Rubrique santé. Arrêt de travail : une prescription pas si anodine

Chaque jour en France, l’arrêt de travail pour raisons de santé concerne 1 million de personnes. Mais derrière chaque prescription, se trouve un professionnel de santé qui doit se poser les bonnes questions. Le Dr Jean-Daniel Gradeler nous explique.

« Je vais me mettre en arrêt de travail« . Vous êtes malade ou ressentez une fatigue mentale liée à des conditions de travail dégradées, et vous lancez machinalement cette phrase. De quoi brouiller les pistes et faire passer l’arrêt de travail pour un acte automatique chez le médecin. « C’est plutôt moi qui vais voir, au regard de votre situation, s’il faut vous prescrire un arrêt de travail ou pas », voilà ce que répond systématiquement le Dr Jean-Daniel Gradeler, médecin généraliste et membre de la CSMF. La priorité ici est de se demander « en quoi l’arrêt de travail va-t-il améliorer l’état de santé du patient ? ». De quoi prouver que la prescription d’un arrêt de travail n’est pas si anodine que cela.

Arrêt de travail : des cas évidents, d’autres plus délicats

Certaines situations ne prêtent pas à discussion, comme les suites chirurgicales. Dans certains cas, comme pour une chirurgie du pied, « on sait qu’on va être sur à peu près trois mois d’arrêt de travail sans trop de discussion, quelle que soit l’activité professionnelle. » Pour cause, la cicatrisation interdit de poser le pied par terre et de se déplacer. Mais la décision est plus délicate quand il est question de stress, d’anxiété ou de santé au travail. Le médecin souligne qu’il faut déjà « beaucoup d’énergie pour consulter et admettre qu’on n’arrive pas à résoudre seul son problème. Or, ces difficultés tiennent souvent aux conditions de travail ou aux rapports avec les collègues et les supérieurs. » Des questions qui, selon lui, « ne relèvent plus forcément de l’assurance maladie ».

Face à un patient qui décrit un environnement de travail difficile, le généraliste peut être démuni. « On croit toujours le patient, on est formé de cette manière-là », explique-t-il. Mais le généraliste n’a aucun moyen de vérifier, « seul le médecin du travail le peut, d’où la nécessité de le mettre dans la boucle assez rapidement. » Il le concède, dans la plupart des cas, cocher la case arrêt de travail est par ailleurs, le réflexe le plus facile : « c’est toujours plus simple de dire oui que de dire non. » Une facilité qui a un prix : « on est redevable devant la Nation des dépenses qu’on engage. »

L’importance d’une prise en charge globale

Pour le Dr Gradeler, un arrêt de quelques jours ne règle rien si le problème de fond reste entier. Dans le cas d’une santé mentale dégradée, il est conseillé aux patients de consulter le médecin du travail, de voir un représentant du personnel ou un délégué syndical et, dans les cas graves comme le harcèlement, de saisir la justice. Un arrêt de travail seul ne résout rien ! Un message qu’il transmet aussi à la jeune interne qu’il forme dans son cabinet en Moselle. « Si on met simplement un arrêt de trois ou quatre jours pour que le patient se repose, ça ne va pas solutionner le problème, parce qu’il sera stressé quand il reprendra. »

Sur le territoire messin, la CPTS de Metz et environs, le syndicat et les structures de formation prévoient de mettre en place des audits et des formations pour que les médecins s’emparent du sujet.

Arrêts de travail en hausse : « il faut décortiquer les chiffres »

Selon la dernière étude du ministère de la Santé, la France compte plus de 9 millions d’arrêts de travail indemnisés, soit une hausse de plus de 10 % sur les six dernières années. Un système protecteur, mais coûteux. Pour le Dr Gradeler, médecin généraliste et membre de la CSMF, ce chiffre brut mérite pourtant d’être détaillé : « Le coût est aussi corrélé aux augmentations de salaires. » Les indemnités étant calculées sur le salaire, elles augmentent quasi automatiquement avec lui. Selon lui, c’est donc plutôt le nombre de jours indemnisés qu’il faut regarder pour mesurer le coût réel.

Le sujet est d’autant plus sensible que l’Assurance maladie vient de lancer une nouvelle campagne de mise sous objectif (MSO), qui cible 600 médecins généralistes. Le Dr Gradeler y voit un problème : « L’arrêt initial a pu être prescrit par un chirurgien, qui n’a peut-être pas voulu, ou pas pu, aller au-delà d’un mois. » La Caisse, regrette-t-il, désigne comme « prescripteurs excessifs » des praticiens comparés à des confrères ayant la même patientèle, le même âge et le même environnement économique, alors que la situation est plus nuancée. Il appelle à davantage de communication entre professionnels et avec l’Assurance maladie.

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Uranie Tosic
Uranie Tosichttp://www.moselle.tv/
Rédactrice en chef de Moselle TV.

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