Plus de 20 ans après, une femme retrouvée morte en Moselle enfin identifiée : plongée dans la plateforme Identify Me d’Interpol avec le Dr François-Xavier Laurent.
C’est une avancée majeure dans une affaire longtemps restée sans réponse. Plus de deux décennies après la découverte du corps d’une femme en Moselle, son identité a finalement été confirmée grâce au travail d’Interpol et à sa campagne Identify Me. Une illustration concrète du rôle croissant de l’ADN et de la coopération internationale dans la résolution des affaires criminelles.
Au cœur de ce dispositif, le service ADN d’Interpol joue un rôle de coordination. « Notre unité ADN à Interpol est le point de contact de l’ensemble des 196 pays membres […] lorsqu’ils ont un profil ADN, par exemple sur une scène de crime et que cette trace ne match pas au niveau national », explique le docteur François-Xavier Laurent, invité sur le plateau de Moselle TV. Concrètement, les profils ADN non identifiés dans un pays peuvent être comparés avec ceux d’autres États. « Notre rôle, c’est trouver des connexions possibles et ensuite alerter les autorités policières », précise-t-il.
L’ADN, un outil clé dans les enquêtes internationales
Si l’ADN n’est pas systématiquement déterminant, il reste souvent indispensable dans les cas les plus complexes. « Ce n’est pas la reine des preuves […] mais lorsqu’un corps est très dégradé, avec uniquement des ossements par exemple, si vous ne pouvez pas utiliser de la reconstruction faciale, pas d’empreintes digitales, l’ADN est très souvent la seule preuve biométrique qui peut être utilisée pour identifier formellement quelqu’un. »
L’identification récente en Moselle pose une question légitime : pourquoi autant de temps ? Pour le spécialiste, la réponse tient à la complexité même de ces dossiers. « Le temps judiciaire est beaucoup plus lent que le temps des séries ou des films », sourit-il. Lorsqu’un corps est découvert sans identité, l’enquête démarre avec un handicap majeur. « Il va être très difficile de pouvoir enquêter sur sa sphère familiale, amicale, professionnelle. » Une situation fréquente, notamment pour des victimes inconnues des services de police.
Dans ces cas-là, les investigations peuvent rester bloquées pendant des années, en attente d’un élément déclencheur : un témoignage, une avancée technologique ou une nouvelle lecture du dossier. « C’est parfois une avancée technique ou un nouveau juge d’instruction qui va permettre de remettre cette affaire sur la pile. »
Les cold cases, entre patience et innovations
Ces affaires non résolues, appelées cold cases, illustrent les limites mais aussi les progrès des enquêtes criminelles. Si certaines peuvent être élucidées en quelques jours grâce à l’ADN — « il suffit que des prélèvements […] soient envoyés à Interpol pour que ça match trois jours après » — d’autres nécessitent des années, voire des décennies. Les progrès technologiques jouent ici un rôle décisif. « En utilisant de nouvelles techniques d’analyse génétique […] on va pouvoir déceler des preuves matérielles qui n’avaient pas pu être récoltées à l’époque. »
C’est dans ce contexte qu’est née la campagne Identify Me. Son objectif : résoudre des affaires de femmes retrouvées mortes en Europe, souvent loin de leur pays d’origine. Il y a actuellement « 41 affaires de femmes qui n’ont pas pu être identifiées, dans 6 pays d’Europe, des années 1980 à maintenant ». Dans beaucoup de cas, les victimes sont étrangères et leur disparition n’est pas reliée au lieu où leur corps est découvert.
Identify Me : mobiliser le public pour identifier les victimes
La plateforme vise donc à « remettre les pièces du puzzle ensemble », en croisant les données entre pays et en faisant appel au public. Des photos, des reconstructions faciales et des informations clés sont diffusées pour susciter des témoignages. Un pari qui commence à porter ses fruits, comme le montre l’identification récente en Moselle. « Pour aider le public, notre site Internet diffuse des photos, des reconstructions faciales des victimes, des informations sur le lieu, la date de découverte des corps, est-ce qu’elles avaient des bijoux, des tatouages, des cicatrices, tout élément qui peut donner un témoignage et donc une clé », souligne Dr Laurent.
En Moselle, Identify Me a permis au fils de la victime de pouvoir l’identifier. Le parquet de Metz a ainsi rouvert l’enquête en 2023. Elle avait été retrouvée dans un tonneau vers Saint-Quirin, au bord de la route par le maire d’Abreschviller. Grâce au témoignage, la justice avait pu mettre en examen son mari, suspecté et libéré sous contrôle judiciaire fin 2025 pour raisons de santé. Selon Interpol, « c’est la 5e affaire résolue grâce à cette campagne et c’est la première fois qu’un volet criminel est ouvert ». La Section de recherches de la Gendarmerie nationale de Metz (France), chargée de l’enquête judiciaire, a confirmé l’arrestation d’un suspect en lien avec le meurtre. Au-delà de cette affaire, Identify Me illustre une réalité : face à des crimes de plus en plus transnationaux, la coopération policière est indispensable.


