Olivier Krumbholz : l’Euro dans le viseur

À la veille du départ de l’équipe de France vers Skopje en Macédoine pour l’Euro 2022, Olivier Krumbholz a ouvert les portes de la Maison du Handball à l’équipe de Dragonnes Mag pour une interview.

Avant d’évoquer le destin de l’équipe de France à l’Euro, revenons sur le bilan de début de saison de Metz Handball.
C’est un bon début. Cette équipe n’a jamais vraiment été inquiétée en championnat de France, même si les gros matchs ne sont pas encore arrivés. Et puis un parcours brillant en Champions League. Ce qui serait bien c’est que Metz Handball prenne une des deux premières places. On ne va pas se mentir il y a un déséquilibre entre les deux poules et Metz est dans celle qui est la plus abordable. Cela signifie que toutes les équipes seront en danger lorsqu’elles iront en barrage. Si Metz peut finir premier ou deuxième cela éviterait cette échéance. C’est bien parti mais il y a trois candidats pour deux places.

Revenons également sur la forme de Chloé Valentini qui a encore hissé son niveau de jeu cette saison.
Elle est en forme, avec nous elle a joué 4 matchs et n’a pas loupé un seul tir. Elle est en grande forme, en pleine confiance, joyeuse. Elle est en pleine possession de ses moyens et pour le handball elle est dans une période exceptionnelle. Aujourd’hui elle a gagné la place de numéro 1 alors que c’est un poste très riche en France et que Coralie Lassource est aussi une ailière solide. Chloé a vraiment du tallent.

L’Euro que vous vous apprêtez à vivre se déroulera en Novembre et non pas en Décembre comme c’est le cas habituellement. Est ce que ça a changé votre approche ?
Au niveau de la préparation collective, non. En revanche on s’interroge sur le niveau de celles qui n’ont pas encore fait de coupe d’Europe ou la Champions League. On a la sensation que le début de Champions League a préparé les athlètes au contexte international alors que pour celles qui ne l’ont pas disputé sont en déficit de ces matchs là. Mais au travers des matchs de préparation elles rattrapent le retard avec une dynamique de travail positive parce qu’elles savent qu’elles ont ce petit désavantage à compenser. On les voit progresser à l’entrainement.

La France est elle l’équipe à abattre ?
Pas du tout. L’équipe de France n’est pas favorite parce qu’elle est handicapée de plusieurs absences alors que la Norvège s’annonce au complet. Nous allons mobiliser toutes les forces pour aller en demi-finale et pouvoir se battre pour faire mieux. Mais le vrai favori est la Norvège, avec une équipe complète, la joueuse qui progresse le mieux en la personne de Henny Reistad, une base arrière de folie… et il faudra les battre si on les rencontre ou les éviter le plus longtemps possible.

Est-ce qu’à travers cette compétition il y a la volonté de préparer les Jeux Olympiques ou bien êtes vous concentrés sur le court terme ?
Il y a un peu de tout. L’équipe de France doit se fixer l’objectif de demi-finale, c’est important pour le handball Français puisque cela enclenche beaucoup de choses, des diffusions en clair, une machine médiatique… Et la fédération a besoin de ça. On va mobiliser toutes les forces pour cet objectif.
Mais forcément les JO sont un peu au dessus de toutes les compétitions, et pouvoir les jouer à Paris c’est beaucoup au dessus. Mais il ne faut pas négliger les compétitions à venir. Faire de bons résultats avant les jeux c’est important pour marquer les esprits et progresser. Si on est en échec on travaillera encore plus et si on est en réussite cela constituera un capital confiance.

Quelques mots sur vos adversaires de phase de poule ?
En Macédoine, il faut battre l’équipe et le public. L’ambiance y est souvent terrible avec beaucoup de supporters. C’est chaud, avec des sifflets quand on a la balle et de la pression sur les arbitres. Mais ça fait partie de la vie d’une équipe. À nous d’affirmer nos armes et de mettre un rythme qu’ils ne pourront pas suivre. En battant la Macédoine on serait déjà quasiment sûrs d’aller au deuxième tour et plein d’humilité nous avons la volonté d’avancer pas à pas.
La Roumanie est surement moins complète que la Hollande qui fait de bons résultats. Mais il y a un tandem avec un pivot de grand gabarit et la meilleure tireuse du monde qui est Neagu. Cela va nous occuper d’autant plus qu’elles sont accompagnées de très bonnes joueuses.
La Hollande joue bien, marque énormément de buts et il faudra la meilleure défense Française pour leur poser des problèmes et réfléchir au niveau tactique. C’est une équipe qui est extraordinaire quand elle domine mais qui se déstructure souvent quand il y a du moins bien.

