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La rupture entre Mertz et Roques s’est jouée dans la nuit de dimanche

La rupture entre les socialistes de Mertz et la liste de Jérémy Roques va-t-elle unir ou au contraire fragiliser un peu plus la gauche pour le second tour à Metz ?

« Décevant », « pathétique », « une trahison » : les mots sont durs dans la base militante de Jérémy Roques, au lendemain du premier tour. Quelques heures après la confirmation du maintien de la liste de Bertrand Mertz (PS) dimanche prochain, le candidat des Verts a lui signé son alliance avec Charlotte Leduc (LFI). Pour certains, une union contre-nature, mais pour le leader de l’opposition actuelle à Metz, qui avait durant toute la campagne laissé penser qu’un rapprochement avec les Insoumis était plus probable qu’avec les socialistes (ce qui avait conduit Xavier Bouvet à préférer Mertz), c’est « une responsabilité politique qui dépasse les blocages » et le « choix de l’union », appelé par les trois listes pendant un an. Un responsable politique de droite nous résumait en coulisses en début d’année : « la gauche à Metz sera fracturée entre ceux qui soutiennent les extrêmes et ceux qui soutiennent le centre macroniste »… Retour sur ces dernières 48 heures.

Dès le soir du premier tour, les visages sont fermés lors de notre direct à la Préfecture mais les mains restent tendues. Les discussions pour une union sont à nouveau engagées, comme tous les candidats l’évoquaient depuis de long mois. Il y a quelques jours encore, Charlotte Leduc, Jérémy Roques ou Bertrand Mertz nous avaient confirmé, en marge du débat politique de Moselle TV, qu’une liste unique derrière « le parti arrivé en tête » était possible. Confirmant des informations que nous avions dans la nuit, Bertrand Mertz explique lundi matin avoir tenté de nouer un accord avec Jérémy Roques.

Le torchon brûle entre Mertz et Roques

Mais les échanges ont rapidement échoué, laissant place à une rupture nette entre les deux camps. Dans un message publié après l’échec des négociations, le candidat socialiste dénonce des conditions jugées inacceptables et une surenchère pour le nombre de place sur une liste d’union totale. « L’union n’est pas un slogan mais ce sont des actes », écrit-il, accusant Jérémy Roques d’avoir « pratiqué le mensonge comme méthode de négociation ».

De son côté, le candidat écologiste défend une toute autre lecture de la situation. Il regrette « que Bertrand Mertz et le PS choisissent une autre voie » et évoque « une logique d’exclusion plutôt que du dialogue ». Pour lui, « la responsabilité des forces de progrès est immense » dans un contexte national marqué par la montée de la droite et de l’extrême droite. Lors d’une conférence de presse dans la foulée, il dénonce aussi l’absence d’un dialogue et les téléphones coupés dans la nuit lors de la recherche de contact. Selon nos informations, l’équipe de Mertz était alors en pleine discussion sur la stratégie à adopter, ce qui a refroidi l’écologiste. Dans le même temps, Charlotte Leduc préparait elle dès 23h la teneur de l’accord programmatique avec son ancien opposant. Tout se joue en quelques heures.

« Alliance de la honte » pour le RN

Sur notre plateau lundi soir, Charlotte Leduc estime que cette alliance est « dans la cohérence de ce qu’on avait porté lors de la campagne, à savoir la nécessité d’un rassemblement pour donner tout le poids de la gauche messine », tout en regrettant le positionnement des socialistes. Le parti souhaitait que le choix des électeurs « mette de l’ordre entre les listes de gauche » pour ensuite proposer un « large rassemblement y compris vers les socialistes ». Mais Bertrand Mertz a toujours indiqué ne pas vouloir LFI sur sa liste.

Cette alliance a immédiatement suscité de vives réactions, notamment du côté du Rassemblement national, qui a multiplié les attaques au local comme au national contre le parti. Lui aussi invité de Moselle TV lundi soir, le candidat Étienne Anstett dénonce « une alliance de la honte » entre « un écolo-communiste et le parti LFI, représenté par certains candidats antisémites », estimant que « les Messins ont compris que la position de la gauche […] n’a pas de prise au réel ».

Une alliance défavorable à la gauche ?

Au-delà des affrontements politiques, certains acteurs locaux pointent une responsabilité plus large. Denis Maciazek, ancien membre de LFI et engagé dans la société civile avec son association « Faire tomber les murs », dresse un constat sévère : « la division de la Gauche ne sert qu’au maintien de la droite ». Il souligne également une participation faible et un électorat progressiste dispersé, estimant que « les appareils politiques n’ont pas été à la hauteur de l’enjeu ». Fusionner deux listes permet virtuellement de cumuler près de 20% des voix obtenues par LFI et les Verts, « ce qui fait de nous la deuxième force d’opposition au maire, et non le RN », explique Charlotte Leduc. Cependant, la base militante de Jérémy Roques, composés de plusieurs partis et de nombreux soutiens, peut aussi se diviser sur ce choix et reporter au final leurs voix sur une autre liste.

Pour rappel, Metz a déjà connu un schéma similaire en 2008, avec la division de la droite, entre Jean-Marie Rausch le maire sortant et l’UMP Marie-Jo Zimmermann, qui n’avait pas fait d’alliance, et avait donc potentiellement contribué à la victoire de Dominique Gros, premier maire socialiste de la ville, en diluant les votes. De son côté, dimanche soir sur Moselle TV, François Grosdidier, le maire sortant largement en tête au premier tour, avait déjà indiquer « rejeter à la fois l’extrême-droite et l’extrême-gauche, et parfois Jérémy Roques n’en était pas loin ».

Jonathan Vaucher
Jonathan Vaucher
Journaliste Reporter d'Images / Référent politique / Présentateur

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