Après un été marqué par de fortes chaleurs, la Chambre d’agriculture de la Moselle travaille sur les moyens d’adapter les exploitations agricoles. Stéphane Ermann, son président, revient sur les conséquences du climat et les solutions envisagées.
Pendant trois jours, Terre de Jim, la plus grande fête agricole en plein air s’est déroulée à Metz-Magny. Quelques jours plus tard, quel bilan tirez-vous de cette édition ?
Le mot est assez simple : exceptionnel. Ce que nos Jeunes Agriculteurs ont été capables de réaliser est exceptionnel. Je les appelle les « ovnis de l’agriculture », par rapport à leur capacité d’organisation et à la manière dont ce groupe s’est fédéré.
C’est important, car c’est une vraie aventure humaine, Terre de Jim. Je les remercie d’autant plus que cela arrive dans un moment un peu compliqué pour le monde agricole. Nous n’avons pas eu de pause estivale, tout le monde est un peu fatigué et a la tête dans le travail en permanence. En fait, cela a vraiment été un temps en suspension pendant trois jours. Ils nous ont mis sur orbite.
Ce vendredi s’est déroulée une session pour dresser le bilan de la conjoncture. Plusieurs sujets ont été évoqués lors de cet événement, notamment la canicule passée cet été. Quelles ont été les conséquences de ces mois de températures extrêmement élevées ?
Cela a touché toutes les cultures. C’est la première chose qu’il faut rappeler. Nous sommes habitués à des crises qui sont quand même sectorielles : une fois, c’est le monde végétal, une fois, le monde animal, ou encore l’économie, le maraîchage ou d’autres secteurs qui peuvent souffrir. Là, c’est toutes filières confondues. Nous sommes climatodépendants, je le rappelle souvent, donc nous sommes vraiment à découvert face au climat.
L’idée est d’essayer de s’acculturer à cela et de trouver des solutions. C’est un peu l’idée de cette session. J’ai demandé à tous les services, avec l’équipe de la Chambre, de travailler sur la situation conjoncturelle actuelle et surtout sur les leviers dont nous disposons.
Ce n’est pas un sujet nouveau. On parle du climat depuis longtemps et, dans le réseau des Chambres, nous travaillons dessus depuis un certain temps. Des choses ont déjà été mises en place et sont expérimentées, notamment sur la réduction des produits phytosanitaires ou encore sur le stockage, sous toutes ses formes.
Nous avons donc quelques exemples. L’idée aujourd’hui était de poser un diagnostic, d’apporter des pistes de solutions et de faire témoigner les agriculteurs. J’aime bien la preuve par l’exemple et nous étions complètement dans cette démarche aujourd’hui.
Deux mots sont notamment ressortis : l’adaptabilité et la robustesse. Que signifient-ils concrètement ?
L’adaptabilité signifie qu’il faut s’adapter ponctuellement. La robustesse, c’est regarder sur le plus long terme. Aujourd’hui, nous ne devons plus nous adapter à un seul sujet. Nous devons nous adapter à plusieurs sujets en même temps : la météo, la conjoncture, mais aussi le sanitaire, puisque de nouvelles maladies et de nouveaux virus émergent.
La robustesse, c’est donc la capacité de nos exploitations à passer plusieurs caps en même temps. Avant, on passait un cap, par exemple avec un problème sanitaire, puis un autre. Aujourd’hui, tout arrive en même temps. La question est donc de savoir comment passer tous ces caps simultanément et inscrire cela dans la durée.
La robustesse doit aussi remettre l’humain au centre. J’y tiens énormément et, avec l’équipe de la Chambre, nous y tenons beaucoup. À un moment, il faut arrêter de faire du bénévolat. Nous avons des entreprises et il y a une valeur travail derrière.
Les jeunes qui arrivent derrière nous nous l’expliquent bien : ils veulent avoir du temps libre, être socialement intégrés et être en équité par rapport au reste de la société. Cela s’entend. Il faut intégrer cela à ce nouveau logiciel qu’il faut construire.
Face à la chaleur, comment continuer à travailler et à produire dans ces conditions, alors que ces épisodes semblent se répéter d’année en année ?
Il faut adapter les cultures. C’est la première chose. Il y a la chaleur ici, mais dans le sud de la France, ils la vivent depuis longtemps. Dans d’autres pays également. Il faut aller voir ce qui s’est passé ailleurs et essayer de retransposer ici des cultures qui existaient auparavant dans des secteurs où il fait très chaud. C’est déjà une première adaptation.
Ensuite, il faut adapter nos pratiques et réfléchir au confort d’été dans nos bâtiments. C’est comme chaque citoyen. Par exemple, j’ai une maison : on a réfléchi au confort d’hiver parce qu’on ne veut pas avoir froid. En revanche, pour l’été, on n’y a pas forcément réfléchi.
Dans les bâtiments agricoles, c’est la même chose. Il faut réfléchir au confort d’été dans toutes les constructions que nous allons refaire et dans toutes les adaptations de bâtiments.
À court terme, alors que l’hiver approche, craignez-vous de nouvelles difficultés après ce qui a déjà été vécu ces dernières années ?
La vraie question, c’est que nous gérons l’urgence. C’est justement ce que nous souhaitons éviter avec la robustesse : sortir de cette gestion permanente de l’urgence. Nous éteignons des feux en permanence. Cet été, nous avons nourri nos animaux parce qu’il n’y avait rien à manger. Mais nous les nourrissons sans forcément savoir si nous en aurons assez pour les nourrir pendant l’hiver.
Aujourd’hui, nous avons développé un outil pour établir des bilans fourragers. Le prochain cap, avant l’hiver, sera de refaire un bilan fourrager lorsque nous rentrerons les animaux, pour regarder où nous en sommes. Il faudra savoir si nous allons passer le cap, s’il faut racheter du fourrage ou du concentré. Nous avons également mis en place une bourse d’échanges à la Chambre d’agriculture pour créer du lien entre les exploitants.
Certains agriculteurs ont du stock, mais d’autres, dont je fais partie, jouent encore un peu la montre. Nous avons du fourrage et un peu de stock, mais nous ne savons pas encore si nous pourrons le libérer pour les voisins, car nous ne savons pas comment nous allons nous-mêmes être mangés avant l’hiver.
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