Alors que s’achève le 50e anniversaire de la catastrophe du puits Vouters (Freyming-Merlebach), les familles des victimes sont encore emprunts de vives émotions… retour sur ce drame collectif, dans Le Mag’ de la Rédaction.
Ils s’appelaient André, Mohamed, Dante ou encore Siegfried. Un ingénieur, deux porions de quartier, treize ouvriers-mineurs, piégés pour toujours, ensevelis sous des tonnes de charbon à Freyming-Merlebach. Voilà le lourd bilan après l’explosion survenue à 1036m sous terre le 30 septembre 1976. Un drame collectif au puits Vouters qui ne cesse de hanter les mémoires des familles endeuillées, même 50 ans après.
C’est, en tout cas, le sentiment prédominant dans les témoignages recueillis dans la foule, présente pour le 50e anniversaire de la catastrophe. Près de trois cents personnes ont participé à la messe, puis à la cérémonie en hommage aux victimes et aux familles touchées, cérémonie organisée depuis la fin des années 90 par la Fédération des Mineurs de France-Sarre Luxembourg.
Puits Vouters : un drame qui a marqué toute une région
Ce jour-là, un incendie provoque une accumulation de gaz avant qu’une détonation ne retentisse au fond de la mine. À ce moment-là, seize hommes sécurisent la zone. Une énième mesure, arrivée trop tard, emprisonnant pour toujours les corps sous terre. C’est d’ailleurs pour cette raison que le deuil fut difficile pour les trente-deux orphelins et seize familles endeuillés. « La blessure est toujours ouverte, même 50 ans après, on a toujours ces souvenirs en mémoire », témoigne le fils d’une des victimes, âgé de 11 ans au moment du drame. « Ils n’ont pas pu remonter les corps, c’est encore dur aujourd’hui », raconte Josette Mottl, veuve d’André Mottl, décédé le 30 septembre 1976.
André Mottl m’a sauvé la vie alors que j’étais au fond, comme lui, ce jour-là. Je suis là aujourd’hui auprès de mes copains disparus.
André Meditz – Ancien ouvrier-mineur
Pour les anciens présents ce jour-là, ou appelés dans les jours suivants, les souvenirs sont encore intacts. Certains racontent avoir vu les fumées noires s’échapper du puits Vouters, alors qu’ils rentraient du lycée. D’autres ont participé aux opérations de sécurisation directement au fond de la mine. Les sauveteurs ont notamment dû construire des barrages pour couper les arrivées d’air et tenter d’étouffer l’incendie. « On était réquisitionnés. Enfin, non, on était volontaires surtout ; on ne se posait pas de questions, on y allait », raconte l’un d’eux à propos des interventions menées au fond, à quelques veines de leurs camarades disparus. « À chaque mètre remonté, on avait une pensée émue pour nos camarades. On s’éloignait d’eux et on savait qu’on ne les reverrait plus jamais », se souvient Daniel Voriot, ancien ingénieur essais au puits Vouters.
Une mémoire qui dépasse les familles des victimes
Au fil des décennies, la catastrophe de Vouters est devenue un élément de la mémoire collective du bassin houiller. Même ceux qui n’étaient pas directement concernés ont été touchés par le drame, dans un territoire où les générations se sont succédé dans les mines. « C’est une culture minière. On a été touchés, même si on n’a pas été concernés directement », résume un ancien mineur. Cette solidarité constituait également une composante essentielle du travail au fond : « On était au fond aussi pour tous ceux qui dépendaient de nous ».
Pour ce 50e anniversaire, la mobilisation a été particulièrement importante, alors que les organisateurs avaient initialement anticipé une affluence bien plus limitée. Les familles ont également souhaité maintenir ces rendez-vous annuels après la fermeture des Houillères. Pour les proches, continuer à parler de la catastrophe constitue une manière de faire revivre la mémoire des seize disparus. « C’est honorer leur mémoire, ne pas les oublier », explique l’une des participantes, estimant que les témoignages permettent de « les faire revivre » à travers les générations.
Mémoires préservées, patrimoine sauvé !
Se pose aussi la question de l’avenir du site. Les chevalements ont disparu et l’activité minière appartient désormais au passé, mais plusieurs bâtiments témoignent encore de cette histoire. La ville de Freyming-Merlebach prévoit notamment d’aménager une salle des fêtes dans les anciens locaux des douches, en conservant les caractéristiques architecturales du site. « Il faut garder l’âme de ce bâtiment », souligne le maire Marc Friedrich, évoquant notamment les voûtes, les structures métalliques et la brique rouge.
Alors que les anciens mineurs et les bénévoles chargés des commémorations sont de moins en moins nombreux, la question de la transmission est aussi dans toutes les têtes. « Il y a de moins en moins de mineurs, de moins en moins de bénévoles », constate Patrick Neu, président de la fédération des mineurs de France. Pour autant, les commémorations continuent, portées par ceux qui souhaitent transmettre cette histoire aux générations futures. Cinquante ans après l’explosion, le site du puits Vouters rappelle ainsi le lourd tribut payé par les travailleurs du fond et l’importance d’un patrimoine qui a profondément façonné les villes, les familles et la culture du bassin houiller.


