À 16 ans, Abdullah Jan est le lauréat d’un prix de poésie en français, langue dont il ne parlait pas un seul mot il y a à peine cinq ans. Jeudi 28 mai 2026, il est symboliquement retourné à son collège de Farébersviller (Moselle).
Du haut de ses seize ans, Abdullah Jan impressionne par sa résilience. En 2020, alors que la pression monte à cause des talibans, la famille Nazari fuit l’Afghanistan en urgence.
Son père, Mohammed Nazari, raconte son pénible exil : « Pendant cinq mois, j’étais sur la route. J’ai passé tous les pays qui étaient devant, à pied, en voiture, en bateau, etc. C’est le 3 novembre 2020 que je suis arrivé à Far. »
Dans cette cité cosmopolite, on les accueille à bras ouverts. « On sait que l’intégration, c’est un cheminement long », argumente Laurent Kleinhentz, maire de Farébersviller (Moselle) de 1989 à 2026, « mais en même temps, s’il y a un concours de tous derrière ces gens pour les épauler, forcément, ce seront des pépites et des gens qui vont briller ».
« Un enfant émerveillé devant l’école française »
Lors de son arrivée en Moselle-Est, Abdullah Jan a alors 10 ans et ne comprend pas un mot de français. En parallèle du collège, il reçoit des cours spécifiques aux élèves allophones nouveaux arrivants.
Lara Argento, enseignante de français à l’UP2A, se souvient : « Abdullah avait été scolarisé par le passé, mais très très peu. On voyait dans ses yeux un enfant émerveillé devant l’école française, devant tout un système scolaire qu’il découvrait et qu’il a aimé tout de suite. Il avait envie d’être là. »
« Ô mon ami, j’ai vu la peur, j’ai vu la nuit »
En 2025, Sophia Gaillard, chroniqueuse littéraire, repère Addullah Jan lisant un poème lors d’un événement municipal. Elle l’inscrit au prix Habib Sharifi de la Conatus Foundation, qui célèbre les artistes exilés, et il remporte le prix espoir.
Jeudi 28 mai 2026, il est revenu dans son ancienne classe de français pour déclamer le poème qui l’a fait gagner.
« Je viens d’un pays plein de vent. Là-bas, le monde est différent. En ce printemps, ô mon ami, j’ai vu la peur, j’ai vu la nuit. […] Sur les chemins, j’ai eu bien froid. Personne ne marchait pour moi. J’ai porté seul mon grand fardeau, mais j’ai tenu même là-haut. La France m’a donné la main, un jour nouveau, un autre pain. […] Je n’oublie pas d’où je viens, mais j’écris seul mon propre chemin. »
Abdullah Jan Nazari
« Une belle gratification pour nous, les enseignants »
Stéphanie Vion, sa première professeure de français, enseignante au collège Georges Holderith, s’émeut : « Ce genre de parcours, c’est une belle gratification pour nous, les enseignants, et pour moi en particulier. Ça a donné beaucoup de sens à mon métier et à mon engagement d’enseignante. »
Abdullah Jan, lui, a trouvé du sens dans les poèmes : « La poésie, c’est une chose qu’on peut ressentir, on peut nous dire nos émotions, raconter nos histoires, notre parcours. C’est important. »
Depuis son prix, des portes se sont ouvertes pour la future carrière de cardiologue d’Abdullah Jan. Une réussite pour l’École de la République.




