« Les dons alimentaires diminuent » : la Banque alimentaire de Moselle face à une précarité grandissante

À l’occasion de la grande collecte nationale des banques alimentaires, organisée les 6, 7 et 8 novembre, Yves Perrin, président de la Banque alimentaire de Moselle, était l’invité de Moselle Info ce jeudi 5 novembre. Baisse des dons, difficultés d’approvisionnement, hausse des coûts et mobilisation des bénévoles : il détaille les enjeux de cette collecte solidaire.

La précarité alimentaire touche de plus en plus de Mosellans Qui sont aujourd’hui les personnes qui ont besoin de l’aide alimentaire ?

Yves Perrin, président de la banque alimentaire de Moselle : « Aujourd’hui, les chiffres montrent qu’un travailleur sur quatre n’arrive plus à boucler son mois et à faire face à ses dépenses alimentaires, mais aussi à d’autres besoins comme l’hygiène. Les chiffres ne font qu’augmenter. »

Combien de personnes accompagnez-vous actuellement en Moselle ?

« Nous accompagnons environ 17 000 personnes dans le département. »

Dans ce contexte économique difficile, craignez-vous une baisse des dons lors de la collecte nationale ?

« Oui, bien sûr. D’année en année, les dons alimentaires diminuent. Cela s’explique notamment par le coût d’achat des denrées, aussi bien pour les banques alimentaires que pour les autres associations. »

La hausse du prix des carburants a-t-elle également des conséquences sur votre activité ?

« Absolument. Nous avons une carte auprès d’un grand distributeur qui propose des prix bloqués depuis plusieurs semaines. Mais le plus difficile reste de trouver des stations-service approvisionnées. Nos camionnettes partent tous les matins. Nous avons également fait une demande pour bénéficier du dispositif destiné aux grands rouleurs, mais elle a été refusée au motif que nous n’étions pas considérés comme de grands rouleurs. »

61 associations partenaires pour distribuer l’aide alimentaire

Comment fonctionne concrètement la Banque alimentaire de Moselle ? D’où viennent les denrées que vous distribuez ?

« Nous avons plusieurs sources d’approvisionnement. Il y a d’abord ce que l’on appelle la ramasse : nos camions se rendent tous les matins dans les magasins pour récupérer les produits encore redistribuables. Je tiens à préciser que certains magasins ne respectent pas toujours suffisamment cette notion, notamment sur le plan sanitaire. Le reste de nos approvisionnements provient de l’Europe, de l’État, de dons de grandes entreprises ou encore d’achats réalisés grâce aux fonds qui nous sont alloués. »

Comment les produits arrivent-ils ensuite jusqu’aux bénéficiaires ?

« La Banque alimentaire de Moselle distribue les denrées par l’intermédiaire d’associations. Nous avons 61 associations partenaires, parmi lesquelles de grandes structures nationales comme la Croix-Rouge ou les conférences Saint-Vincent-de-Paul. Nous sommes un peu les grossistes qui approvisionnent quotidiennement ces associations. »

Le lait et les produits d’hygiène, des besoins prioritaires

Quels sont les produits qui manquent le plus aujourd’hui ?

« Le produit le plus demandé actuellement, et pour lequel nous constatons une baisse importante des approvisionnements, c’est le lait. Cela peut surprendre, car on voit beaucoup de vaches dans les champs, mais les quantités de lait dont nous disposons ont diminué de près de 50 % ces dernières années. La Fédération essaie notamment de négocier des contrats d’approvisionnement sur trois ans avec de grands groupes, mais ceux-ci les refusent. Je pense que cela est aussi lié aux coûts.

Il y a également un autre besoin sur lequel nous travaillons de plus en plus : les produits d’hygiène. Ils ne rentrent pas directement dans le champ traditionnel de la banque alimentaire, mais ils sont devenus indispensables pour les personnes que nous accompagnons. »

La mobilisation des bénévoles a progressé de 11 % en France l’année dernière par rapport à 2024. Constatez-vous la même évolution en Moselle ?

« Nous constatons une hausse du nombre de bénévoles, mais la notion de bénévolat a évolué. Ils viennent moins souvent et leur présence est moins régulière. Cela entraîne beaucoup de conséquences dans notre organisation. »

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Jean MILON
Jean MILON
Rédacteur en chef adjoint de MoselleTV. Présentateur de MoselleInfo.

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