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Robert Scholtus, l’homme qui avait organisé la venue du pape Jean-Paul II à Metz en 1988 : « C’était un souvenir magnifique »

Le 28 septembre prochain, le pape Léon XIV effectuera une visite historique à Metz. Il faut remonter à octobre 1988 pour retrouver la trace d’un souverain pontife dans la cathédrale Saint-Étienne : Jean-Paul II y avait alors célébré une messe devant les fidèles mosellans. À l’époque, Robert Scholtus, nommé directeur de cabinet de Mgr Pierre Raffin pour l’occasion, avait été chargé d’organiser cette venue exceptionnelle. Près de quarante ans plus tard, il se souvient de cet événement marquant.

Quel a été votre sentiment lorsque vous avez appris que le pape Léon XIV viendrait à Metz en septembre prochain ?

J’ai évidemment été très touché. J’ai une grande estime pour le pape actuel et son annonce m’a immédiatement rappelé l’accueil que nous avions réservé à Jean-Paul II en 1988. En même temps, connaissant le travail considérable que représente une telle visite, ma première pensée a aussi été d’adresser mes encouragements à tous ceux qui en assurent aujourd’hui l’organisation.

Que représente, pour les fidèles et pour un territoire, la venue d’un pape ?

C’est d’abord un grand honneur. Une visite papale suscite toujours beaucoup de ferveur. Je crois aussi qu’il existe une réelle proximité et une profonde sympathie envers ce pape, qui aime la France contrairement à ce qui a parfois été dit. Dans une période où le monde, la société et même l’Église traversent des difficultés, sa présence est porteuse d’espérance.

Et il sera donc d’abord à à Paris, à Lourdes puis à Metz…

Je pense que Notre-Dame de Paris l’a profondément touché. Quant à Metz, la ville représente sans doute quelque chose de fort par rapport au message de paix qu’il porte. Notre région a connu trois guerres avec l’Allemagne. Elle a été une terre de déchirures, mais aussi un lieu de réconciliation exemplaire, notamment sous l’impulsion de Robert Schuman, que l’on appelle le Père de l’Europe.

Selon vous, pourquoi Metz a-t-elle été choisie pour cette visite du pape ?

Le Vatican est souverain en la matière. C’est le pape qui décide de son calendrier. Personne ne choisit à sa place. Mais je pense que sa venue s’inscrit dans une logique claire : il souhaitait voir Notre-Dame de Paris, et Metz lui offre l’occasion de porter ce message de paix qui lui tient particulièrement à cœur.

Une logistique hors norme pour accueillir le pape Jean-Paul II à Metz

Revenons à la venue de Jean-Paul II en 1988. Quels souvenirs vous reviennent aujourd’hui ?

Beaucoup de souvenirs. J’ai consacré quatre mois de ma vie entièrement à la préparation de cette visite. En tant que directeur de cabinet de Mgr Raffin, je travaillais quotidiennement avec le cabinet du préfet. Nous participions à une multitude de réunions avec les services de l’État : police, renseignements généraux, hôpitaux et bien d’autres. Je n’avais pas de compétences particulières dans ces domaines, mais j’ai énormément appris sur le fonctionnement de ces administrations. J’ai découvert des équipes extrêmement compétentes, organisées et rigoureuses. C’est un souvenir marquant.

L’un des grands enjeux était aussi l’accueil du public.

Oui, Mgr Raffin tenait à ce que la cathédrale accueille des représentants de tout le diocèse et pas uniquement des officiels. Il a donc fallu désigner des personnes dans chaque secteur du diocèse, puis leur attribuer des badges personnalisés. Cela représentait un travail considérable. Heureusement, nous avons pu compter sur l’expérience de la direction diocésaine des pèlerinages ainsi que sur l’aide de la base aérienne, qui a participé à la réalisation des badges.

Avez-vous une anecdote particulière de cette journée ?

Il y en a plusieurs. Je me souviens notamment de la sortie de la messe. Le pape devait remonter dans une voiture blindée pour rejoindre Nancy par une autoroute entièrement sécurisée. En quittant la cathédrale, il a aperçu la foule rassemblée devant un grand écran sur la place d’Armes. Il a alors décidé de s’approcher des personnes présentes pour les saluer, en s’écartant quelque peu du protocole. J’ai senti à ce moment-là une certaine tension parmi les services de sécurité. (rire)

Je me rappelle aussi un autre instant, au début de la célébration. Le pape s’est légèrement égaré parmi les grands pots de chrysanthèmes jaunes et blancs qui décoraient les marches du chœur. Là encore, cela a provoqué quelques instants de panique.

L’organisation semblait particulièrement lourde.

Elle était impressionnante. J’ai été en contact avec les services chargés des voyages officiels du Vatican et de l’État français. Tout était minutieusement préparé. Par exemple, entre l’aéroport de Frescaty et la cathédrale, deux itinéraires étaient prévus et le choix du parcours était effectué au dernier moment, par tirage au sort ! Le niveau de sécurité était extrêmement élevé, notamment parce que nous étions dans une période marquée par les attentats et parce que Jean-Paul II lui-même avait été victime d’une tentative d’assassinat quelques années auparavant.

Vous souvenez-vous de l’affluence ce jour-là ?

Je ne me rappelle plus exactement du nombre de personnes présentes dans la cathédrale. Il me semble qu’il y en avait autour de 2 000, mais je n’en suis plus certain. Il y avait également du public sur la place d’Armes. En revanche, le long du parcours, la foule n’était pas immense, notamment parce que les mesures de sécurité étaient très dissuasives et que les itinéraires n’étaient pas connus à l’avance.

Rien à voir avec les grands rassemblements populaires que l’on pourrait imaginer aujourd’hui ?

Exactement. Ce n’était pas une grande messe en plein air réunissant 30 000 ou 50 000 personnes. L’événement était plus modeste dans sa forme.

Vous en gardez malgré tout un très bon souvenir…

Un souvenir magnifique. Je me rappelle notamment la une du Républicain Lorrain du lendemain. Il y avait une photographie splendide de la cathédrale. Peut-être n’a-t-elle jamais été aussi belle que ce jour-là, avec cette lumière particulière. Je me souviens aussi d’un très bel article du journaliste Jean-Marie Trimbour intitulé Ode à une cathédrale. C’était remarquable.

Vous avez même conservé une photo souvenir avec le pape.

Oui, on y voit Mgr Raffin me présenter à Jean-Paul II. Je me souviens d’ailleurs que le pape avait alors lancé à l’évêque, en parlant de moi : « Il est bien jeune ! » (rire)

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Mattéo Philipp
Mattéo Philipp
Journaliste Reporter d'images

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