Des toilettes de secours, des centaines de pots de fleurs à sonder par les démineurs, un silence de plomb lors d’une prière : les anecdotes sont nombreuses pour raconter la venue du pape Jean-Paul II à Metz en 1988.
« Tout jeune évêque, Monseigneur Raffin m’avait confié une partie de l’organisation. J’y ai consacré quatre mois de ma vie, ce fut un marathon en préfecture », nous raconte Robert Scholtus, ancien prêtre et en charge de l’accueil du pape Jean-Paul II en 1988.
« Mon plus grand souvenir de ce moment ? L’arrivée de Jean-Paul II dans la sacristie. Quand vous avez le pape à côté de vous, qui vous salue, et derrière lui le cardinal Angelo Sodano, vous savez que vous vivez un moment intense qui n’arrive qu’une fois dans la vie et qui passe tellement vite », se souvient avec nostalgie Philippe Hiegel, jeune membre du diocèse à l’époque et actuel président de l’Œuvre de la cathédrale de Metz.
Un moment unique que les deux compères s’apprêtent pourtant à revivre le 28 septembre prochain, lors de la venue du pape Léon XIV à Metz.
De beaux souvenirs et de nombreuses anecdotes
À l’époque, le voyage du Saint-Père a duré quatre jours dans l’Est de la France. Après Strasbourg, il est arrivé en avion à la base aérienne de Frescaty, encore en fonctionnement. Le maire Jean-Marie Rausch l’attendait, ainsi que d’autres officiels et hauts gradés militaires. « Au dernier moment, lors de son arrivée, le parcours qu’il allait emprunter a été tiré au sort d’après deux scénarios envisagés en amont. Cela signifiait que sur les deux parcours, les Renseignements généraux avaient évidemment fait des enquêtes, que des tireurs d’élite étaient présents dans les appartements, y compris aux abords de la cathédrale », raconte Robert Scholtus, ancien prêtre du diocèse et organisateur de la venue de Jean-Paul II. Un niveau maximal de sécurité, faisant écho à la tentative d’assassinat dont il avait été victime quelques années auparavant à Rome.
Le pape était donc assis dans la cathèdre mais derrière lui, dans l’ombre, se tenait les services de sécurité, les forces spéciales, et un jésuite des voyages officiels, lui-même armé.
Robert Scholtus, ancien prêtre en charge de l’organisation
De son égarement sur l’emmarchement de la cathédrale dans les milliers de pots de chrysanthèmes, aux salutations spontanées dans la foule, en passant par l’utilisation d’une voiture blindée jusqu’à Nancy : les anecdotes entourant le voyage du pape Jean-Paul II à Metz en 1988 sont nombreuses. Comme la fermeture de la cathédrale la veille, afin de favoriser le travail des agents des Renseignements généraux qui ont dormi sur place, ou les opérations de déminages qui ont été multiples. « Il a également fallu construire des toilettes spécialement pour lui. Cela a permis au Canard Enchaîné de faire évidemment des variations sur le Saint-Siège (rires) dans leurs colonnes. Ça n’a l’air de rien, mais c’était un élément très sérieux. À l’hôpital Bon-Secours, une chambre spéciale avait même été aménagée en cas d’incident« , raconte Robert Scholtus.
Pour Philippe Hiegel, le moment le plus intense fut le silence ressenti à certains moments. « Nous étions dans la sacristie, on ne voyait pas ce qu’il se passait à l’extérieur. Soudain, le silence s’est installé quand Jean-Paul II est entré dans la cathédrale de Metz, puis qu’il s’est installé à la chapelle de Notre-Dame-la-Ronde pour prier quelques secondes, sans faire attention sans doute au timing et au protocole. Il s’est abîmé en prière dans un silence de plomb. Rappelons que l’édifice était comble et que la place était remplie également. C’était très fort.«
Cette émission est réalisée en partenariat avec nos confrères de la radio RCF Jerico Moselle.
Crédit photo : Archives RL
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