Invité du Tour de la Question, Edouard Philippe, maire du Havre et candidat à la présidentielle 2026, est revenu sur ses mesures en faveur de l’agriculture s’il était élu, lors d’une émission spéciale « Le Tour de la Question ».

Edouard Philippe, vous venez de rencontrer les agriculteurs aux Terres de Jim, mais vous voyez aussi ici une jeunesse qui s’engage. Comment on fait pour donner envie aux jeunes de reprendre les exploitations ?
Édouard Philippe : L’année dernière, c’était en Seine-Maritime, c’était chez moi, et j’avais été impressionné par l’énergie déployée par tous ces jeunes agriculteurs pour organiser quelque chose qui fait véritablement honneur à l’agriculture. Et je leur avais dit que je viendrais l’année suivante en Moselle. Et tous les agriculteurs que j’ai rencontrés ce matin m’ont indiqué l’année compliquée qu’ils viennent de passer compte tenu des conditions climatiques. Au fond, ils savent très bien que le quotidien est marqué par cette crise. Et puis ils ont tous évoqué la question de la transmission des exploitations, la question de l’installation des jeunes agriculteurs. Mais au-delà des modalités techniques de l’installation, ils ont tous exprimé le souci de faire en sorte que les agriculteurs, qui sont d’abord et avant tout des entrepreneurs, des chefs d’entreprise, aient des perspectives qui leur permettent d’investir, de s’installer dans de bonnes conditions. Je suis toujours frappé, quand je parle avec les JA, par l’expertise technique qu’ils ont accumulée, en matière agricole bien sûr mais aussi réglementaire, et de stratégie pour trouver des solutions. Les Terres de Jim, c’est très agréable mais c’est aussi extrêmement important de les écouter, dans toute leur diversité, parce que les régions ne se ressemblent pas toutes, et d’écouter ce qu’ils ont à proposer en matière d’assurance, de financement, d’accompagnement à l’installation. Et moi ce que je retiens, c’est qu’ils ont des propositions à faire.
Est-ce qu’aujourd’hui il y a aussi un problème de normes, trop de normes ?
Il y a des normes qui s’appliquent, parce qu’elles sont des normes de sécurité, on ne va pas supprimer toutes les normes, d’ailleurs les agriculteurs ne demandent pas cela. Ils disent que quand les normes sont contradictoires, c’est insupportable, ils ont raison. Quand les normes s’appliquent en France, alors qu’elles ne s’appliquent pas dans les mêmes conditions, ou pas du tout, dans des pays d’Europe qui sont voisins, c’est incompréhensible. Quand les productions de ces pays voisins entrent en concurrence avec nos productions, et que nous arrivons en France à produire des normes qui rendent impossible la production de tel produit à tel endroit, alors que nous achetons la production du même produit fabriqué de l’autre côté de la frontière, ils disent, avec bon sens, avec raison, que ça n’est pas compréhensible, et que c’est surtout un coup que l’on porte à la compétitivité de l’agriculture française, un coût insupportable.
Edouard Philippe, une question simple, vous êtes ici en campagne, et à la campagne, si vous êtes élu Président de la République, quelle sera votre première mesure pour le monde agricole ?
Je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire pour le monde agricole, et il y a aussi beaucoup de choses à ne pas faire. Il faut arrêter la surtransposition, il faut donner de la visibilité aux exploitants agricoles, aux agriculteurs, il faut leur dire que finalement les normes qu’ils vont appliquer vont ne pas trop bouger, ni fiscales, ni sociales, ni environnementales, pendant les années qui suivent. Et puis il y a des domaines sur lesquels il faut avancer très vite, et moi, un de ceux que je porte le plus, c’est la question de l’eau, de son utilisation, de sa réutilisation et de son stockage. On n’est pas bon en France, probablement parce que pendant très longtemps, il y a des territoires sur lesquels le besoin ne s’est pas fait sentir, probablement aussi parce qu’on a abordé cette question de l’eau avec des orientations qui ne correspondent plus à la réalité. Il faut développer les retenues collinaires, il faut développer la réutilisation de l’eau, il n’y aura pas d’agriculture sans eau, et s’il n’y a pas d’agriculture, ça ne sera pas bon pour la France, pour notre alimentation, notre économie, nos territoires ou nos paysages. La question de l’eau est centrale.
Patrick Weiten, président du Département, sur la question de l’eau, nous sommes assis sur une véritable mine d’or bleu…
Patrick Weiten : Oui, pour nous, c’est une véritable priorité que j’ai affirmée déjà depuis longtemps, et nous organisons en fin d’année les assises de l’eau. Nous avons des ressources importantes qui sont générées par les deux grands bassins, l’ancien bassin férifère et l’ancien bassin houiller, donc avec des ressources, des cavités qui ne demandent qu’à nourrir en eau tout notre territoire et en particulier l’agriculture. Aujourd’hui, on a toute la Moselle sud, qui est la Moselle agricole, qui n’est pas inervée du tout. C’est pour cette raison-là que j’envisage de créer un syndicat départemental qui travaille avec cette dimension-là. Pour nous, il est important que cela se fasse en relation avec l’agriculture pour voir quelles sont les ressources, comment on peut les organiser, comment on peut diversifier ensuite la ressource, l’utilisation et la consommation et qu’on investisse ensuite de façon collective pour apporter l’eau au plus proche des activités agricoles et des exploitations agricoles. Je pense que l’échelon départemental est un bon échelon pour agir dans ce cadre-là.
Photo © Krystel Aziza
- Retrouvez l’intégralité de l’émission avec Edouard Philippe sur ce lien.
- Le Tour de la Question, l’émission politique de Moselle TV présentée par Jonathan Vaucher, à retrouver les mardis à 17h.


