Invité de l’émission politique Le Tour de la question, Patrick Weiten a abordé les grands projets d’infrastructures de la Moselle, dont le sauvetage de l’aéroport de Lorraine et l’A31 bis.

Parmi les grands projets qui vont façonner la Moselle, l’A31 bis. On s’oriente vers une déclaration d’utilité publique et des travaux en 2031. Est-ce que le dossier n’a pas pris trop de retard, entre sa réflexion dans les années 90 et les enjeux de 2030 ?
Patrick Weiten : On a perdu 30 ans parce qu’un certain nombre de grandes personnalités politiques, nationales comme locales, ne voulaient pas de l’A32. À l’époque, lancer une infrastructure comme celle-là était beaucoup plus facile qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, il y a des contraintes environnementales légitimes, des contraintes spatiales légitimes et des contraintes économiques légitimes. On a perdu 30 ans parce qu’on a décidé de ne pas décider.
Comment ne pas refaire l’A31 ?
Un média avait présenté les différentes opportunités de l’A32 : c’était un plat de nouilles. On était donc sûr qu’on ne ferait rien, parce qu’on n’arrivait pas à rassembler autour d’une telle pelote désorganisée qui nous était présentée. Là, le dossier a été pris en charge. On s’est tous mobilisés, enfin tous ceux qui avaient la capacité de faire évoluer le dossier. Les deux préfets y ont été pour beaucoup dans la dernière ligne droite, et je tiens à les remercier. Tout s’est mis en place, des décisions ont été prises par l’État, avec un courage républicain qu’il faut remarquer, et une volonté de concertation poussée à son extrême.
« Les oppositions sont logiques et légitimes, et il faut les entendre »
On comprend les associations de proximité qui défendent leur territoire. C’est logique et légitime, et il faut les entendre. Le projet a beaucoup progressé. D’abord, on est passé d’une infrastructure publique à une infrastructure concédée, parce que l’État, notre nation, n’a plus les moyens de se payer une autoroute. Ensuite, on a décidé de protéger au maximum les populations. On a donc une partie couverte relativement importante, que je n’imaginais pas. Le tracé a également évolué parce qu’on a écouté les élus du territoire. Et puis, on a organisé la concertation la plus large possible. Le public a pu s’exprimer dans de très nombreuses réunions, avec un dossier de concertation. Auparavant, vous aviez un gros dossier de 200 à 300 pages. Là, c’était un dossier d’une armoire, d’un mètre cinquante sur 80 centimètres et d’un mètre cinquante de hauteur.
Il y a eu une expression du public, et la commission d’enquête a émis un avis favorable, avec quelques suggestions qu’il faut entendre. Donc, on est arrivé au bout. Moi, ce que je souhaite maintenant, c’est que l’arrêté de lancement officiel soit pris avant les élections présidentielles. Il ne faut pas que ça devienne encore un sujet politique où on recommence à raconter la même chose. Et le dernier point, c’est que cette autoroute, il faut la concevoir avec une mobilité décarbonée. Ce ne seront plus des voitures diesel qui l’utiliseront.
Il y a la question des trains aussi, et du retour de certaines lignes où vous dites souvent « nous avons des gares, mais pas de trains ». Et puis il y a aussi l’aéroport de Lorraine. Il n’y a pas assez de passagers, il n’y a pas assez d’argent mis en œuvre. Est-ce que le département devrait reprendre la gestion ?
Non, il faut que ce soit dans une démarche collégiale. Je ne vais pas reprendre un aéroport. La Région a la compétence, travaille avec l’État, et je pense que c’est normal. Il y a eu, à la demande de la Région, une intervention de la Chambre régionale des comptes. Nous allons avoir une analyse complémentaire de la Région. Le Département, lui, ne peut pas rester inactif. C’est une infrastructure majeure. Imaginez demain que vous annonciez que l’aéroport de Metz-Nancy va fermer. C’est un message dramatique. Ça veut dire qu’on n’est plus une destination aérienne.
« Si on annonce que l’aéroport ferme, c’est un message dramatique »
On sait qu’au Luxembourg, on n’arrive pas à accéder à l’aéroport du Findel, on n’arrive pas à stationner et on n’arrive pas ensuite à circuler dans d’excellentes conditions pour y arriver. C’est épouvantable. Aujourd’hui, je mets plus de temps pour aller à l’aéroport que pour prendre l’avion et aller dans le sud de l’Italie. Et ils n’ont aucune capacité de s’étendre, ils n’ont qu’une seule piste. On est à une portée… d’avion du Luxembourg ! C’est ce travail-là qui est engagé.
Avec le département et la métropole ?
Franck Leroy, le président du Grand Est s’est engagé dans une étude à la suite du rapport de la Chambre régionale des comptes. Immédiatement, avec François Grosdidier, nous nous sommes engagés à cofinancer cette étude. Elle est donc en route. On a déjà eu des réunions, on avance sur ce dossier. Moi, l’objectif, c’est que début de l’année prochaine, on ait les conclusions des études. On a déjà eu une première réunion, une seconde va arriver. Et je l’ai dit : s’il fallait qu’on rentre dans le cercle de gestion de l’aéroport, la Moselle le fera.
« S’il faut qu’on rentre dans le cercle de gestion de l’aéroport, on le fera »
Parce qu’imaginez demain avoir véritablement cet aéroport… Le pape Léon XIV qui atterri sur l’aéroport de Metz-Nancy-Lorraine, c’est un miracle. Si on devait chercher un miracle, c’est celui-là. Ça veut dire que le renouveau de l’aéroport, il est là. Si on peut faire atterrir un pape sur notre aéroport, c’est que cet aéroport mérite véritablement une fréquentation. Il faudra montrer une belle photo à l’entrée de l’aéroport pour dire : « Le pape Léon a atterri ici, venez sur cet aéroport. »
Photo © Matthieu Henkinet
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- Le Tour de la Question, l’émission politique de Moselle TV présentée par Jonathan Vaucher, à retrouver les mardis à 17h.


