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« Les commerçants ont peur, ils attendent des réponses » : à Metz, l’inquiétude avant une nouvelle manifestation

Après les violences du 17 octobre, les commerçants messins redoutent de nouveaux débordements lors de la manifestation prévue ce samedi 24 octobre. Claire Azgrar et Jean-Philippe Rugiero, co-présidents des Vitrines de Metz et invités de Moselle Info, témoignent de l’angoisse des professionnels, inquiets pour leur sécurité et pour l’activité du centre-ville à l’approche des fêtes de Noël.

Dans quel état d’esprit sont les commerçants messins avant cette nouvelle manifestation ?

Claire Azgrar, co-présidente des Vitrines de Metz : « Les commerçants sont forcément très angoissés face à la situation. Ils sont aussi en colère, notamment parce que nous avons déjà vécu des situations similaires par le passé. Mais aujourd’hui, c’est surtout la peur qui domine. »

Qu’est-ce qui revient le plus souvent dans vos échanges avec les commerçants ?

« La peur revient systématiquement, y compris concernant les clients et les salariés. Les commerçants attendent aussi beaucoup des décisions qui vont être prises. »

Quel bilan tirez-vous des violences du 17 octobre à Metz ?

Jean-Philippe Rugiero, co-président des Vitrines de Metz : « Nous avons eu la chance d’être relativement épargnés en matière de dégradations. Il y a eu peu de commerces touchés, même si deux établissements importants ont été pillés. Contrairement à d’autres villes comme Nancy, où les dégâts ont été beaucoup plus importants, nous avons évité le pire. Mais le bilan financier est difficile à chiffrer et ce n’est pas à nous de le faire. Nous parlons surtout du bilan humain. Des commerçants sont terrorisés et ont peur. Il y a aussi un impact considérable sur l’avenir : les clients risquent de ne plus venir en centre-ville le samedi. »

La fréquentation du centre-ville en question à l’approche de Noël

La baisse de fréquentation le samedi est-elle votre principale inquiétude ?

« Oui, parce que les samedis sont les journées où les commerces ont le plus fort potentiel de chiffre d’affaires. Si les clients ne viennent plus en centre-ville, les conséquences peuvent être dramatiques, notamment à l’approche des fêtes de Noël. Il faut aussi rappeler que les commerçants indépendants sont déjà dans une situation difficile. Selon les chiffres que nous avançons, 30 % des commerçants indépendants gagnent moins que le SMIC et 20 % vivent sous le seuil de pauvreté. On touche à notre travail, à notre activité, à nos revenus et à nos salaires. En France, chacun a le droit de manifester, mais nous avons aussi le droit de travailler et de subvenir à nos besoins. C’est un point essentiel. »

Certains commerçants envisagent-ils de ne pas ouvrir ce samedi ?

« Les commerçants indépendants ne veulent pas fermer leurs boutiques, mais ils veulent pouvoir se protéger. Certains établissements risquent davantage d’être visés que d’autres et vont donc prendre un maximum de précautions. Des consignes ont été données dans certaines entreprises : si la situation dégénère, les salariés doivent fermer la boutique et partir. La sécurité des personnes passe avant tout. Il ne faut pas risquer sa vie. La violence est vraiment impressionnante lorsqu’on la vit directement. »

Vous avez vous-même vécu ces tensions avec vos salariés…

« Je suis moi-même indépendant et je possède une librairie-bouquinerie. Ce jour-là, mes salariés m’ont appelé vers 16 heures, dans un état de stress très important. Ils m’envoyaient des vidéos montrant des pavés qui volaient devant les vitrines, tandis que des clients se réfugiaient au fond du magasin. J’ai rapidement demandé à tout le monde de fermer et de se mettre à l’abri. Le plus important, c’est de protéger les personnes. »

Un soutien psychologique plutôt que financier dans l’immédiat

Quelles aides peuvent être proposées aux commerces touchés ?

« Pour l’instant, les aides financières sont très compliquées à mettre en place, notamment en raison des questions d’assurance. Dans un premier temps, nous pouvons surtout apporter du soutien. Le lundi matin suivant les violences, nous avons passé près de six heures en réunion à la mairie de Metz. La Ville nous accompagne beaucoup. Nous avons également le soutien de la CCI et des Vitrines de Metz.

Nous avons ensuite organisé en urgence une réunion à la CCI, le mardi matin, avec les commerçants et les présidents d’associations. L’objectif était de leur permettre de s’exprimer, de partager leurs difficultés et de leur donner des conseils sur les démarches à suivre. La CCI a mis à notre disposition ses moyens, notamment des cellules psychologiques et des numéros d’aide. Pour le moment, c’est davantage cet accompagnement psychologique que nous pouvons apporter, plutôt qu’une aide financière. »

Qu’attendez-vous concrètement de la préfecture pour ce samedi ?

Claire Azgrar : « Les commerçants attendent de vraies réponses. Nous avons besoin de savoir ce qui va être mis en place pour assurer la sécurité de tous. La question est notamment de savoir s’il est possible d’interdire ces manifestations, puisqu’il existe un danger pour tout le monde. La préfecture dispose de pouvoirs pour agir. Nous attendons donc beaucoup des décisions qui seront prises. »

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Jean MILON
Jean MILON
Rédacteur en chef adjoint de MoselleTV. Présentateur de MoselleInfo.

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