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« Je n’avais pas vraiment la vision » : Julien Bardakoff a créé les noms des premiers Pokémon

Sur le plateau exceptionnel de Moselle TV à MetzTorii, l’adaptateur Julien Bardakoff est revenu sur sa carrière dans les jeux vidéo dont la traduction française pour Pokémon.

Depuis plusieurs années, on le reconnait principalement pour une chose : il est à l’origine de la traduction française des 251 premiers Pokémon. Traducteur, adaptateur, scénariste, Julien Bardakoff était notre invité à l’occasion de MetzTorii. Après la Sorbonne, il continue ses études au Japon puis répond à une offre d’emploi pour devenir hotliner pour Nintendo. « Je n’ai pas arrêté mes études, je continuais mais je travaillais chez Nintendo avec tous les étudiants. Je me suis dit : autant travailler dans le jeu vidéo parce que à l’époque, je suis un otaku, je n’avais aucune vie sociale, je jouais à des jeux en import et je les traduisais en même temps ».

Il passe alors un test pour faire des traductions en interne, d’abord pour des manuels de jeu (« J’ai continu car quand Pokémon est sorti, j’ai fait aussi les humains, les villages, mais aussi la notice ») puis pour Terranigma. « Ma pire traduction, je savais pas encore bien écrire… j’avais rebaptisé l’héroïne Sélina car c’était une fille que je convoitais… mais ça a pas marché. Par contre, ça a été les prémices de rebaptiser les héros », raconte Julien.

Bien qu’ayant beaucoup de liberté sur la traduction et l’adaptation, Julien rappelle les difficultés. « C’est un métier de compromis, nous on est 20% plus long que l’anglais. Donc tu ne peux pas avoir tout ce que disent les gens en anglais, des fois il faut trouver des résumés. Il faut trouver la meilleure formulation pour que ça rentre à l’image, et que ça rentre dans le jeu du comédien ». Sur Pokémon, « personne n’allait relire derrière moi. Il y avait juste un contrôle sur les noms des héros, certains lieux ». La difficulté, c’était aussi l’affichage.

Les noms des Pokémon ne pouvaient pas dépasser 10 caractères, les attaques 12. « Par exemple, j’ai du transformer GYM en ARN. Je n’ai pas mis ARE, mais ARN pour que les gens lisent Arène ». Sa traduction était au feeling, tout en essayant de mettre de nombreuses références, « à mes potes, à ce que j’aimais, comme avec le jeu de rôle, je jouais beaucoup à Donjons & Dragons, Magic… c’est pour ça qu’on retrouve Grolem dans Pokémon, il y avait aussi des influences à des mythes et légendes grecques ».

Pour d’autres, c’était plus simple : « Juste, ça me faisait marrer, des fois aussi, il fallait que ça passe parce que ça prenait beaucoup de temps de faire des allers-retours avec le Japon… En réalité, je n’avais pas de vision précise. J’ai prêté beaucoup d’importance aux personnages des starters, comme mon Tortank que j’ai niveau 99, mais pour le reste je ne savais pas si ça allait marcher. Et pour Canarticho c’est l’inverse, je me suis dit que c’était le dernier à faire valider par les Japonais, j’ai mis une erreur, ça serait bien qu’il devienne le chouchou ». Mais Rondoudou et Psykokwak restent ses préférés.

Aujourd’hui indépendant, il collabore régulièrement avec le mastodonte français Ubisoft, et se dit « très fier » de ses adaptations pour la série Rayman et les Lapins Crétins où il est directeur artistique pour le doublage. « Mais on me parle quand même plus de Pokémon. Mais je ne tire pas la couverture : ma traduction est connue parce que le jeu est dingue, j’ai fait des traductions bien mieux et tout le monde s’en fout car le jeu est naze ». Seul point de désaccord avec le monde Pokémon actuel, le business autour du jeu, « je ne suis pas pour. Avant avec les cartes rares sur Magic, on jouait avec, on s’en foutait de les vendre sur ebay ». Récemment, une carte s’est vendue pour plus de 16,5 millions de dollars.

Jonathan Vaucher
Jonathan Vaucher
Journaliste référent politique / Présentateur

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