La France souffre d’absences, notamment de Laura Glauser et Méline Nocandy…
Oui ce sont de mauvaises nouvelles. J’ai toujours dit que Laura avait un rôle à jouer dans la dynamique de 2024. Méline s’affirme et progresse depuis de nombreux mois et dispose d’un capital but important. Cette situation peut nous mettre en danger si on doit sur-solliciter Grâce Zaadi et il faudra que d’autres joueuses prennent le relai.

Il y a Lena Grandveau, mais aussi la messine Tamara Horacek.
Oui, elle est clairement dans une fenêtre de tir. Elle aura du temps de jeu et des responsabilités et ce ne sera pas remis en cause même si elle fait des performances en demi-teinte. J’ai bien l’intention de l’utiliser du début jusqu’à la fin de la compétition comme joueuse majeure de l’équipe. C’est le bon moment pour elle. Elle a souvent vécu des compétitions difficiles ou elle n’avait pas un rôle clé mais maintenant la porte s’ouvre et elle va pouvoir montrer ce qu’elle sait faire.

Est ce que le facteur X sera le poste de gardienne ? Il n’y a pas si longtemps il y avait Cléopatre Darleux, Laura Glauser et Amandine Leynaud… Il ne reste plus que Cléopatre Darleux et deux jeunes : Floriane André et Camille Depuiset.
Oui, c’est vrai que l’on a plus la richesse que l’on avait il y a quelques temps. Mais les jeunes ont des qualités. Floriane André a été très très bonne contre la Pologne. Camille Depuiset apprend le métier et on a confiance dans le travail qui est fait. Maintenant charge à nous de bien les protéger, c’est un tandem la défense et le gardien de but. Souvent si un gardien n’est pas bon c’est que la défense ne l’aide pas assez.

Justement, le choix de Camille Depuiset a été une évidence ?
On ne peut pas dire ça, maintenant elle a fait partie de l’équipe de France Junior qui avait gagné la coupe d’Europe, elle est très ambitieuse, avance, progresse et qui était bonne la saison dernière à Bourg-de-Péage. Elle a l’opportunité de se montrer lors d’un évènement important et par la suite la concurrence s’exercera. Catherine Gabriel fait de bons matchs en Hongrie, Hatadou Sako va être au bout de sa période ou elle ne pouvait pas être sélectionnée. Elle jouait pour le Sénégal par le passé et il fallait respecter trois ans. De fait elle est candidate dans les mois à venir.

Voir une autre gardienne messine est donc une possibilité ?
Oui, en fonction des performance on essaiera. Il y a une forte probabilité pour qu’on la fasse venir pour voir comment elle s’intègre en équipe de France et ce qu’elle est capable de faire avec nous.

Sarah Bouktit avait aussi été testée il y a quelques mois, est ce que vous avez hésité à la prendre dans la perspective des jeux ?
Hésité ? Non. Sarah a des qualités certaines, elle fait de bonnes choses, mais on attend plus. Le contexte international est impitoyable avec un match tous les deux jours alors qu’en club vous êtes sur un rythme d’un match tous les trois ou quatre jours. Elle doit améliorer sa condition physique générale. C’est un privilège d’être en équipe de France. Un privilège que l’on acquiert au travers d’efforts.

Ce sera votre dernier Euro, comment est ce que vous le vivez ?
Pour moi l’important est de partager mon expérience et aider les filles à performer, développer l’autonomie et ne pas être omniprésent. J’essaie d’apporter du plus dans le domaine tactique mais ce sont les joueuses qui gagnent les matchs et dans le bruit le coach n’a pas un rôle essentiel. En revanche c’est en amont que l’ont fait le nécessaire pour développer un jeu et pouvoir s’appuyer sur les leaders quand tout est en place.

Vous avez touché le graal aux JO de Tokyo, est ce que vous pensez à 2024 tous les jours en vous rasant ?
Oui, tous les jours. Les JO de Paris c’est quelque chose d’exceptionnel. Il y a une énorme pression sur le sport français et le handball n’a pas l’habitude de décevoir. Dans les pronostics, tous le monde avait une croix dans la colonne « OR » pour le hand masculin comme féminin. Ça va être une joie extraordinaire de jouer à Paris puis à Lille au stade Pierre Mauroy et d’y être soutenus. On s’y prépare avec sérénité et envie, sans négliger ce qui doit se passer avant.

Matthieu Henkinet
Matthieu Henkinethttps://www.moselle.tv
Chargé de communication de Moselle TV Présentateur de l'émission Moselle Sport et chroniqueur dans l'émission Dragonnes Mag.

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