Ce dimanche, les supporters du FC Metz ont lancé une première action pour réclamer un changement de cap en amont de la réception du Stade Brestois. Derrière le rassemblement, une remise en cause claire de la stratégie et de l’ambition du club.
Qu’elle semble loin cette nuit du 29 mai 2025 où le FC Metz renversait le Stade de Reims sur sa pelouse lors des barrages retour (1-3), scellant une remontée et un espoir de plus dans l’Histoire du club à la croix de Lorraine. Comme un air de déjà-vu, quelques mois ont suffi pour éteindre toutes les lumières, ou presque. Les habits de fête ont disparu. Place à un noir assumé, revendiqué, devenu mot d’ordre des groupes de supporters dans un communiqué publié en début de semaine.
Dimanche, place de la République. 14h30. Le point de départ d’un rassemblement pour ce millier de supporters présents, qui ne devait rien au hasard.
« Ça fait plus de 25 ans maintenant qu’on enchaîne les descentes », soufflent Pierre Niedercorn et Graouz, responsables respectifs des sections Gruppa Metz et Horda Frénétik. « Cette année, on se dirige vers la huitième descente, la neuvième si on compte celle en National. C’est trop pour nous, on en a marre. L’objectif aujourd’hui, c’est de rassembler tous les amoureux du FC Metz autour d’un seul et même discours. »
Il n’y a pas eu un élément marquant, c’est vraiment une lassitude sur le long terme.
Graouz, responsable de la section d’ultras Horda Frénétik
Le contexte pèse bien au-delà de cet exercice. Il raconte une histoire plus longue, celle d’un club qui souhaite lutter pour s’installer durablement dans l’élite, en vain.
Plus tôt dans le week-end, la directrice générale du FC Metz, Hélène Schrub, répondait aux questions de nos confrères du Républicain Lorrain au sujet de ce rassemblement et de la situation messine. « Les supporters sont certainement déçus de la situation, du classement, ça peut se comprendre, explique-t-elle. Ce sont des ultras, ils sont passionnés et ont envie, à leur manière, de montrer leur déception (…) En tant que directrice générale, c’est ma priorité des priorités : pérenniser le FC Metz, en faire un club solide. Et ensuite, trouver les moyens des ambitions pour rester en Ligue 1, mais ce n’est pas aussi facile que ça. Jouer sa place en Ligue 1, c’est déjà un projet ambitieux. »
Un discours tourné vers une stabilité visée, mais qui ne trouve plus écho dans les tribunes. « Tout ce qui est infrastructures, tout ce qui est projets externes, c’est très bien. Maintenant, nous, ce qu’on veut, c’est un projet sportif pour maintenir le club, pérenniser le club en Ligue 1, parce qu’on a tout ce qu’il faut ici à Metz au niveau supporter, au niveau de la ville, au niveau du club, pour faire en sorte qu’il y ait un club avec un projet ambitieux ». La défaite du club à la Croix de Lorraine ce dimanche soir face au Stade Brestois (0-1) ne viendra évidemment pas arranger les choses.
Notre place, c’est de jouer le maintien en L1. On ne peut pas dire autre chose.
Hélène Schrub, directrice générale du FC Metz dans les colonnes du Républicain Lorrain
Lors de cette prise de parole le président messin, Bernard Serin, était également mentionné. Au lendemain de la montée, son discours n’est pas passé inaperçu. « L’année dernière, on obtient l’ascension, c’est génial, tout le monde fait la fête, c’est magnifique, explique Graouz. Le lendemain, dans les médias, on apprend déjà que notre président dit qu’il faut vendre pour passer la DNCG. Donc voilà, il n’y a absolument aucune ambition sportive pour maintenir le club en Ligue 1 sur plusieurs années. » Une impression persistante que la célébration n’aura été qu’une parenthèse, rapidement rattrapée par les contraintes financières. Cependant le contexte économique est une réalité : pour le FC Metz comme pour beaucoup d’autres clubs français, l’équilibre reste fragile. Sans Coupe d’Europe, chaque intersaison ressemble à un exercice d’équilibriste. Vendre pour survivre ou ajuster pour rester à flot. Mais dans les tribunes, l’argument ne suffit plus. « Ce qu’on demande clairement, c’est un changement radical au sein de la direction, notamment dans la mentalité du club », enchaîne-t-il. Le message est passé.

La direction, mais aussi les joueurs
Cette saison a fissuré davantage le lien entre tribunes et terrain. Les résultats d’abord avec une dernière place au classement, à cinq points de la position de barragiste et onze du premier non-relégable. Douze matches de Ligue 1 sans victoire désormais (deux nuls, dix défaites). Une élimination honteuse en Coupe de France face à Montpellier (0-4).
Mais au-delà des chiffres, certains épisodes ont marqué : le départ estival de Matthieu Udol loin de la grande porte, « des choses qui étaient impardonnables » en référence notamment aux « grèves de faites, des protestations, des joueurs qui ont fait des signes vindicatifs vis-à-vis des supporters ». Autant d’événements qui ont nourri cet éloignement. Les dix prochaines rencontres de championnat pourront-elles apaiser les tensions ? Rien n’est moins sûr.

Le rassemblement, « une première action pour interpeller »
Un vrai virage semble s’opérer du côté des groupes de supporters du FC Metz. Les représentants de la Gruppa Metz et de la Horda Frénétik l’assument : « On considère qu’on a assez donné en tribune et qu’on n’a rien à prouver à quiconque. » Le message est clair : il ne s’agit pas d’un événement isolé. D’autres actions devraient suivre, « peut-être sur plusieurs mois, voire plusieurs années ». Une lutte pour « que notre discours soit entendu, grâce à vous les médias, et que les gens puissent se dire qu’il y a quelque chose qui va se mettre en place ».
Un vrai virage semble s’opérer du côté des groupes de supporters du FC Metz. Le cortège de ce week-end ne devrait pas être la seule action mise en place, avec un objectif simple « arriver à nos fins. Et nos fins, c’est quoi ? C’est retrouver ce projet ambitieux au FC Metz. » expliquent les représentants de la Gruppa Metz et de la Horda Frénétik.
On considère qu’on a assez donné en tribune et qu’on n’a rien à prouver à quiconque.
Ils étaient plus de 18 000 supporters au stade ce dimanche après-midi, et ce, sans les ultras sanctionnés par la commission de discipline de la Ligue de Football professionnel. Nombreux seront également absents pour la réception du Toulouse FC, le 15 mars prochain (17h15), cette absence obligatoire n’en sera plus vraiment une ensuite. « Il y a un point de rupture. Aujourd’hui, il se matérialise par notre absence. Sur les prochains matchs, ce sera peut-être encore le cas, ou d’autres actions concrètes. » Si la fracture venait à ne pas être totale, elle reste néanmoins visible. Plus encore, elle s’organise.
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