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« Mieux vivre son cancer grâce aux soins de support » : Jacques Fleurentin explique le rôle des plantes médicinales

Invité de Moselle Info, Jacques Fleurentin, fondateur de la Société française d’ethnopharmacologie, est revenu sur la place grandissante des soins de support dans la prise en charge des patients atteints de cancer. À l’occasion d’un colloque organisé au cloître des Récollets à Metz, il explique comment la phytothérapie et l’aromathérapie peuvent accompagner les traitements, sans jamais s’y substituer. Un message central : les plantes médicinales ont un intérêt, à condition d’être utilisées en toute sécurité et sous contrôle des professionnels de santé.

Pourquoi les soins de support deviennent-ils incontournables aujourd’hui ?

Jacques Fleurentin, président fondateur de la Société française d’ethnopharmacologie : « Beaucoup de patients utilisent des plantes ou des huiles essentielles sans en parler à leur médecin. Or, cela peut entraîner des interactions avec les traitements de chimiothérapie ou de radiothérapie. Il est donc essentiel de consulter son médecin ou son pharmacien avant d’utiliser ces produits. L’objectif de ce colloque est justement de montrer que la phytothérapie et l’aromathérapie peuvent être utilisées avec toutes les garanties de sécurité, à condition qu’elles soient proposées par des professionnels de santé. »

Que dit aujourd’hui la science sur les plantes médicinales contre le cancer ?

« Il existe bien des plantes à l’origine de médicaments anticancéreux. Environ 42 % des traitements de chimiothérapie proviennent du végétal, notamment de la pervenche de Madagascar ou de l’if. Mais ces traitements relèvent de la chimiothérapie hospitalière. En revanche, la phytothérapie ne traite pas le cancer. Elle intervient sur les effets secondaires de la maladie et des traitements : le stress, l’insomnie, l’anxiété, la dépression, les douleurs, les nausées, les vomissements ou encore la fatigue. Certaines plantes peuvent également accompagner le fonctionnement du système immunitaire. »

Mieux vivre les traitements grâce à des approches complémentaires

Les huiles essentielles ont-elles aussi leur place ?

« Oui. Nous avons des collègues universitaires spécialisés dans leur utilisation en thérapie complémentaire. L’idée est de proposer des solutions pour aider les patients à mieux vivre leur parcours de soins, toujours en complément des traitements conventionnels. »

On entend souvent que les produits naturels sont forcément inoffensifs. Est-ce une idée reçue ?

« Oui, complètement. Le naturel ne veut rien dire en soi. Pour qu’une plante soit conseillée, elle doit être inscrite à la pharmacopée européenne ou française. Cela signifie que des experts ont évalué son efficacité et son absence de toxicité dans les conditions d’utilisation recommandées.

Nous nous limitons à ces plantes pour garantir une utilisation sécurisée. Les recherches progressent également : nous disposons de nombreux essais en laboratoire et chez l’animal, et de plus en plus d’essais cliniques viennent confirmer l’intérêt de certaines plantes dans les soins de support. »

Metz, un pôle de référence en ethnopharmacologie

Pourquoi cette expertise s’est-elle développée à Metz ?

« Cela fait maintenant quarante ans que nous travaillons sur les plantes médicinales et la santé. Chaque année, nous développons une nouvelle thématique. Après un colloque consacré à la mycothérapie, cette année est dédiée à l’oncologie. Nous développons aussi le concept de One Health – une seule santé – qui considère que la santé humaine est liée à celle des animaux, des végétaux et de l’environnement. C’est ce que l’on appelle aujourd’hui la médecine intégrative. »

La Société française d’ethnopharmacologie accueille aussi les visiteurs toute l’année au Cloître des Récollets…

« Nous organisons des visites de nos jardins des plantes médicinales, des plantes toxiques et de la biodiversité. Nous prévoyons également un jardin consacré aux plantes à huiles essentielles. Le public peut aussi découvrir le musée de la pharmacie, qui présente un patrimoine exceptionnel autour des plantes médicinales et de leur histoire. »

Quel rôle joue aujourd’hui la Société française d’ethnopharmacologie au niveau national ?

Nous n’avons pas d’équivalent en France. Depuis plus de trente ans, nous formons à Metz des chercheurs, enseignants et professionnels de santé venus de tout le pays. Beaucoup occupent aujourd’hui des postes universitaires et reviennent intervenir dans nos formations. Nous accueillons également chaque année des professionnels venus des territoires d’Outre-mer et de nombreux pays africains francophones, ce qui renforce le rayonnement de Metz dans ce domaine. »

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Jean MILON
Jean MILON
Rédacteur en chef adjoint de MoselleTV. Présentateur de MoselleInfo.

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