Menaces, insultes, violences… La caméra devient le nouvel outil pour protéger les arbitres

Face aux violences envers les arbitres, la Fédération française de football expérimente les caméras embarquées. En Moselle, deux caméras circulent chaque week-end sur les terrains.

Il y a un peu plus d’un an, Frédéric était menacé de mort lors d’un match de football. Ce samedi soir, cet arbitre régional s’apprête à officier le match opposant la RS Magny et la réserve de l’APM Metz, en Régional 2, avec un dispositif particulier : une caméra embarquée. Non pas pour immortaliser les plus belles actions du match, mais pour lutter contre les violences sur le terrain. Pour l’arbitre central, ce dispositif aurait pu faire la différence lors de cette rencontre où il avait été menacé. « Je pense que la caméra aurait pu servir, dans le sens où ma parole n’aurait pas été remise en doute. Il y aurait eu les images et les paroles des personnes concernées. »

Concrètement, le dispositif est activé par l’arbitre lorsqu’il se sent menacé ou qu’un incident survient. Olivier Filippini, délégué principal de match, en explique le fonctionnement. « Quand l’arbitre se sent menacé ou qu’il se passe quelque chose d’extraordinaire, il appuie sur un bouton. La caméra s’enclenche, une lumière rouge s’allume et l’enregistrement est rétroactif sur les 30 secondes précédentes. »

Des dispositifs pour que les arbitres se sentent en sécurité

Leur simple présence suffit parfois à dissuader les comportements violents et à responsabiliser les joueurs. Pour Michael Hervé, milieu de terrain de l’APM Metz, la compétition peut parfois faire dépasser certaines limites. « On veut gagner, on sait qu’on a l’esprit compétitif, donc parfois, des mots sortent. Ce n’est pas ce qu’on aurait voulu. » Depuis peu, il y a une nouveauté : « Depuis cette saison, le capitaine a le droit de communiquer avec les arbitres, donc c’est à moi de faire en sorte que mes coéquipiers ne viennent pas embêter l’arbitre pendant le match. Il y a des matchs où parfois c’est un peu plus compliqué que d’autres. » explique Anthony Mathieu, milieu de terrain et capitaine de la RS Magny.

Pour faire retomber la pression, l’arbitre dispose de plusieurs outils. Vous connaissez les cartons jaunes et rouges, mais il existe aussi le carton blanc, permettant notamment d’exclure temporairement un joueur pour calmer les tensions. Et lorsque celle-ci gagne l’ensemble du terrain, une pause d’apaisement peut également être déclenchée. Les deux équipes sont alors séparées dans leur surface de réparation le temps que les esprits se calment.

Pour Alexandre Luthardt, entraîneur de la RS Magny, la prévention passe aussi par l’éducation des éducateurs et des encadrants auprès des joueurs. « C’est un discours qu’il faut répéter régulièrement aux joueurs, mais aussi à nous, les coachs. Quand un joueur peut vriller un petit peu, c’est à nous de rectifier et de stopper tout de suite. » Sébastien Reymond, entraîneur de la réserve de l’APM Metz, mets en avant l’importance de la présence des Hommes en noir « Aujourd’hui, deux équipes ne peuvent pas s’opposer s’il n’y a pas d’arbitre. Il fait partie intégrante du jeu. Comme tout joueur, il peut faire une petite erreur technique, sur un placement ou une décision. »

Une baisse de 25 % du ressenti négatif des arbitres

Sur un terrain de football, il y a les arbitres, les entraîneurs, les joueurs, mais aussi les supporters, capables de décrier certains coups de sifflet. Sur le bord du terrain, les supporters ont eux aussi un rôle à jouer dans le respect des arbitres. Pour l’un d’eux, leur présence est indispensable au bon déroulement d’une rencontre « C’est frustrant, mais je pense qu’on peut comprendre. Lui est vraiment au cœur de l’action, alors que nous, on a davantage de recul.» Un autre supporter l’avoue « En tant que spectateur, on a tendance à soutenir notre équipe et à penser que les décisions de l’arbitre ne sont pas du bon côté. » Une supportrice reconnaît que les décisions arbitrales peuvent susciter de la frustration « Ils ont le droit de se tromper, ça arrive, l’erreur est humaine. Il faut juste le reconnaître après et essayer de calmer le jeu sur le terrain. »

Expérimentée dans plusieurs régions de France depuis juin 2025, la Fédération française de football en tire un premier bilan positif. Philippe Diallo, président de la Fédération française de football, évoque notamment une amélioration du ressenti des arbitres et l’utilité des images en cas d’incident. « Dans les territoires où ces caméras embarquées ont été mises en place, on a constaté une baisse de 25 % du ressenti négatif des arbitres. Et puis, pour ceux qui franchissent la ligne jaune, la caméra permet aussi d’avoir des images et donc des éléments de preuve devant nos commissions de discipline, voire devant la justice. »

Au sein de la Ligue du Grand Est de football, neuf caméras circulent chaque week-end sur les terrains, à tous les niveaux de compétition. Deux d’entre elles sont déployées en Moselle.

Toute l’actualité du département de la Moselle et les résultats des clubs et des athlètes à suivre en direct sur Moselle TV le lundi à partir de 18H00.

Mattéo Philipp
Mattéo Philipp
Journaliste Reporter d'images

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