit », soit l’article 92, ainsi qu’une « manœuvre frauduleuse sur l’exercice irrégulier d’un vote par procuration », soit l’article 111 du code électoral.
Quelle suite à cette affaire de procurations douteuses ?
Désormais, l’enquête se poursuit sous l’autorité du juge d’instruction, pour une durée encore incertaine. « On est très, très loin de la matière criminelle. Donc, en matière délictuel, c’est censé être 12 mois. Je ne vais pas vous mentir, la durée est rarement respectée. Peut-être que là, ça le sera. » La prochaine étape clé devrait être l’interrogatoire du mis en examen : « À mon sens, on sera interrogé soit en juin, soit en septembre. », indique Maître Ulysse Gobert.
À Clouange, l’élection municipale laisse derrière elle une situation particulièrement fragile. Clément Deriu, vainqueur du second tour avec 43,02 % des voix, déclarait au soir de son élection être satisfait, tout en se disant « attristé qu’il y ait eu des méthodes avec des procurations douteuses ». Le désormais nouveau maire affirme aujourd’hui avoir une pensée pour « les personnes qui lui (Lucas Lopes, NDLR) ont fait confiance lors des élections et qui doivent être aujourd’hui déçues de ce type de comportement », ajoutant que « voir cela, c’est triste pour la démocratie, pour les habitants et pour le côté humain ». Avant de conclure : « il faut laisser l’enquête suivre son cours ». Affaire à suivre.
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