En 2014, Corentin, 11 ans, décède des suites d’une opération de l’appendicite. Le procès des deux chirurgiens s’ouvre ce mardi 28 avril, au tribunal judiciaire de Reims.
Le procès très attendu de deux chirurgiens s’ouvre ce mardi 28 avril devant le tribunal judiciaire de Reims. Ils sont poursuivis pour homicide involontaire dans l’affaire de la mort de Corentin, un garçon de 11 ans, décédé en 2014 à la suite d’une opération de l’appendicite. Plus de onze ans après les faits, cette audience marque une étape cruciale dans le long combat judiciaire mené par ses parents. La décision de justice a été mise en délibéré au 2 juin 2026 à 9 heures.
Une intervention qui vire au drame
Fin octobre 2014, Corentin se plaint de maux de ventre. Sa mère consulte un médecin qui lui prescrit du Doliprane. Le 28 octobre, inquiète, elle l’emmène à nouveau consulter. L’enfant est alors orienté vers l’hôpital Mercy pour des examens. Un scanner est réalisé : l’imagerie abdominale révèle un appendice inflammatoire, sans caractère d’urgence opératoire. Malgré cela, la décision d’intervenir est prise et confirmée le 1er novembre au matin, par le docteur Salah Benlahrir.
Le 1er novembre 2014, Corentin est donc opéré à la clinique Claude Bernard pour une appendicite, une intervention courante en apparence. Mais au lendemain de l’opération, le jeune garçon décède. Rapidement, les expertises médicales mettent en lumière une complication dramatique : une perforation de l’aorte ayant entraîné une hémorragie massive.
Selon le rapport d’autopsie, la cause du décès est une hémorragie massive ayant entraîné une défaillance multiviscérale. Les expertises pointent comme cause initiale la perforation de l’aorte, liée à l’introduction du trocart.
Une opération jugée non nécessaire
Les conclusions des expertises et de l’Agence régionale de santé (ARS) sont particulièrement sévères. Elles évoquent une « maladresse technique dans la profondeur d’insertion du trocart » et estiment que la prolongation de l’hémorragie a conduit au décès.
Le diagnostic ayant conduit à l’opération est également remis en cause, jugé « prématuré et insuffisamment étayé ».
Près de douze ans de combat judiciaire
Depuis, ses parents, Pierre Jeras et Fatiha Chami, n’ont cessé de réclamer des explications. Pendant près de douze ans, ils ont multiplié les démarches pour faire reconnaître d’éventuelles responsabilités. Leur combat s’est heurté à une procédure longue et sinueuse : quatre juges d’instruction se sont succédé sur le dossier, des recours ont été déposés, et l’affaire a même été dépaysée.
Les parents souhaitaient également mettre en cause la clinique Claude Bernard ainsi que d’autres professionnels présents le jour de l’intervention. Finalement, seuls les deux chirurgiens sont renvoyés devant le tribunal : celui qui a opéré, et celui arrivé en renfort.
Un procès très attendu
À la barre, le docteur Salah Benlahrir reconnaît le geste à l’origine du drame, mais conteste sa responsabilité pénale : « Je reconnais avoir commis la plaie, mais pas l’homicide involontaire. » Il évoque une erreur possible, tout en se défendant sur ses choix techniques : « On peut se tromper. Moi je me suis basé sur le scanner. »
Interrogé sur l’utilisation d’un trocart pointu plutôt que mousse, pourtant recommandé, il répond : « C’est une question d’habitude. J’ai toujours opéré de la même façon. »
De son côté, Pierre-Noël Chipponi, appelé en urgence pour réparer l’aorte ce jour-là, reconnaît que l’issue aurait pu être différente : « Avec le recul, si j’étais arrivé plus tôt, si on avait appelé plus tôt, ça aurait fait la différence. » Il indique ne plus exercer aujourd’hui, évoquant une épreuve trop lourde.
À l’audience, les parents ont exprimé leur souffrance et leur colère. Pierre Jeras confie : « Notre vie s’est arrêtée le 2 novembre 2014. Ça a mis fin à une vie qui était heureuse, comblée. » Fatiha Chami, la mère de Corentin, se montre plus directe : « Mon fils Corentin a été assassiné par l’incompétence. »
Sursis et interdiction d’exercer requis
L’audience se poursuit ce mardi, avec les réquisitions du procureur. Celui-ci rappelle la gravité du dossier : « Le décès d’un enfant est certainement l’événement le plus tragique pour un parent, d’autant plus lorsqu’il survient à la suite d’un acte médical censé le soigner. » Il a également souligné l’absence d’urgence à opérer : « Il n’y avait aucune urgence à faire cette opération. » Et insiste : « Non, ce n’était pas un accident. Le docteur Benlahrir a commis une faute. »
Le procureur de la République a requis : une peine principale de 30 mois d’emprisonnement avec sursis, une amende de 10 000 euros et une peine complémentaire d’interdiction définitive d’exercer la médecine pour Salah Benlahrir. Pour Pierre-Noël Chipponi : une peine principale de 24 mois d’emprisonnement avec sursis, une amende de 5 000 euros et une peine complémentaire d’interdiction d’exercer la médecine pendant 5 ans.
Le verdict devrait être rendu dans la journée.
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