Pour l’apéro ou dans l’assiette, les vers de farine commencent à faire leur chemin. Vincent Heurtel élève ces insectes au sein de Worm Generation, une ferme lancée en 2022 au lycée La Briquerie à Thionville.
Vincent Heurtel a fait de son projet de fin d’études son métier. Diplômé en 2020 d’une école d’ingénieurs en agronomie à Nancy, ce fils d’agriculteur s’est lancé dans l’entomoculture, c’est-à-dire l’élevage d’insectes. « J’ai grandi à la ferme, j’étais tout le temps dehors et c’est ce qui m’a donné cette sensibilité à la nature. J’adore ça. Alors que mon père arrive bientôt à la retraite, il y avait la possibilité de reprendre l’exploitation de vaches laitières. Mais j’ai dit non. L’empreinte carbone des vaches est énorme. J’ai préféré me lancer là-dedans et continuer, en quelque sorte, à être agriculteur, mais d’un nouveau genre », confie le fondateur de Worm Generation.
Un apprentissage sur le tas
Depuis deux ans, il élève plusieurs milliers de vers de farine, ce qui demande une attention constante : « C’est quand même résistant mais ça reste des petites bêtes. C’est minuscule et elles ont très peu de défenses. On peut donc vite avoir des maladies qui peuvent ravager des élevages. »
Sans formation spécifique dans ce domaine, l’entomoculteur a tout appris sur le terrain. Son quotidien consiste notamment à trier les ténébrions meuniers, à les hydrater et à les nourrir avec du son de blé, du pain issu de boulangeries ainsi que des fruits et légumes invendus en fin de marché.
Des insectes destinés à l’alimentation humaine et animale
La transformation constitue justement la deuxième partie du quotidien de l’éleveur. Les déjections des insectes sont revalorisées en frass, un engrais naturel pour les plantes. Les larves, elles, sont déshydratées et peuvent être destinées à l’alimentation animale, pour des poules, des rongeurs, des reptiles ou encore des poissons. Mais aussi à l’alimentation humaine, via un partenariat avec une société belge. « Vu que c’est séché, c’est vraiment très croustillant. Les gens disent toujours que ça ressemble à des chips. Il y a un petit goût assez particulier, qui rappelle la noisette », décrit l’éleveur.
Riches notamment en protéines et en minéraux, les vers de farine pourraient-ils devenir l’un des aliments de demain. C’est en tout cas l’ambition de l’éleveur : « C’est pour ça que je fais ce projet. L’idée, c’est vraiment de transformer l’agriculture, pour aboutir à une agriculture beaucoup plus circulaire, locale et durable. »
En attendant, Vincent Heurtel veut passer à la vitesse supérieure. Son objectif, ouvrir une ferme plus grande, consacrée à l’engraissement et à la transformation, afin de produire à terme jusqu’à 60 tonnes de vers de farine par an.


