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La Fête des vins de Moselle de retour à Vic-sur-Seille dans un vignoble en pleine reconquête

Après Metz en 2025, la Fête des vins de Moselle revient à Vic-sur-Seille pour la 3e édition, avec 18 viticulteurs en majorité issus de l’AOC Moselle.

La Fête des vins de Moselle fera son retour à Vic-sur-Seille le 31 mai pour une 12e édition placée sous le signe du renouveau viticole. De 10h à 19h, le centre-bourg sera entièrement piétonnisé et dédié aux vignerons, artisans et producteurs du territoire. Un rendez-vous gratuit qui attire chaque année entre 4 000 et 6 000 visiteurs. Après une édition organisée à Metz en 2025, l’événement revient dans le Saulnois, l’un des trois grands secteurs de l’AOC Moselle avec le pays messin et le pays de Sierck. Dix-huit viticulteurs seront présents, dont 16 en AOC, sur les 22 que compte aujourd’hui le vignoble mosellan.

Pour participer aux dégustations, les visiteurs devront se procurer le verre AOC Moselle (10 euros sur place, 9 euros en prévente jusqu’au 25 mai). À l’occasion de la fête des mères, un cadeau sera aussi offert aux mamans lors de l’achat. Parmi les nouveautés, un restaurant éphémère tenu par les amis du chef étoilé Michel Roth proposera un menu complet, tandis qu’un pack incluant transport aller-retour depuis Metz et dégustation est également mis en place.

Une vitrine pour une AOC qui monte en puissance

Créée après l’obtention de l’AOC en 2011, la Fête des vins accompagne l’essor du vignoble mosellan. « Nous avons obtenu l’AOC en 2011, on l’attendait depuis longtemps, il était logique de faire la fête juste après », rappelle Patrick Weiten, président du département. « Objectif : faire gouter les vins de Moselle et l’AOC, et aussi faire rayonner les talents ». Une reconnaissance qui dépasse désormais le cadre local. « On revient du salon de l’agriculture bardé de médailles, les vins de Moselle font partie des grands vins de France aujourd’hui » dit-il en rappelle la présence de ces cépages lors de la cérémonie du Guide Michelin à Metz l’an dernier, qui a également contribué à leur visibilité auprès des chefs.

Un vignoble reconstruit après des décennies d’abandon

Derrière cette dynamique, le vignoble mosellan reste un territoire en reconstruction. « Nous avons un vignoble de pionniers, porté par une volonté politique » rappelle Patrick Weiten. « La guerre, le phylloxéra, l’industrialisation, tout ça a stoppé net le développement de nos coteaux », explique Eve Maurice, présidente de l’AOC Moselle. Tombés dans l’oubli, les coteaux sont progressivement réinvestis depuis plusieurs décennies.

« Depuis 40 ans, on se bat pour récupérer ce patrimoine délaissé et donner pleine valeur aux terres viticoles ». Ce sol, « il est l’un des plus rares au monde » selon Eve Maurice. « Un sol calcaire et des vins uniques. » Une reconquête lente, confrontée à un obstacle majeur : l’accès au foncier. « On a 130 ha exploités sur plus de 600 ha (680, ndlr) disponibles aujourd’hui. C’est l’appropriation du foncier qui est très compliqué », souligne Patrick Weiten. « La Moselle plante, mais n’arrive pas a planter assez. Ce n’est pas faute de candidat, mais de notre capacité à trouver et mobiliser du foncier », insiste le vice-président David Suck. « Ce sont des espaces à récupérer, complète Eve Maurice. On a besoin de sanctuariser ce foncier viticole dans les communes ».

Un modèle entre écologie, paysage et emploi

La relance du vignoble s’appuie aussi sur un modèle agricole revendiqué comme durable. « On a conscience des enjeux de notre siècle et on ne fait pas pour refaire à l’identique », explique Eve Maurice. Aujourd’hui, 60 % des surfaces sont en agriculture biologique, et la filière met en avant ses effets sur l’environnement. « Quand on accompagne cette agriculture, ce sont des emplois à la clé, mais aussi une qualité de vie, de la biodiversité et des paysages », rappelle David Suck.

« Nous, notre choix n’est pas de mettre de l’éolienne ou du photovoltaique, mais de préserver cette qualité paysagère », affirme Jérôme End, maire démissionnaire de Vic-sur-Seille car désormais député. Pour la troisième fois, sa ville accueille la Fête des vins. « Pas un maire ne serait pas heureux d’avoir la fête des vins », sourit Jérôme End. Vic-sur-Seille est aujourd’hui la seule vitrine des vins issus du Saulnois. La commune entend capitaliser sur cet événement pour affirmer son rôle dans le développement de l’AOC, avec un objectif de 30 hectares exploités et huit vignerons installés d’ici 2035. « Notre but est d’être, en surface, la première commune française de l’AOC Moselle ». Située à proximité de la Meurthe-et-Moselle, elle espère également attirer un public élargi. Des dispositifs de stationnement renforcés, une aire de service pour les visiteurs et des solutions de transport depuis Metz sont prévus.

Un bon millésime

La vigne représente environ 100 emplois hors saisonniers, auxquels s’ajoutent de nombreux emplois indirects. Deux autres installations sont prévues dans le département cette année, et 18 dossiers d’aides ont été soutenus par le département l’an dernier, pour 205 000 euros. Sur le plan viticole, les signaux sont encourageants. « Le millésime 2025 est très rassurant, ce sont des vins de qualité, les caves sont remplies et ce malgré les défis climatiques », indique Eve Maurice. « Ce sont des vins fins digestes et taillés pour la garde cette année. »

Au-delà de la fête, l’événement reste un outil de promotion et de sensibilisation, destiné autant au grand public qu’aux acteurs du territoire. Car derrière la dégustation, l’enjeu est clair : poursuivre la reconquête du vignoble mosellan et installer durablement l’AOC Moselle dans le paysage des grands vins français. « Chaque parcelle arrachée à l’abandon est une victoire pour la Moselle. »

Jonathan Vaucher
Jonathan Vaucher
Journaliste Reporter d'Images / Référent politique / Présentateur

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