« Il faisait le lien entre toutes les générations » : Carlo Molinari raconté par la famille grenat

Quelques heures après l’annonce du décès de Carlo Molinari, le monde du football et toute la famille du FC Metz sont sous le choc. Invités de Moselle Info ce mercredi 4 novembre, Bernard Serin, président du FC Metz, Bernard Zénier et Franck Signorino, anciens joueurs du club, reviennent sur la personnalité de celui qui a marqué près de 60 ans d’histoire grenat. Tous trois saluent un dirigeant passionné, mais surtout un homme profondément attaché à ses joueurs et à son club.

Bernard Serin, comment avez-vous appris la disparition de Carlo Molinari et quelle émotion domine aujourd’hui au FC Metz ?

Bernard Serin, président du FC Metz : « C’est une émotion que je partage avec tout le club, mais aussi bien au-delà. Je pense à tout le football mosellan, lorrain et même français. Carlo Molinari était un très grand monsieur du football. Cela faisait près de 60 ans qu’il accompagnait le FC Metz. Il a d’abord dirigé le club avant de me passer le témoin, mais il est toujours resté à mes côtés. Il avait conservé son bureau, venait presque tous les jours au siège, assistait aux entraînements et allait voir les équipes de jeunes.

C’est une perte immense. Carlo était l’âme du club, il l’incarnait. Il a marqué le football par son humanité, autant que par sa connaissance du jeu. Il était apprécié des jeunes comme des anciens, du monde amateur comme du monde professionnel. Ce qui rend cette disparition encore plus difficile, c’est son caractère soudain. Nous avions déjeuné ensemble la veille. Il était toujours aussi passionné, lucide et avait conservé une mémoire remarquable. C’est un véritable choc. »

Bernard Zénier, vous avez connu Carlo Molinari pendant les grandes années du FC Metz. Quel souvenir vous revient en premier ?

Bernard Zénier, ancien joueur du FC Metz : « Ce qui me revient, c’est surtout ce qu’il représentait pour les joueurs de ma génération. Il y a deux ou trois mois, Fernando Zappia, qui vit en Argentine, m’avait appelé pour me dire qu’il venait en France. J’avais alors réuni plusieurs anciens joueurs chez moi et invité le président. Il est arrivé et il est resté de 19h à 1h du matin ! Il nous racontait des anecdotes, se souvenait des buts ratés, des bêtises que nous avions faites. Il avait une mémoire incroyable.

Ce qui me touche le plus, c’est le plaisir qu’il avait à retrouver les anciens joueurs, quelle que soit leur génération. Il faisait le lien entre toutes les générations. Je crois que tous ceux qui sont passés par Metz ont gardé un souvenir extraordinaire de lui. »

Franck Signorino, qu’est-ce qui caractérisait votre relation avec Carlo Molinari ?

Franck Signorino, ancien joueur du FC Metz : « Je me souviens de mes premiers matchs à Saint-Symphorien. J’étais encore jeune stagiaire et il m’avait immédiatement invité à déjeuner dans sa brasserie, avec ma maman. Il ne s’agissait pas de parler de football ou de contrat, mais de partager un moment, de découvrir la culture de la région et les valeurs que représente le football en Moselle.

Je l’ai encore vu la semaine dernière, lors de l’inauguration d’un restauran. Il se souvenait de mon mariage, auquel il avait assisté. Quelques années plus tard, alors que j’étais en Espagne, il m’avait même contacté pour me mettre en relation avec son petit-fils qui y faisait des études de cinéma. Cette proximité était particulière. Il avait une figure paternelle pour certains, presque celle d’un grand-père pour d’autres. Il s’intéressait à nos familles, connaissait les prénoms de nos épouses et parfois même ceux de nos enfants. C’était bien plus qu’une relation entre un président et ses joueurs. »

Une personnalité qui savait fédérer dans les moments difficiles

Carlo Molinari a aussi connu des périodes sportives et financières compliquées. Comment réagissait-il dans ces moments-là ?

