Ce mercredi 14 octobre, le syndicat de police Alliance a déposé plainte contre l’Etat pour “mise en danger de la vie d’autrui” suite aux mobilisations lycéennes. Le premier ministre Sébastien Lecornu a fait état de 937 policiers et gendarmes blessés, ils sont une dizaine en Moselle. La gestion par les forces de l’ordre des mobilisations questionnent notamment les parents d’élèves.
Dans les bureaux de l’antenne locale du syndicat Alliance à l’espace Riberpray, David Ghisleri ne décolère pas :
“on se prend des jets de projectiles, on est molesté, aujourd’hui on a un ras-le-bol de servir de paillasson à la République.”
Le secrétaire départemental poursuit : “ quand ça va bien, on est meilleurs, et quand il y a un mouvement social d’ampleur qui vient à naître dans notre pays, on devient des criminels. Il est grand temps que l’Etat reconnaisse un petit peu aussi la difficulté d’exercer le métier de policier aujourd’hui.”
Alliance porte plainte contre l’Etat
Ce mercredi au niveau national, le syndicat policier a porté plainte contre l’Etat pour “mise en danger de la vie d’autrui”. Durant une séance au Sénat hier, Sébastien Lecornu affirme que 937 policiers et gendarmes ont été blessés depuis les débuts des mobilisations lycéennes, ils sont une dizaine en Moselle. David Ghisleri explique “dans le cadre du maintien de l’ordre, la doctrine est différente, c’est-à-dire qu’on agit uniquement sur ordre.” Le syndicat dans son communiqué parle de “consignes floues” mais aussi d’”injonctions contradictoires” et même de “discours de façade”.

Depuis le 7 octobre, le gouvernement a suspendu l’usage de certaines grenades assourdissantes lors des mobilisations. Le délégué syndical David Ghisleri précise : “l’occupation du domaine public est interdite et les établissements scolaires doivent être libres d’accès. Donc, à partir du moment où on est confronté à des phénomènes de foule qui ne souhaitent pas ou ne veulent pas se disperser, on est bien obligé d’utiliser des moyens intermédiaires pour faire disperser la foule et faire respecter la loi.”
Lors de l’un de ces mouvements lycéens, David Ghisleri a lui-même reçu un pavé dans le dos, une jeune fille de 16 ans lui aurait jeté dessus. Il poursuit, il faut “que les gens comprennent qu’on n’est pas là pour réprimer les manifestants, mais pour garantir qu’ils puissent le faire dans la liberté. » Il ajoute :
« Il n’y a aucun policier qui se lève le matin en disant “quel jeune je vais bien pouvoir coincer”.
Aujourd’hui, il y a des réponses à des faits qui sont proportionnées dans la plupart du temps. Quand elles ne le sont pas, elles font l’objet d’enquêtes.”


36 enquêtes confiées à l’IGPN
Depuis la mi-septembre, 36 enquêtes ont été confiée à l’IGPN, l’Inspection Générale de la Police Nationale pour des interventions au cours desquelles des jeunes ont été blessés. La gestion par les forces de l’ordre des mobilisations questionnent notamment les parents d’élèves. Catherine Larangeira de la Fédération des Conseils des Parents d’Élèves des Écoles Publiques s’exclame : “C’est quand même dommage qu’en France, on n’ait pas ce genre de formation, des formations pacifiques et médiatrices pour pouvoir entretenir les choses de façon non violente.” Elle aimerait que les policiers soient davantage formés aux dialogues, à la négociation durant ce type de manifestations.
Catherine Larangeira a rencontré une jeune fille interpellée. Cette mère de famille est indignée par son témoignage elle raconte : « elle est lycéenne à Metz, elle s’est retrouvée en garde à vue 21 heures, elle a été insultée, dénigrée. Elle emportera sans doute des séquelles psychologiques. » Catherine Larangeira s’emporte : « bien sûr c’est plus facile de s’en prendre à des jeunes, ils ne sont pas très organisés » de plus :
« les policiers oublient qu’ils ont des enfants en face d’eux. »
Si pour elle rien n’est tout noir ou tout blanc, elle veut bien reconnaître les dégradations de certains jeunes, souvent « des casseurs » selon elle, mais « il faut que les forces de l’ordre donne une réponse proportionnelle à ceux qu’ils ont en face d’eux, on dirait qu’ils ne savent répondre que par la violence. » Elle poursuit :
« La question que je me pose, c’est s’ils se sentent menacés face à des jeunes parce qu’ils ne savent pas comment maintenir l’ordre sans armes, comment peut-on leur faire confiance ? »
Selon un bilan national communiqué mercredi, 1 177 majeurs et 6 773 mineurs ont été interpellés depuis le début des mouvements de lycéens.
La Ligue des droits de l’homme a lancé il y a une semaine une plateforme pour recenser les violences policières subies ou observées. Sur le site de l’Assemblée nationale une pétition pour réclamer l' »interdiction des armes mutilantes et des techniques d’immobilisation létales dans les manifestations lycéennes » a recueilli plus de 135 000 signatures.
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