Dans moins d’un an, fin avril 2027, les Français seront appelés à la présidentielle. Mais la campagne est déjà bien lancée sur le terrain local, notamment en Moselle.
On dit souvent qu’en France, il n’y a que deux élections qui comptent, les municipales et la présidentielle. Et celle de 2027 a déjà commencé. Officiellement, il n’y a pas de date précise pour se déclarer, mais la vieille tradition républicaine c’est au moins un an avant. Et si on peut déjà le voir dans les conseils régionaux et départementaux, c’est encore plus concret sur le terrain, dans les villes. Tous les 5 ans, les candidats sillonnent le pays. Pourquoi ? pour aller à la rencontre des électeurs, participer à des événements et des conférences, officiellement toujours pour un sujet précis. Et la Moselle n’échappe pas à la règle.
Ce week-end, par exemple, la députée insoumise Mathilde Panot était présente à Metz à l’occasion de la Marche des fiertés. Un déplacement qui s’inscrit évidemment dans l’actualité militante, notamment après la mort de Noahm, mais qui permet aussi à la présidente du groupe à l’assemblée nationale de préparer le terrain pour Jean-Luc Mélenchon, soutenu officiellement par le parti. « Si on est là, c’est aussi pour réaffirmer qu’il n’y a aucune fatalité dans ce qu’on est en train de vivre (…) cette situation est nourrie par les campagnes de haine de la droite et de l’extrême-droite et par l’inaction du gouvernement. L’élection doit être le moment de réaffirmer que non seulement on veut protéger nos droits mais aussi conquérir de nouveaux droits ».
Une campagne qui n’est pas destinée qu’aux électeurs
Autre exemple avec Nicolas Dupont-Aignan. Cette semaine, le président de Debout la France fait étape à Metz pour une séance de dédicaces de son livre intitulé « 2027, la liberté ou la mort ». Officiellement, il vient dédicacer un ouvrage. Dans les faits, le titre du livre ne laisse aucun doute sur une campagne présidentielle en Moselle. D’autant que l’autre raison très concrète à ces déplacements, ce sont les fameux 500 parrainages. Pour se présenter, un candidat doit obtenir des signatures d’élus, principalement des maires, mais aussi des parlementaires, conseillers régionaux et départementaux. Donc après Metz, le candidat Debout la France déjà déclaré, ira à Molring où le maire Maurice Bello lui avait donné sa voix en 2022.
La présidentielle s’est aussi invitée la semaine dernière au conseil régional. Lors des débats consacrés au lancement du pacte de l’industrie, le député mosellan Laurent Jacobelli, également président du groupe RN à la région, a projeté ses interventions vers 2027, évoquant ce que ferait le Rassemblement national au pouvoir. « Nous devons desserer l’étau fiscal qui étrangle nos entreprises… C’est pourquoi en 2027, avec Jordan Bardella et Marine Le Pen, nous supprimerons les impôts de production, qui en plus d’être les plus lourds de l’UE, symbolisent le mal de l’économie française. Nous mettrons fin à cette folie fiscale (…) nous instaurerons un guichet unique pour les industriels et engageront le chantier de la simplification pour supprimer les normes néfastes ». À mesure que la présidentielle arrive, tout sujet risque de devenir national.
Un troisième objectif
Ces déplacements et ces prises de parole hors des plateaux télé et hors de Paris ne sont pas anodins. Historiquement, les déplacements de Jacques Chirac dans les communes rurales ou sur les foires agricoles en 1995, ça lui a permis d’être considéré comme un candidat proche du terrain, face à Edouard Balladur, qui était en tête des sondages et qui a une image de technocrate parisien. En 2011, François Hollande se déclare candidat pour la primaire du parti socialiste directement dans sa ville de Tulle où il était l’ancien maire. Son élection se joue aussi dans les petites communes, lui qui se présente comme le candidat du peuple notamment face à DSK, alors directeur général du fonds monétaire international.
Car outre le fait de convaincre électeurs et parrains, il y a surtout l’intérêt pour rallier dans son propre parti. On pourrait prendre un exemple qui s’est déroulé ici en Moselle, en 1979 lors du 62e congrés du parti socialiste (le fameux Congrès de Metz). L’affrontement entre François Mitterrand, fragilisé par les législatives de 78, et Michel Rocard, incarnant une deuxième gauche, se solde par un soutien de Jean-Pierre Chevenement. Alors que Rocard était en tête des sondages, ce congrès a ouvert la voix à la candidature puis la victoire de Mitterrand en 1981. Aux présidentielles, la conquête commence souvent à l’intérieur du parti avant même de passer devant les électeurs…



