Nos séniors sont-ils en danger ? Lundi 15 juin 2026 est la journée mondiale dédiée à la lutte contre la maltraitance envers les personnes âgées. En Moselle, c’est l’occasion d’alerter sur un fléau silencieux qui ne se cantonne pas aux EHPAD.
« Vous voulez encore un petit peu à boire ? » Gobelet à la main, Sophie Tinnes est aux petits soins avec ses 81 patients. En tant qu’infirmière coordinatrice à l’EHPAD Sainte-Élisabeth de Freyming-Merlebach (Moselle), face à une patientèle aussi vulnérable et pour éviter toute maltraitance, la vigilance est de mise.
Elle évoque le sujet dans la chambre de Dominica Chillari, l’une des résidentes. Si la sénior n’a pas été confrontée elle-même à de tels actes, on lui a rapporté des cas de maltraitance, preuves à l’appui. « J’ai des amis dans les autres maisons de retraite, ils me racontent tout », introduit-elle avant de raconter des violences qu’a subies une connaissance au moment des douches dans un EHPAD de Moselle.
Des séniors maltraités en EHPAD, mais surtout à leur domicile
Sophie Tinnes a conscience des risques qui peuvent peser sur ses résidents : « On essaie de travailler sur la cartographie des risques de maltraitance et d’essayer de réfléchir à toutes les petites situations qui peuvent nous amener à devenir maltraitants, sans forcément qu’on en soit conscient à ce moment-là. » Si la maltraitance de nos aînés a été révélée lors du scandale Orpea en 2022, elle est loin de se cantonner aux EHPAD.
Le 15 juin 2026, journée mondiale de lutte contre la maltraitance envers les personnes âgées, une conférence au Saulcy réunissait les chercheurs à la pointe de ce sujet. Parmi eux, la professeure Mélanie Couture, titulaire de la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées et professeure agrégée à l’École de travail social de l’Université de Sherbrooke (Canada).
Maltraitances à domicile : « C’est très courant, mais ce n’est pas connu »
Experte du sujet, Mélanie Couture analyse : « Ce que l’on sait, par la littérature scientifique, c’est que dans les situations où la personne aidée a des troubles cognitifs, 50 à 70 % de ces personnes-là vont vivre de la maltraitance à domicile. Donc c’est très courant, mais ce n’est pas connu. C’est reconnu que le stress est le fardeau de l’aidant et un facteur de risque de maltraitance à domicile. »
Les chercheurs alertent sur les risques psychologiques qui menacent les proches aidants et donc les personnes aidées. Ils plaident pour un meilleur soutien de l’État envers ces aidants de l’ombre, afin d’endiguer ce fléau silencieux. « On veut peser dans le débat public », annonçait le syndicat national des aidants, lors de son récent déploiement en Moselle.
Victime ou témoin de maltraitance envers un adulte vulnérable, appelez le 3133.



