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Jean-Louis Masson : 50 ans de vie politique, de Grosdidier à Jacquat en passant par Juppé

L’ancien député et sénateur Jean-Louis Masson, également conseiller régional, fait le point sur son engagement au soir de sa vie politique en Moselle.

Pendant plus d’un demi-siècle, il a traversé la vie politique mosellane sans jamais vraiment rentrer dans les cases. Élu conseiller général à seulement 28 ans, député pendant près de vingt ans puis sénateur durant vingt-deux ans, Jean-Louis Masson publie aujourd’hui un livre testament, Un demi-siècle d’engagement public, dans lequel il retrace cinquante années de combats, d’alliances, de trahisons et de grands projets en Moselle.

À 79 ans, l’ancien parlementaire, dont le mandat de conseiller général qui s’achève en 2028 sera le dernier, assure avoir voulu laisser une trace. « Je me suis dit : j’ai terminé ma vie politique, ce serait bien de retracer les choses », explique-t-il. Une démarche nourrie par un constat personnel : « Je sais très peu de choses sur mes grands-parents. Ils parlaient peu de la guerre, de l’expulsion, des difficultés. » Dans cet ouvrage de près de 600 pages, Masson raconte autant son parcours que l’évolution politique de la Moselle depuis les années 1970. Et fidèle à sa réputation, il ne ménage personne.

« Je ne savais pas lécher les bottes »

L’ancien député revendique un parcours atypique. Élu très jeune « sans appareil politique » derrière lui, il rappelle avoir été longtemps le benjamin du conseil général, et n’avoir « jamais été battu comme député » à toutes ses élections « sans soutien des partis ».

S’il a longtemps siégé au RPR, plutôt proche de l’aile droite du parti, Jean-Louis Masson raconte une relation compliquée avec les états-majors nationaux. « J’avais la compétence, une capacité à gagner les élections, mais il me manquait quelque chose : je n’ai pas le tempérament de lécher les bottes de M. Juppé ou de M. Tartampion. »

Une indépendance revendiquée qui, selon lui, lui aurait fermé certaines portes. « Le RPR aurait dû me soutenir dans d’autres élections. Ils ne m’ont jamais soutenu. » Depuis les années 1990, l’ancien sénateur dit avoir progressivement rompu avec sa famille politique historique. Aujourd’hui, il estime que le Rassemblement National « représente un peu ce qu’était le RPR dans les années 1975 », avant des dérives « vers la gauche ». Soutien de Nicolas Dupont-Aignant puis de Marine Le Pen à de précédentes présidentielles, il a présidé le comité de soutien d’Etienne Anstett (RN) pour les élections à Metz.

Les guerres de la droite messine

Le livre revient aussi largement sur les fractures historiques de la droite messine, notamment son conflit avec François Grosdidier, que les deux hommes entretiennent depuis plus de 30 ans dans les médias et devant la justice. Masson raconte avoir aidé les débuts politiques de l’actuel maire de Metz au début des années 1980 (« il n’avait pas le bac, il était au chômage et à l’époque je l’ai poussé »), avant que leurs relations ne se dégradent brutalement avant les élections municipales de 1989. « La politique est faite de trahisons », lâche-t-il, en retraçant cette période politique et les divisions entre les différentes figures de la droite messine de l’époque.

L’ancien parlementaire revient également sur son rapprochement surprise avec Denis Jacquat entre les deux tours de ces municipales de Metz en 1989, pourtant après une campagne extrêmement tendue. « Il fallait battre Jean-Marie Rausch », résume-t-il aujourd’hui sans regret. Le rapprochement avec le député UDF ne s’est pourtant pas passé comme prévu. « Le président RPR du conseil général soutenait le Dr Jacquat. Vous imaginez à quel point le parti me soutenait ». Suite à l’ultimatum posé à son concurrent pour fusionner les deux listes, Masson découvre que l’opposant « a déjà négocié avec Grosdidier. Il faisait ouvertement campagne contre moi ».

Le pôle d’Ennery, « sa plus grande fierté »

Au-delà des querelles politiques, Jean-Louis Masson revendique plusieurs réalisations majeures en Moselle. La principale, selon lui : le développement du pôle industriel d’Ennery. Lorsqu’il devient conseiller général du canton de Vigy, le projet existe depuis des années mais reste virtuel. Il affirme avoir accéléré la maîtrise foncière et favorisé l’installation du site industriel qui accueillera notamment une usine Peugeot Citroën.

« À l’époque, c’était un désert. Quinze ans plus tard, il y avait 7 000 à 8 000 emplois », rappelle-t-il. Autre dossier dont il se dit fier : le tracé du TGV Est. Il affirme avoir joué un rôle important pour éviter un passage exclusif par Nancy et défendre un tracé équilibré entre Metz et Nancy.

« Depuis Mondon, il n’y a plus de grande personnalité »

Interrogé sur la Moselle d’aujourd’hui, Jean-Louis Masson se montre sévère. Il déplore « un certain immobilisme » et l’absence de grandes figures politiques départementales. Dans son regard rétrospectif, il cite toutefois plusieurs personnalités qui, selon lui, ont marqué durablement le territoire : Raymond Mondon, Pierre Messmer, ou encore Jean-Eric Bousch, l’ancien maire de Forbach.

Sa carrière a également été entachée de sorties controversées, notamment sur l’immigration ou encore contre la loi NOTRe, mais aussi de démêlés judiciaires, de l’annulation de sa campagne en 1997 pour financement de la campagne d’un concurrent aux condamnations pour diffamation de l’ancien maire de Woippy. Après cinquante ans passés dans les coulisses du pouvoir mosellan, Jean-Louis Masson livre surtout une vision désenchantée mais très personnelle de la politique : un monde de fidélités rares, de combats internes permanents, mais aussi de projets structurants.

Jonathan Vaucher
Jonathan Vaucher
Journaliste Reporter d'Images / Référent politique / Présentateur

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