La Grande Mosquée de Metz va devoir rembourser 490 000 euros de subvention votée par la ville de Metz mais dénonce une campagne de dénigrement.
« Le principe même de la laïcité, c’est l’égalité, et il n’y en a pas dans ce dossier ». Le président de la Grande Mosquée de Metz, Mohamed Hicham Joudat, n’a pas compris la décision du tribunal administratif de Strasbourg. « Je respecte la décision : elle ne remet pas en cause le principe même de la subvention, mais le caractère utile du projet ». Car dans son réquisitoire, la justice a annulé le versement de la subvention de 490 000 de la ville de Metz au projet de construction de l’édifice au Technopôle sur la base de doute sur la nécessité d’une telle somme.
« Il suffit de venir un vendredi ou pendant les jours du ramadan pour constater que des centaines de fidèles se retrouvent dans les rues, en extérieur, pour prier, car toutes les mosquées sont pleines. Il y a urgence ». D’autant plus que cette année, la FIM n’a pas pu louer ses locaux pour la fin du ramadan le 18 mars, et que la communauté n’a aucun endroit pour près de 6000 personnes attendues. La plainte à l’origine de cette décision est donc, selon le président, une « laïcité sélective » et un procès d’intention « à la communauté musulmane ».
La GMM demande « l’égalité entre les cultes »
Et de rappeler, historiquement, que les Musulmans ne font pas partie du concordat alsaco-mosellan, mais que la loi de 1920 avait permis à la Grande Mosquée de Paris de recevoir 500 000 francs en compensation : « la République n’avait pas renié la laïcité, et c’était il y a plus d’un siècle. La laïcité n’est pas l’effacement des religions mais l’égalité entre elles ». Au nom de cette laïcité, le président appelle donc à « tenir compte du fait que les Musulmans ont été exclus de ce concordat » mais que, « nous, citoyens français, payons aussi nos impôts, nos taxes, et donc finançons les autres cultes ».
Autre élément en faveur de la Grande Mosquée de Metz : la subvention accordée à la ville était la première et unique demandée. Sur la période 2020-2024, le culte catholique messin a reçu dans le même temps 4 millions d’euros et le culte protestant plus de 7 millions. « Nous ne remettons pas en cause ces subventions, et nous sommes dans la paix avec les autres cultes, mais que l’Ufal n’attaque uniquement notre association, c’est injuste ». Quant aux lieux de culte actuels, « ce sont tous des bâtiments reconvertis qui n’ont pas cette vocation première. Aucune plaque ne l’indique dans les rues non plus, il y a une invisibilisation de notre religion ».
Une campagne de dénigrement et islamophobe
Même discours du côté de l’un des avocats de la GMM, Maître Redouane Saoudi. « Bien sûr que des preuves complémentaires vont être apportées pour montrer l’intérêt de construire ce projet. Mais si l’idée est de faire un fichage religieux, ce n’est pas possible dans notre état de droit », constate l’avocat qui réfléchit également à une action ou civil ou une plainte pénale contre l’Ufal contre une campagne jugée de dénigrement voire islamophobe.
« Considérant que cette association a demandé de produire des comptes, utilisé à de nombreuses reprises la presse pour porter atteinte à la probité de la GMM, remis en question le don du Roi du Maroc en invoquant une prétendu ingérence, qu’elle a saisi le tribunal uniquement à l’encontre de la subvention au culte musulman et pas les autres », la question de son intérêt est évoquée. « Elle se tait sur les conséquences engendrées, notamment la campagne de haine et de menace autour du projet », l’association affichant des messages répréhensibles reçus sur les réseaux, notamment ceux du maire de Metz.
L’avocat explique aussi que « le juge des référés a jugé que l’objet social de l’Ufal ne porte pas sur la laïcité mais la défense des familles », et que la plainte a été déposée non par l’association mais trois membres, dont le président, en tant que contribuables. « Seulement deux ont pu prouvé qu’ils l’étaient. Ce qui fait 2 personnes sur 257 000 contribuables messins pour cette plainte ». Et d’ajouter que le jour de la plainte, les membres de l’Ufal aurait du aussi attaquer les trois autres subventions cultuelles. Un appel sera donc interjeté.
3,5 millions d’euros déjà investis
La somme, elle, va devoir être remboursée, dès lors que la mairie va émettre une demande à l’association Grande Mosquée de Metz. 80% d’acompte ayant déjà été versé, la GMM a lancé un appel aux dons via une collecte auprès de sa communauté. « Nous ne pouvons actuellement pas payer le montant de cette subvention, déjà investie dans les 3,5 millions d’euros actuellement utilisés dans la première tranche de travaux », précise le président. Le gros oeuvre est prévu au premier semestre pour l’ouverture des portes d’une partie des locaux dès le second semestre. La totalité du projet coûte plus de 15 millions d’euros.





