À 15 ans, Émie Lacourt, licenciée au club de karaté de Veckring et lycéenne à Verdun, s’apprête à représenter la France aux championnats du monde en Pologne. La jeune karatéka aborde cette première sélection avec fierté et souhaite profiter de ce moment.
Comment se fait-il que tu habites Verdun, et que pourtant, chaque semaine, tu viennes t’entraîner au club de karaté à Veckring en Moselle ?
Je suis en classe de seconde et je vais au lycée à Verdun. Je fais du karaté depuis cinq ans maintenant et mon club est à Veckring, à environ une heure et demie de chez moi. À l’origine, mon coach, Aymeric Oscenda, venait donner les cours directement au club de Verdun. Puis, il est parti. J’ai décidé de le suivre parce que j’aimais énormément ses entraînements. Aujourd’hui, il vient encore parfois à Verdun, et nous essayons de nous organiser en fonction des semaines.
Comment as-tu découvert le karaté ?
C’est assez particulier : à l’origine, j’avais regardé Kung Fu Panda et j’avais adoré. Sauf qu’à Verdun, il n’y avait pas de club de kung-fu, donc mes parents m’ont inscrite au karaté et, tout de suite, j’ai accroché. J’ai continué depuis. Mon personnage préféré est bien évidemment le Po le panda.
Tu avais pratiqué d’autres sports avant le karaté ?
J’ai fait de l’équitation pendant sept ans et de la danse pendant six ans. Mais j’ai commencé le karaté à 11 ans, et c’est vraiment Kung Fu Panda qui m’a donné envie de changer de sport. Je suis la seule à faire du karaté dans ma famille.
Comment as-tu progressé depuis tes débuts ?
J’avais déjà commencé le karaté avec du kata, mais ce n’est pas exactement la même chose que le combat. J’ai ensuite commencé à m’entraîner avec Aymeric et à faire du combat. Dès ma première année, j’ai été championne de France. C’était inespéré ! J’ai continué les compétitions parce que j’adorais ça. La deuxième année a été un peu plus compliquée, mais j’ai ensuite repris sérieusement les compétitions en minime 2.
« C’est une immense fierté de pouvoir représenter la France »
Tu viens justement de participer aux championnats de France. Comment s’est déroulée cette compétition ?
Je me suis blessée et j’ai eu une fracture du doigt. Je n’ai donc terminé que troisième. Malgré cela, j’ai été sélectionnée pour les championnats du monde, mais pas dans ma catégorie d’origine. J’ai dû prendre du poids pour pouvoir combattre dans ma catégorie. Je suis finalement sélectionnée avec l’équipe de France pour les championnats du monde, qui auront lieu la semaine prochaine en Pologne. Je serai en U16, dans la catégorie des plus de 61 kilos. La compétition aura lieu à Bielsko-Biała, en Pologne. Dans ma catégorie, il y aura 48 nations. Dans certaines autres catégories, on peut même atteindre les 80 nations.
C’est ta première sélection en équipe de France. Qu’as-tu ressenti en apprenant que tu allais représenter ton pays ?
C’est une immense fierté de pouvoir représenter la France. Je suis super contente de participer à une compétition comme celle-ci, parce que c’est toujours une expérience exceptionnelle. Savoir que je viens d’une si petite ville et d’un si petit club à l’origine, et que je peux participer à des événements comme celui-là, c’est incroyable.
Comment va se dérouler cette semaine de compétition en Pologne ?
Nous avons pris l’avion dimanche et nous arriverons en Pologne dans la journée. Je pense que nous ne ferons rien de particulier ce jour-là. Lundi et mardi, il y a pas mal d’entraînements, de vidéos pour les sponsors et de photos. À partir du mercredi, il y aura la pesée et le début de la compétition. Tous les jours, nous irons soutenir les membres de l’équipe de France qui combattent. De mon côté, je passerai le vendredi. Les finales auront lieu samedi et dimanche, puis nous rentrerons lundi matin.
Comment abordes-tu cette compétition ? Es-tu plutôt stressée ou impatiente ?
C’est un mélange des deux. On ressent forcément de la pression, parce que c’est un énorme événement et qu’on représente la France. Mais j’ai aussi énormément hâte. Ce sera une expérience extraordinaire. Pouvoir combattre contre des adversaires d’un tel niveau, quoi qu’il arrive, ça va être incroyable. Mon entraîneur et mes deux parents seront là. Cela peut aller jusqu’à sept combats mais c’est directement éliminatoire : si on perd, on est éliminé. J’y vais pour prendre du plaisir, profiter au maximum de cette expérience et passer le plus de tours possible.
« J’aimerais travailler dans la géopolitique. »
Comment décrirais-tu ton style de combat ?
Je suis très patiente et très calme, mais je suis plutôt offensive. C’est moi qui vais attaquer et j’attends simplement que mon adversaire fasse une erreur pour saisir l’occasion.
Comment arrives-tu à concilier le lycée, les devoirs et les entraînements, avec autant de trajets ?
Il faut beaucoup d’organisation, parce que je n’ai pas d’emploi du temps aménagé : j’ai un emploi du temps normal. Les jours où j’ai cours tard, je vais à la salle et je fais mes devoirs. Quand je termine plus tôt, comme le mercredi à midi ou le jeudi à 16 heures, je vais à l’entraînement. Soit je me déplace avec Veckring, soit Aymeric vient. Cela dépend des semaines. On essaie de s’adapter en fonction des devoirs que j’ai, tout en maintenant une préparation au niveau des championnats du monde.
Avec cette sélection en équipe de France, comment envisages-tu la suite de ta carrière ? Aimerais-tu devenir karatéka professionnelle ?
J’aimerais avoir une carrière dans le karaté. Mais comme il est difficile d’en vivre, je compte poursuivre mes études à côté. Le karaté restera donc aussi un loisir. J’aimerais continuer à pratiquer et, pourquoi pas, participer un jour aux Jeux olympiques si la discipline revient au programme.
Tu as déjà une idée du métier que tu aimerais exercer ?
J’aimerais travailler dans la géopolitique. J’ai énormément voyagé grâce au karaté et découvert plein de pays. Il y a cinq Coupes du monde par an, en dehors des championnats du monde, auxquelles nous participons avec les clubs. Elles se déroulent partout dans le monde. Cette année, je suis allée aux Philippines, au Zimbabwe, en Italie, en Croatie et aux Émirats arabes unis. L’année dernière, j’avais terminé deuxième d’une Coupe du monde et, cette année, j’ai obtenu la troisième place. Je me suis toujours intéressée à l’histoire et à la géopolitique. Cela me permet aussi de communiquer dans plusieurs langues et d’en apprendre davantage sur les cultures. Je trouve ça vraiment intéressant.
(Crédit photo : DR)
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