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« On n’y arrive plus » : pourquoi les routiers du Grand Est s’opposent aux nouvelles taxes ?

À Metz et Strasbourg, les transporteurs routiers se mobilisent contre deux nouvelles taxes prévues en 2027 dans le Grand Est. Ils redoutent une hausse de leurs charges et une perte de compétitivité face aux entreprises des autres régions.

Dernier accrochage de banderoles pour Philippe et ses collègues. Il est 7h, lorsque ces gérants d’entreprises de transport prennent la route pour manifester à Metz, en direction de la Maison de la Région Grand Est. En cause, la mise en place de deux nouvelles taxes en 2027 dans le Grand Est. Le R-Pass en Alsace dès le 1er janvier et l’ECPL dans l’ensemble de la région à partir du 1er avril. Concrètement, ces dispositifs prévoient une taxation au kilomètre pour les poids lourds transportant des marchandises sur certains axes routiers.

Philippe Da Soler, gérant des Transports portant son nom, dénonce une charge supplémentaire pour les entreprises locales « On est quasiment en permanence sur ces routes-là. Donc, on va payer, nous, chaque fois qu’on sort un camion et qu’on fait un kilomètre. On nous dit qu’il faut travailler avec des circuits courts, et d’un autre côté, sur ces circuits courts, avec des sociétés qui sont des sociétés locales, on leur met des taxes supplémentaires que les autres n’auront pas. »

Par exemple, avec ces deux systèmes, un aller-retour entre Strasbourg et Paris coûterait 180 euros supplémentaires par camion. Un surcoût important pour Philippe Da Soler, qui gère une flotte de 70 conducteurs, parcourant chacun 120 000 km par an. Le gérant des Transports Da Soler déplore ainsi une différence de traitement avec les entreprises situées dans les autres régions. « On va payer des taxes qu’ailleurs en France, on ne payera pas. »

Carburant, taxes, réparations : les transporteurs du Grand Est face à la hausse des coûts

Une charge supplémentaire pour des entreprises déjà fragilisées, notamment par la hausse du prix du carburant. Pour un camion, un plein permet de parcourir environ 1 500 km, soit un coût total de 500 euros. Le carburant représente ainsi plus de 25 % du chiffre d’affaires dans plusieurs entreprises. Jean-Charles Hilbold, gérant des Transports Bouché, explique les difficultés rencontrées pour contenir les dépenses des transporteurs routiers. « On doit trouver des solutions pour baisser nos coûts. Sauf qu’aujourd’hui, on n’arrive pas à baisser les coûts puisque tout augmente. » Sophie Out, gérante des Transports Out, pointe elle aussi la hausse généralisée des charges « Le prix des tracteurs augmente. Il a explosé en cinq ans, après le Covid. Les remorques, ça augmente. Les réparations dans les garages, tout augmente. Les assurances, donc nous, on n’y arrive plus. » Pour Franck Leroy, président de la région Grand Est : « On peut les accompagner financièrement, c’est prévu dans le dispositif. On peut aussi les accompagner dans la mutation vers l’électrique. Pourquoi ? Parce que ce qui les plombe aujourd’hui, c’est le prix du carburant ».

En 2025, un tiers des entreprises des transporteurs routiers de marchandises étaient déficitaires. Quant à celles qui restent rentables, leurs marges se chiffrent à 1 % en moyenne. Florence Berthelot, déléguée générale de la Fédération Nationale des Transports Routiers, estime que ces dispositifs risquent de pénaliser la compétitivité des entreprises du Grand Est. « C’est un fractionnement fiscal du territoire, puisque, aujourd’hui, leur compétitivité va être handicapée. Peut-être que demain, une entreprise qui voudrait s’établir dans le Grand Est va se dire qu’à cause des coûts, elle va s’établir ailleurs parce que ça va coûter moins cher. »

Pour la région Grand Est, l’objectif est de réduire le trafic routier, limiter les nuisances et la pollution et financer la modernisation des infrastructures routières du réseau routier national : « On a deux grands corridors dans notre région, le corridor Rhenan et le corridor Lorrain, le Sillon Lorrain. Aujourd’hui, tous les trafics qui viennent du nord de l’Europe et qui descendent vers le sud passent par ces deux corridors. Pourquoi ? Parce que ce sont deux corridors gratuits pour les trafics internationaux. Mais quand demain nous aurons plus de fluidité sur les axes, quand demain les chargements ne seront pas volés sur certaines aires de repos, ça changera aussi la vie des entrepreneurs de transport. » explique Franck Leroy, président de la région Grand Est.

Selon la région, un levier d’investissement d’un milliard d’euros d’ici 2035 pourra être dégagé, soit environ 100 millions d’euros par an, financé jusqu’à 80% par des routiers étrangers.

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Mattéo Philipp
Mattéo Philipp
Journaliste Reporter d'images

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