spot_img
spot_img

« 2026 n’est plus une année exceptionnelle, c’est une année qui représente notre futur » : Xavier Morvan alerte sur la sécheresse en Moselle

L’été 2026 est déjà considéré comme l’un des plus secs jamais enregistrés dans le Grand Est. Invité de Moselle Info, Xavier Morvan, directeur de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, dresse un constat préoccupant : cours d’eau à sec, biodiversité fragilisée, agriculture touchée et usages de l’eau sous tension. Il appelle à une prise de conscience collective et à accélérer les mesures d’adaptation face au changement climatique.

Quels indicateurs montrent que cet été a été exceptionnel ?

Xavier Morvan, directeur général de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse : « À la fin du mois d’août, environ 40 % des ruisseaux du Grand Est étaient clairement à sec. La situation s’est encore aggravée entre juillet et août. C’est un indicateur très simple, mais il montre à quel point les milieux naturels ont subi une sécheresse et une canicule d’une intensité exceptionnelle. »

Malgré la sécheresse, les habitants ont continué à avoir de l’eau potable. Il n’y a pas eu d’alerte. Comment cela a-t-il été possible ?

« En Moselle, une dizaine d’unités de distribution ont connu un été très difficile, avec parfois un approvisionnement par citernes ou la mise en place de conduites temporaires. Mais la majeure partie de l’eau potable provient des nappes souterraines. Elles avaient bénéficié d’un très bon rechargement durant l’hiver dernier, grâce aux fortes pluies. Cela nous a permis d’aborder l’été avec des réserves importantes. En revanche, les pluies tombées ces derniers jours ne rechargent pas les nappes. Tant que la végétation est active, jusqu’au mois d’octobre environ, cette recharge ne se fait pratiquement pas. »

Metz mieux protégée que Nancy

Certaines villes ont-elles révélé des fragilités ?

« Metz est moins vulnérable que Nancy, notamment parce qu’elle dispose d’une ressource complémentaire avec le lac de Madine. Il permet de sécuriser l’alimentation en eau lors des périodes de forte sécheresse. Nancy, en revanche, dépend aujourd’hui d’une seule source d’approvisionnement. La métropole prévoit d’investir environ 20 millions d’euros pour doubler ses prises d’eau et renforcer la sécurité de son réseau. »

Concrètement, est-ce que les habitants doivent s’inquiéter pour les prochaines années ?

« Je ne dirais pas qu’il faut s’inquiéter, mais il faut une réaction collective et une véritable prise de conscience. Nous devons tous adopter des comportements plus sobres. Lorsque les préfets prennent des arrêtés de restriction des usages de l’eau, il faut les considérer comme une démarche collective et nécessaire. En revanche, il y a de vraies raisons d’être préoccupé pour les milieux naturels. Des ruisseaux à sec, cela signifie une mortalité importante de poissons et une perte de biodiversité. Cela traduit aussi une raréfaction de la ressource pour l’eau potable, l’agriculture ou l’industrie. »

Cyanobactéries : pourquoi le phénomène persiste

Les rivières et points d’eau souffrent aussi de la prolifération des cyanobactéries. Comment l’expliquez-vous ?

« Depuis une vingtaine d’années, les débits des cours d’eau en période d’étiage ont diminué de 10 à 15 %. Cette tendance va continuer. Avec moins d’eau et une quantité de pollution identique, la concentration de matières organiques augmente. Ajoutez des températures élevées et les cyanobactéries trouvent des conditions idéales pour se développer. Elles peuvent produire des toxines. Cela entraîne des restrictions de baignade, mais aussi des interdictions d’utiliser cette eau pour l’abreuvement du bétail. »

Pourquoi restent-elles présentes malgré la baisse des températures ?

« Ce n’est pas seulement une question de chaleur. La baisse durable des débits, la présence de matières organiques et de fertilisants continuent d’alimenter leur développement, même après les épisodes caniculaires. »

Agriculture, élevage et navigation fortement touchés

Quels secteurs économiques paient le plus lourd tribut de cette sécheresse ?

« L’agriculture est clairement en première ligne. Les cultures de printemps, comme le maïs, le tournesol ou le colza, enregistrent des pertes de rendement de l’ordre de 20 à 25 %, avec également une baisse de qualité. Les maraîchers sont eux aussi confrontés à des déficits de production, notamment pour les choux de plein champ destinés à la choucroute. Les élevages sont très vulnérables. Les éleveurs laitiers ont constaté une baisse d’environ 20 % de leur production de lait.

Il y a aussi des conséquences sur la navigation. Sur certains secteurs de la Moselle, la circulation a dû être interrompue ou limitée. Cela augmente les coûts logistiques, notamment pour les productions agricoles qui utilisent le transport fluvial. »

« Il faut se préparer à notre futur »

À quoi ressemblera la gestion de l’eau dans dix ou vingt ans ?

« Nous avons commencé cet entretien en disant que 2026 était une année exceptionnelle. Elle l’est lorsqu’on regarde le passé. Mais lorsqu’on regarde l’avenir, elle ne l’est plus du tout. C’est une année qui représente notre futur.

Il faut accélérer les solutions d’adaptation. La première réponse est la sobriété : nous devons réduire nos consommations d’eau. Ensuite, il faut mieux organiser la concertation entre tous les usagers pour éviter les conflits d’usage. Cette concertation existe déjà sur certains bassins en Moselle, mais elle doit désormais être étendue à l’ensemble du département. »

Retrouvez toute l’actualité de votre territoire sur Moselle.tv.

Jean MILON
Jean MILON
Rédacteur en chef adjoint de MoselleTV. Présentateur de MoselleInfo.

plus de contenus du même auteur

Nos derniers reportages