Invité de Moselle Info ce jeudi 5 novembre, Hervé Laborde, directeur régional de Filieris, présente les enjeux du troisième congrès de l’organisme organisé ce samedi, consacré aux crises sanitaires et à leurs conséquences sur notre système de santé.
Pourquoi les crises politiques et sanitaires sont-elles au cœur de votre congrès cette année ?
Hervé Laborde, directeur régional de Filieris : « Depuis 2020, nous avons traversé de nombreuses crises : la pandémie de Covid-19, les cyberattaques dans les hôpitaux, les conflits, les catastrophes ou encore les épisodes de canicule. Tous ces événements nous obligent à nous préparer et à réfléchir à la manière d’y répondre. L’objectif est de tirer des enseignements de ces expériences pour construire une réponse solide face aux prochaines crises. Les conflits ont notamment contribué au développement de la médecine de catastrophe, qui est aujourd’hui une spécialité à part entière. Ce congrès est avant tout une journée d’échanges et de retours d’expérience. Nous accueillons des spécialistes français de la médecine de catastrophe, de l’humanitaire, de la réadaptation, mais aussi un philosophe. L’idée est de croiser les regards pour mieux comprendre ce qui a fonctionné et ce qui doit être amélioré.
Pendant la crise sanitaire, malgré les pénuries de masques et les difficultés d’organisation, nous avons notamment réussi à travailler ensemble. Les premiers transferts de patients en réanimation par train, auxquels le SAMU de Moselle a participé, ont été une innovation qui a permis de sauver des vies. »
Quels sont les objectifs concrets de cette journée ?
« Il faut réussir à construire une réponse de santé adaptée, même dans un contexte où les moyens diminuent et où les difficultés structurelles sont importantes. Notre mission de service public doit continuer à être assurée. Nous avons déjà plus de 250 participants inscrits. C’est très encourageant. Au-delà des interventions, l’essentiel est de pouvoir partager les expériences et d’en tirer des enseignements utiles pour l’avenir. »
Mieux faire travailler ensemble les professionnels de santé
La coopération entre les professionnels est l’un des thèmes phares du congrès. Qu’est-ce qui doit changer pour améliorer le travail entre l’hôpital, la médecine de ville et les différents services ?
« Il faut d’abord rompre la distance qui peut exister entre l’hôpital, la ville et les différents professionnels d’un même territoire. Nous devons assurer cette complémentarité et surtout créer du lien et de la communication. La crise sanitaire nous a montré ce qu’il était possible de faire lorsque chacun peut communiquer, travailler avec les autres et prendre sa part dans l’organisation des soins.
Il y a aussi cette notion de solidarité, qui est essentielle. On l’a encore observée lors de catastrophes récentes, notamment avec des populations qui se mobilisent spontanément pour porter secours aux victimes, parfois avant même l’arrivée des secours professionnels. Ces expériences nous rappellent que la complémentarité est vitale pour assurer la meilleure prise en charge possible et augmenter les chances de survie des patients. »
Autre sujet d’actualité, les docteurs juniors, déployés partout en France, sont présentés comme une solution pour renforcer l’offre de soins dans les territoires. Peuvent-ils réellement améliorer l’accès aux consultations ?
« Oui. Depuis le 2 novembre, Filieris accueille un médecin junior dans deux de ses centres, à Forbach et à Behren-lès-Forbach. Ces jeunes médecins travaillent avec des praticiens qui ont suivi une formation de tutorat pour pouvoir les accompagner. Cela nous permet d’avoir des médecins supplémentaires pour prendre en charge les patients. En Moselle-Est, la pyramide des âges est préoccupante : beaucoup de médecins partent à la retraite et sont peu remplacés.
L’arrivée de ces jeunes praticiens peut aussi être un point de départ pour leur donner envie de poursuivre leur carrière sur le territoire. Nos médecins étant salariés, le développement de ce mode d’exercice peut également intéresser les nouvelles générations. La Moselle-Est est un beau territoire. Il faut réussir à donner envie aux jeunes médecins de s’y installer et d’y exercer. »
Quels sont aujourd’hui les principaux besoins de santé de la population en Moselle ?
« Nous avons une population qui vieillit, avec des personnes qui présentent plusieurs pathologies, notamment de l’hypertension ou du diabète. Cela nécessite un accompagnement sur le long terme et une attention particulière aux complications. Il faut développer les réseaux et travailler davantage avec les établissements hospitaliers pour prendre en charge le plus rapidement possible les personnes qui sont éloignées du système de soins.
Il y a aussi cette démarche que l’on appelle “l’aller vers”. Nous avons encore des médecins qui réalisent des consultations à domicile, ainsi que des infirmières. Cela permet de maintenir un lien avec les patients qui ont des difficultés à accéder aux soins. Nous espérons également pouvoir accueillir prochainement des infirmières en pratique avancée. Elles pourraient nous aider à nous rapprocher encore davantage de la population et apporter un soutien supplémentaire aux médecins. »
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