Bernard Zénier : « C’était un battant. Il ne se plaignait pas et ne se laissait jamais abattre. Il avait été trois fois champion de France de motocross. C’est un sport particulièrement difficile, qui demande beaucoup de volonté et de mental. Il avait ces qualités. Il avait cette volonté de réussir, de se battre. Même dans les mauvais moments, il ne baissait jamais les bras. Il pouvait avoir des coups de mou, mais il repartait toujours. »

Sa vision du football et sa manière de diriger un club auraient-elles encore leur place aujourd’hui ?

Franck Signorino : « Sur l’aspect économique, avec les enjeux du football actuel et la nécessité de rester à flot, je ne pourrais pas vraiment répondre. En revanche, sa vision du football, sa passion et son rapport à l’autre sont indispensables. Ce sont des valeurs qui ont tendance à se perdre et qui feraient beaucoup de bien si elles revenaient en force. Pour lui, il ne s’agissait pas uniquement d’obtenir des résultats et de l’argent. Il fallait construire une équipe autour de valeurs de solidarité et de la volonté de réussir ensemble.

Je me souviens notamment d’une saison où le club venait de descendre en deuxième division. Nous étions mal embarqués en début de championnat. Carlo Molinari avait pris la parole dans le vestiaire avec énormément de passion, presque les larmes aux yeux. Cela avait marqué tout le groupe. À partir de cette réunion, il y a eu un véritable déclic. Le club a retrouvé une meilleure dynamique et nous sommes remontés à la fin de la saison. Ce rapport humain est essentiel, y compris dans le football d’aujourd’hui. »

Des hommages à la hauteur de son attachement au FC Metz

Quels hommages le FC Metz prévoit-il pour saluer la mémoire de son ancien président ?

Bernard Serin : « Dès demain après-midi, le personnel rendra hommage à Carlo. Ce sera un hommage de toute la famille du club, des joueurs aux salariés de l’association et de Stadium. Il y aura également un hommage à Montpellier, avec une minute de silence. Ce sera aussi le cas contre Boulogne, où nous rendrons hommage à Carlo au stade Saint-Symphorien. Ce moment sera particulièrement prenant puisque tous les supporters seront présents. Ce jour-là, l’équipe jouera en noir. »

Franck Signorino, avez-vous déjà échangé avec d’autres anciens joueurs depuis l’annonce de son décès ?

« J’ai notamment échangé avec David Terrier, le président de l’UNFP, qui a été formé au club et a connu les plus belles années avec Carlo. Même lorsqu’il est parti à l’étranger, il a toujours gardé le contact avec lui. Ce qui ressort aussi des différents témoignages, c’est que Carlo s’intéressait toujours davantage à l’homme qu’au seul joueur. Les réactions de Ludovic Obraniak, de Mathieu Duhamel ou encore de nombreux autres anciens montrent que cet attachement traversait les générations et les profils de joueurs. Tous ceux qui l’ont côtoyé semblent unanimes sur sa personnalité. »

Quel héritage Carlo Molinari laisse-t-il au FC Metz ?

Bernard Serin : « Le FC Metz date de 1932 et Carlo est né en 1933. Pendant près de 60 ans, il a accompagné le club. On peut dire que, dans la durée, le club, c’était lui. Tout ce qu’est devenu aujourd’hui le FC Metz, ses infrastructures, son centre de formation, son rayonnement régional et ses supporters présents partout, tout cela fait partie de son héritage. C’est aussi l’héritage des très belles années du club. Même si nous ne les connaissons pas forcément en ce moment, c’est lui qui nous les a laissées. »

Retrouvez toute l’actualité de votre territoire sur moselle.tv.

Jean MILON
Jean MILON
Rédacteur en chef adjoint de MoselleTV. Présentateur de MoselleInfo.

plus de contenus du même auteur

spot_img

Nos derniers reportages