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En Moselle, un père interpelle l’Éducation nationale sur les limites de l’école inclusive

À Forbach en Moselle, Tobias Jacob, père de Adam, enfant autiste, a interpellé le ministre de l’Éducation nationale pour dénoncer un manque de moyens pour l’école inclusive et appelle à des solutions concrètes. Il était l’invité de notre journal Moselle Info, ce mercredi 15 avril.

À Forbach, Tobias et sa famille se battent depuis des années pour leur fils Adam, jeune garçon autiste. Un quotidien difficile tant les contraintes sont nombreuses. Retrouvez ici le reportage de Moselle TV, réalisé en mars 2025.

Vous avez interpellé le ministre de l’Éducation nationale au sujet de la suppression de 4 000 postes. Pourquoi cette décision vous inquiète-t-elle ?
Depuis près de deux quinquennats, on nous promet une école inclusive. Pourtant, sur le terrain, les moyens ne sont pas à la hauteur. Il manque en moyenne la moitié des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) dans les écoles.
Concrètement, certains enfants sont refusés dans les établissements. Parfois, on demande même aux parents de les garder chez eux en cas d’absence de personnel. Et entre la notification des droits et leur mise en place, il peut s’écouler six mois à un an. Cette situation pousse aussi certains parents à retirer leur enfant de l’école, par crainte pour leur sécurité.

Vous vous mobilisez au quotidien avec votre association « La voie d’Adam ». Cette lettre peut-elle vraiment faire bouger les choses ?
Elle a déjà eu un premier impact. Le soutien que nous recevons, notamment sur les réseaux sociaux et de la part de nos adhérents, montre que nous avons réussi à attirer l’attention sur ce problème.
Nous espérons désormais obtenir des réponses. Mais surtout, nous ne faisons pas que dénoncer : nous proposons aussi des solutions. Au sein de l’association, nous travaillons avec des parents, des éducateurs spécialisés et des psychologues pour imaginer des aménagements concrets.

Quelles sont justement vos priorités ?
La première, c’est d’adapter l’environnement scolaire aux troubles du neurodéveloppement, afin d’offrir aux enfants un cadre plus apaisé. Il faut aussi prévoir des espaces de répit.
Ensuite, il est nécessaire de repenser certains dispositifs : intégrer un enfant dans une classe de 30 élèves n’est pas toujours adapté. Enfin, il faut faire évoluer les méthodes d’enseignement, car tous les enfants ne peuvent pas suivre une scolarité classique.

Votre combat est aussi personnel, avec votre fils Adam.
Oui, Adam bénéficie d’une notification CESAD depuis huit ans. Ce sont des droits reconnus, mais qui ne sont pas effectifs. Nous sommes toujours sur liste d’attente.
En attendant, nous devons organiser une prise en charge en libéral, ce qui représente jusqu’à 1 200 kilomètres de déplacements par mois pour ses rendez-vous. Aujourd’hui, ce sont les enfants qui doivent s’adapter au système, alors que cela devrait être l’inverse.
Nous souhaitons notamment permettre l’intervention de spécialistes libéraux directement dans les établissements scolaires.

Les enseignants manquent-ils de formation sur ces sujets ?
Chaque métier a sa spécialité. Un enseignant n’est pas un orthophoniste ni un psychomotricien. Le problème, ce n’est pas un manque de volonté, mais un manque de coordination. Aujourd’hui, chacun travaille de son côté, en vase clos. Or, les enfants auraient besoin d’un véritable accompagnement pluridisciplinaire, avec des professionnels qui collaborent entre eux.

On entend pourtant que l’école inclusive progresse. Partagez-vous ce constat ?
Quand on est sur liste d’attente depuis huit ans, il est difficile de parler de progrès. Certes, il y a des avancées pour certains enfants, mais ce n’est pas généralisé.
Les structures spécialisées sont saturées : pour 40 places, on peut avoir jusqu’à 80 enfants en attente. Les aménagements existent, mais ils manquent de coordination et de structuration.
Aujourd’hui, l’inclusion est souvent subie, à la fois par les enseignants et par les élèves en situation de handicap. On est encore loin de ce qui a été promis.

Comment peut-on soutenir votre action ?
Il est possible de nous rejoindre via notre page en ligne et sur les réseaux sociaux. Nous organisons régulièrement des événements : une marche bleue le 19, un concert caritatif le 10 mai à Forbach, mais aussi des cafés “Autisme Inclusion” pour permettre aux parents d’échanger. Beaucoup d’autres initiatives sont en préparation. L’objectif est de continuer à sensibiliser et à faire avancer les choses.

Toute l’actualité du département de la Moselle à suivre en direct sur Moselle TV du lundi au vendredi à partir de 18H00.

Mattéo Philipp
Mattéo Philipp
Journaliste Reporter d'images

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