spot_img

Audiovisuel public : « le rapporteur peut remercier Bolloré d’avoir transmis sa liste de courses »

La commission d’enquête sur l’audiovisuel public a livré un rapport qui divise profondément les parlementaires, notamment les Mosellans au sein de la commission.

Il y a quelques jours, le rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public a été finalement publié, après cinq mois d’une enquête qualifiée de politique-spectacle par de nombreux observateurs. Le vote de la publication de ce rapport a suscité lui aussi des débats. Entre critiques d’un système jugé coûteux et dénonciation d’un rapport « à charge », les positions politiques apparaissent irréconciliables.

Un constat sévère pour certains élus

Du côté du Rassemblement national, le diagnostic est sans appel. Membre de la commission, le député RN Laurent Jacobelli estime que « l’audiovisuel public aujourd’hui c’est une gabegie », pointant « trop d’argent dépensé, 4 milliards par an pour un résultat malheureusement qui n’est pas à la hauteur ». Il dénonce également « un service public biaisé, teinté d’idéologie », financé par l’ensemble des Français. Autre critique avancée : les liens avec le secteur privé. Selon lui, le système actuel « fait la fortune d’entreprises privées qui fournissent des émissions avec des taux de marge hors normes ». Bref, le parti, dont les six membres ont voté pour la publication, partage la conclusion de ce rapport de Charles Alloncle, issu du parti allié de l’UDR.

Sur cette base, le RN plaide pour une transformation radicale. « Oui, il faut une réforme profonde de l’audiovisuel public », affirme-t-il, emboîtant le pas du rapporteur, allant plus loin encore en proposant la privatisation de médias majeurs comme France Inter ou France 2. Objectif affiché : « créer des géants français capables de lutter contre les Amazon ou les Netflix ». Pour autant, l’ancien directeur des programme de TV5 Monde assure que certaines missions resteraient publiques, notamment à l’international : « TV5 Monde, RFI […] ça restera public car le privé ne peut pas s’y substituer », précise-t-il, tout comme certains services dans les régions ou outre-mer. « Par contre, diffuser du théâtre, de la musique, le privé peut très bien le faire dans la mesure où la concession signée avec l’État lui délègue une forme d’obligation de service public sur certains domaines. » 

Une opposition frontale sur la méthode et le fond

À gauche, le ton est tout autre. Les membres des 4 formations (gauche radicale, LFI, écolo et socialistes) ont voté contre le rapport. Le député socialiste Belkhir Belhaddad explique être en opposition non seulement sur le fond, mais aussi sur la méthode. « Le vote signifiait que le rapport serait imprimé et diffusé au nom de tous les parlementaires », souligne-t-il, regrettant l’absence de distinction entre validation technique et adhésion politique. « Il y a beaucoup de choses sur lesquelles on n’est pas forcément d’accord […] on voulait distinguer » ces deux aspects. Une demande qu’a également proposé le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (EPR).

Mais la critique est surtout politique, dénonçant « un texte qui est à charge contre l’audiovisuel public ». Il évoque également des propositions « aussi hypocrites qu’inefficaces ». Pour le député, les mesures envisagées risquent même d’affaiblir le service public : « les fusions, les baisses drastiques de budget […] ne font que l’asphyxier ». Il résume : « on sait très bien que personne n’aide un corps malade en le saignant ». « Ce n’est pas de l’idéologie, c’est du pragmatisme », répond Jacobelli.

Des enjeux économiques et politiques majeurs

Au-delà des divergences, cette commission met en lumière un débat plus large sur l’avenir de l’audiovisuel public en France. Entre volonté de rationalisation budgétaire, question de l’indépendance éditoriale et concurrence des grandes plateformes internationales, les enjeux sont multiples. Belkhir Belhaddad va plus loin en dénonçant une instrumentalisation politique : « des centaines d’heures payées par l’argent des Français […] dévoyées pour suivre un agenda politique ». Il évoque également le rôle d’acteurs privés « qui ont tout à gagner à l’affaiblissement de l’audiovisuel public », citant notamment Vincent Bolloré : « il ne manque plus qu’à remercier M. Bolloré d’avoir transmis au rapporteur sa liste de courses. Voilà ce qu’il adviendra du service public qui serait privatisé par l’extrême-droite au pouvoir ».

La publication du rapport, loin de clore le débat, semble au contraire ouvrir une nouvelle séquence politique autour du rôle, du financement et de l’indépendance de l’audiovisuel public français. La présidente de France Télévisions, qui fait partie de la longue liste de détracteurs, a émis une réponse de 124 pages pour démonter les arguments du député ciottiste. Dans l’avant-propos du rapport, le président de la commission a également accusé Charles Alloncle de vouloir « préparer les esprits » à la privatisation du service public avec ces 69 recommandations passant de la fusion de chaînes, de la suppressions d’autres, du retrait de la téléréalité ou du mode de nomination des dirigeants.

Jonathan Vaucher
Jonathan Vaucher
Journaliste Reporter d'Images / Référent politique / Présentateur

plus de contenus du même auteur

Nos derniers reportages