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Mobilisation lycéenne : « Il y a eu une étincelle sur un mécontentement déjà latent »

Quel regard portent les enseignants sur la mobilisation lycéenne ? Invité de Moselle Info, Jacques Valentin, secrétaire départemental du SNES-FSU, revient sur leurs revendications. Manque d’enseignants, classes surchargées, personnels médico-sociaux insuffisants ou encore Parcoursup : pour le syndicaliste, ces difficultés traduisent une dégradation du service public d’éducation et expliquent la mobilisation actuelle.

Les revendications des lycéens rejoignent-elles celles des enseignants ?

Jacques Valentin, secrétaire départemental du SNES-FSU : « Bien sûr. En tant qu’enseignants, nous comprenons leurs revendications parce qu’elles correspondent aux problèmes que nous vivons quotidiennement et que nous dénonçons depuis plusieurs années avec l’ensemble des organisations syndicales. Il y a un chiffre important à retenir : pour retrouver le taux d’encadrement de 2006 dans le second degré, il faudrait créer aujourd’hui 40 000 postes d’enseignants. Depuis 2017, plus de 10 000 postes à temps plein ont été supprimés dans le second degré, alors que le nombre d’élèves a augmenté.

On mesure donc la dégradation du service public d’éducation ces vingt dernières années, qui s’est encore accélérée depuis 2017. Ce mouvement lycéen n’est donc pas surprenant. Pour ces revendications, nous sommes évidemment du côté des lycéens, parce que nous partageons le même quotidien et les mêmes difficultés. »

Ces revendications existent depuis longtemps. Qu’est-ce qui a déclenché la mobilisation ?

« Il y a eu quelques annonces malheureuses du gouvernement, notamment sur l’augmentation des frais d’inscription pour les classes préparatoires et les BTS. Je pense que cela a créé une étincelle, sur un mécontentement qui était déjà latent. Les lycées ont été désorganisés depuis 2018, avec la réforme Blanquer, qui a sacrifié l’idée d’une école des savoirs au profit d’une école où la sélection et le tri, notamment avec Parcoursup, ont pris le dessus. Cela crée dans les établissements un climat vraiment anxiogène.

Parcoursup est l’articulation de toute cette réforme. Cette réforme avait été combattue à l’époque par les organisations syndicales et elle a encore dégradé les conditions d’enseignement dans les lycées, avec cette compression des effectifs. »

Concrètement, qu’est-ce que cela change pour un lycéen lorsqu’un enseignant n’est pas remplacé ou qu’une classe est trop chargée ?

« Une classe trop chargée dégrade évidemment les conditions d’enseignement. Au SNES-FSU, nous revendiquons 24 élèves par classe dans les lycées. Il y a des établissements où l’on fait parfois cours à 35 ou 36 élèves. Cela signifie une attention moindre portée aux élèves, une charge de travail supplémentaire et une ambiance de travail différente.

Mais il n’y a pas seulement un manque d’enseignants. Au lycée de la Communication à Metz, par exemple, il n’y a ni infirmière ni assistante sociale. Les équipes sont donc incomplètes. Les personnels d’éducation, de surveillance et les personnels médico-sociaux sont également en nombre insuffisant pour traiter toutes les problématiques des adolescents, qu’elles soient scolaires ou extrascolaires. »

« Nous sommes dans une posture de soutien et d’accompagnement »

Jusqu’où les enseignants doivent-ils aller dans leur soutien aux lycéens ? Encouragez-vous les enseignants à participer à la mobilisation ?

« J’encourage les enseignants à faire valoir leurs propres revendications. Pour ce qui est du mouvement des lycéens, il n’y a aucune volonté de récupérer le mouvement de la part des syndicats enseignants. C’est le mouvement des lycéens. Nous sommes dans une posture de soutien et d’accompagnement.

Nous avons vu des scènes extrêmement regrettables de violences et d’affrontements. Cela dessert les revendications. Nous avons également condamné les violences policières. Le premier réflexe d’un enseignant, c’est de vouloir protéger ses élèves. Au lycée Cormontaigne, par exemple, des professeurs sont descendus pour former une chaîne humaine afin de s’interposer entre les lycéens et la police.

Nous appelons vraiment à ce que les choses se passent de la meilleure manière possible, de façon pacifiée. Comme cela s’est passé lors de la manifestation qui a rassemblé des milliers de lycéens dans les rues de Metz mardi, sans incident. Les forces de l’ordre étaient en retrait, en sécurisation. Il n’y a pas eu cette montée de tension qui a pu avoir lieu devant certains établissements. Les revendications ont pu être entendues. »

Y a-t-il des représentants lycéens avec lesquels les syndicats enseignants peuvent échanger ?

« Le mouvement a été largement spontané. Il a surpris par ce caractère spontané et par le fait qu’il n’y avait pas d’interlocuteur clairement identifié. Selon les endroits, les choses se sont donc passées de manière assez différente. En Moselle, nous n’avons pas eu d’interlocuteur ni d’organisations particulièrement structurées. En revanche, un dialogue s’est instauré dans les établissements entre les élèves grévistes et le personnel enseignant. Il a parfois été extrêmement constructif.

Il y a donc encore un dialogue à construire. Quand on parle des lycéens, on parle de jeunes de 15, 16 ou 17 ans, qui sont encore des individus en construction. Le premier réflexe du professeur face à cela, c’est aussi de penser en éducateur. »

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Jean MILON
Jean MILON
Rédacteur en chef adjoint de MoselleTV. Présentateur de MoselleInfo.

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